‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 3 sur 276 · INTRODUCTION. ΠῚ · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. ΠῚ

le raisonnement (247::), car si nous en vou-

lions nier absolument l'existence, nous ne serions

plus capables de rien dire (λέγειν) ! ». De même, au but du Parménide, Platon, après avoir énuméré les arguments qui défendent d'admettre l'existence

des idées, s'arrête devant un argument qui, tout

à l'inverse, commande d'en poser l'existence : et cet

argument, c'est que « si l’on n’admetlait pas que,

“de chacune des choses qui sont, il y a une idée, - toujours identique à elle-même », « on détruirait

ainsi absolument la faculté dialectique ?. »

ΤῈ] est donc le principe fondamental, de la philosophie platonicienne ; mais, comme il correspond à un caractère en somme très indéterminé,

ἢ une ressemblance très générale des écrits de

Platon, il est peut-être à craindre qu'il demeure

- aussi stérile que vague. En réalité, il n'en est rien,

ét la difficulté que l’on rencontre dans l'inter-

Dprétation des dialogues est tout autre. Il est vrai

- d'abord que tous les ouvrages de Platon sont écrits

dans la forme dialoguée ; il suffit cependant d'un

examen, mème très rapide, des dialogues pour se

convaincre qu'ils répondent à deux types distincts,

et qu'ils peuvent, avec des réserves et des atténua-

tions sans doute, être ramenés à deux grandes catéories. Les uns sont purement critiques dans leur

IV INTRODUCTION. ἃ

marche, purement négatifs dans leur conclusion 1 ils démontrent l'impossibilité de définir sans contradiction telle ou telle notion, proposée en commençant à l'examen du philosophe, et la dialectique 4 nous rend sages non en ce sens positif qu’elle fait de nous des savants, qu’elle nous fournit des connaissances nouvelles, mais en ce sens tout négatif qu’elle nous délivre de l'illusion du savoir : savoir, au sens philosophique, c'est savoir qu'on ne savait pas. Dans les autres dialogues, au contraire, Platon poursuit et atteint une fin positive : définition de la justice, définition de la science, déduction d'un système social, exposition d’un système de la nature; la dialectique n’est plus ici une méthode simplement critique, mais une méthode de démonstration et d'organisation. Et ce n’est pas là une médiocre difficulté pour qui se propose une interprétation systématique de la philosophie de Platon. On pourrait se faire un jeu de prendre deux à deux toute une … série de dialogues, de les opposer les uns aux autres et de montrer que les démonstrations en sont contradictoires entre elles, les conclusions, en apparence au moins, inconciliables. Isa conclusion du ZLachès et du Charmide, c'est qu'il n’est possible de définir, d’une manière spécifique, n1 la vertu qui constitue le caractère courageux, ni celle qui constitue le caractère tempérant, ou réfléchi (σωφροσύνη). Mais Platon, d'autre part, déclare, en manière de conclusion à

INTRODUCTION, y

“son grand ouvrage des Lois, qu'une définition du | courage et de la vertu de réflexion est possible, et “que l'on peut, conciliant l'unité de la vertu et la pluralité des vertus, constituer un système des “mœurs. Le Petit Hippias tend à démontrer que la justice est indéfinissable ; mais, dans la Aépublique, les difficultés logiques soulevées, dans les deux premiers livres, contre l'essence de la justice, sont - ensuite résolues : la justice sociale est définie par une méthode génétique, construite en quelque sorte géométriquement. Le Zhéctète démontre, longuement et minutieusement, qu'il est impossible de définir la science, et, en passant, qu'il est impossible de définir l'erreur. Le Sophiste, d'autre part, démontre la possibilité logique de l'erreur, et est amené, pour en venir là, à démontrer aussi la possibilité de la science. . Or, de même que tous les écrits de Platon sont des dialogues et que, cependant, cette ressemblance de forme recouvre une différence fondamentale, puisqu'il y a deux espèces radicalement distinctes de dia- Jogues platoniciens, de même la possibilité d'une dialectique peut bien constituer un principe logique unique; il n’en est pas moins vrai que ce principe unique, dès qu'on vient à le préciser, se décompose en deux critériums distincts, chaque critérium fondant une des deux espèces du dialogue platonicien.

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