Théétète, 155 a ὃ
LE CORPS ET L'AME. ι
contradiction sans la résoudre. Or, puisque, d'autre part, on sait que l'âme ne peut pas être réduite au
- corps, il semble qu'il faille essayer, par une démarche | tout opposée à celle de la philosophie matérialiste de + Ja substance, de nier l'existence non plus de ce qui est | pure détermination incorporelle, mais de l'être fixe, 4 concu comme substance de ces déterminations. Le ΐ corps, en tant que tel, n'a pas de nature intrinsèque : sa nature, ce sont les relations qu'il soutient avec les autres corps. Les qualités sensibles ne sont pas inhérentes au corps dont elles sont aflirmées; elles consistent dans une relation du sujet sentant et de l’objet senti, dans la réciprocité d'une action et d’une réaction. Mais alors, peut-on supposer que, dans ce double mouvement, l'agent et le patient soient des termes définis, des êtres fixes? « On ne : peut penser isolément, d'une manière fixe, ni} 1 l'agent ni le patient. Car rien n’est agent avant de rencontrer un patient, ni patient avant de ren-
- contrer un agent; et ce qui, dans une rencontre . déterminée, est agent, aurait, dans une autre ren- contre, apparu comme patient ‘. » C'est-à-dire qu'il n’y ἃ pas à distinguer trois termes : un agent, un patient et un mouvement intermédiaire entre ces deux natures fixes. La vérité, qui, pour les « profanes » reste un « mystère », c'est que « tout
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est mouvement ». « Rien n’est en soi, et l’on ne peut avec exactitude affirmer d’une chose un attribut quelconque; car, si on l'appelle grande, elle apparaîtra petite; si on l’appelle lourde, légère, et ainsi de suite; .. toutes les choses dont nous disons, en nous servant d’une expression mauvaise, qu'elles sont, en réalité deviennent les unes par rapport aux autres, par l'effet du déplacement, du mouvement et du mélange! ». « Il faut supprimer l'être ?. » L'univers est un devenir; ajoutons : un devenir spirituel. Le point de vue de la substance est contradictoire : car une chose matérielle peut être, en mème temps, égale par rapport à une chose, inégale par rapport à une autre, égale et inégale sans subir d’altération interne ; ce qui implique contradiction. Mais la relation d'égalité et la relation d’inégalité, prises en soi, ont leur valeur propre, indépendante des contradictions de l’objet dont elles sont affirmées. Prises en soi, elles sont identiques à elles-mêmes, puisque leur définition constitue leur nature, et par suite immuables, alors même que les objets égaux cessent d'être égaux, inégaux cessent d’être inégaux, unes, par opposition à la multiplicité des objets auxquels elles conviennent. Comment donc exprimer la relation des choses égales à la forme générale d’affirmation qui les déclare égales, à l’idée