Le Polilique, 300 a ὃ
l'éternité de l'idée, quoique d'une façon grossière et symbolique ; au-dessous de la science (ἐπιστήμη), le jugement conforme à la tradition (2:52 χατὰ νόμους) est fondé ‘. Par là toutes les formes de gouvernement trouvent leur justification. Sans doute, au cas où, dans toutes, les gouvernants, monarque, aristocratie dirigeante ou universalité des citoyens, posséderaient la science politique, alors toutes les formes constitutionnelles recevraient une justification absolue : l’état cesserait d'être une imitation de l'état idéal, il se confondrait avec cet état lui-mème, puisqu'il serait fondé sur la science. Mais, en dehors de cette hypothèse, qui est à peine à considérer même en ce qui touche le gouvernement monarchique, et est entièrement négligeable dans les deux autres cas, il reste à opérer une distinction entre les élats nécessaires, quelle que soit leur constitution, où l'illégalité règne, où les gouvernants commandent aux lois et les tyrannisent : ceux-là sont nécessaires au mauvais sens du mot, sans rapport au bien, ils imitent l'état idéal dans le sens du mal; et ceux où la légalité règne, où les gouvernants sont les esclaves de la loi; ceux-là sont néces-
| 4. Cf. Lois, IX, 874 e, 544. Rien n'est supérieur à la science : ἐπιστήμῆς... οὔτε νόμος οὔτε τάξις οὐδεμία χρείττων, 0224 θέμις ἐστὶ νοῦν οὐδενὸς ὑπήχοον οὐδὲ δοῦλον, ἀλλὰ πάντων ἄρχοντα εἶναι, — mais il convient, en seconde ligne, d'admettre la domination de la loi : τάξιν τε χαὶ νόμον, ἃ δὴ τὸ μὲν ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ ὁρᾷ καὶ βλέπει, τὸ δ᾽ ἐπὶ πᾶν ἀδυνατεῖ. x
saires au bon sens du mot, par rapport au bien, ils imitent l’état idéal dans le sens du bien!.
Il semble donc que Platon finisse par dire, à ce troisième point de vue, avec les sophistes, que le juste, c’est le légal, et que « ce n’est pas à la guerre ou à la vertu que les lois doivent tendre, mais, l'état étant constitué d’une certaine façon, qu’elles doivent,
à ce point de vue, considérer ce qui est utile en vue.
d’en assurer la perpétuité et d’en éviter la dissolution? ». Mais ce n’est qu’un accord tout apparent.
La légalité, pour Thrasymaque, c’est « l'intérêt 5 | 3
du plus fort », le fait social qui s'impose comme une force. Au contraire, la légalité, pour Platon, signifie la conformité à un droit établi, qui réprime les volontés particulières et entre en conflit avec les faits. Au sens des sophistes, la légalité n’est qu’un cas particulier, un acccident de l'illégalité. Au sens platonicien, la légalité est justifiée précisément parce qu’elle s'oppose à lillégalité comme l’idée s'oppose au fait, parce qu’elle est encore, à quelque degré, idéalité. L'objet de la dialectique, c’est de fonder toutes les sciences, considérées aussi bien dans leur application à la pratique que dans leur pureté théorique, de définir le vrai et le bien ; mais, par là même, et à cause des dédoublements successifs que la dialectique est