République, IV, 437 ὃ
4. L'expression : ξύλον χαὶ λίθος, pour désigner la substance matérielle, est une expression qui fait partie de la terminologie philoso-
(ὕλη, comme synonyme de ξύλον) de l'édifice uni- wersel. Ou bien l'univers est un flux et un devenir; alors l'essence de l'univers est spirituelle. Le point de départ de la discussion de l'idée de substance dans le Zhéétète, c'est l'observation que, tant dans le monde matériel que dans le monde spirituel, le repos détruit, le mouvement conserve; c'est-à-dire que l'existence du repos et du mouvement, du corps et de l'âme, y est, au commencement du débat, postulée!. Mais la discussion elle-même nous amène ἃ δι. une conclusion contradictoire avec nos prémisses :
tout est mouvement, donc le repos n'est pas. L'exis- L tence du repos n'était done, au point de départ, ἣν qu'une hypothèse, destinée à se détruire elle-même ; 7
et, de fait, si l'essence du repos est de détruire, l’idée de l'existence du repos absolu est contradictoire.
phique de Platon. Cf. Parménide, 129 ἃ ; — Gorgias, 468 a; — Phédon, T4 a, 74 d; — Alcibiade 1, 111 δ᾽; — Théélète, 156 ὁ. | — Cf. Sophiste, 246 a. — L'expression : ὕλη, au sens vulgaire de bois «
de construction ou bois ἃ brüler, apparaît quatre fois dans le Critias, de. une fois dans le Politique, cinq fois dans les Lois; dans un sens 3 qui se rapproche déjà du sens philosophique où Aristote l'emploiera,
Timée, 69 a : ὅτ᾽ οὖν δὴ τὰ νῦν οἷα τέχτοσιν ἡμῖν ὕλη παράχειται τὰ τῶν Pr
shui ΨΥ ΨΥ;
αἰτίων γένη, διυλισμένα ; «nfin, dans un sens encore plus voisin du sens
aristotélicien, Philèbe, 54 ὑ 6: γενέσεως μὲν ἕνεκα φάρμαχά τε αὶ Ὁ
4 πάντ᾽ ὄργανα χαὶ πᾶσαν ὕλην. — Cf. Euihydème, 280 c : οἷον τέκτων, εἰ A παρεσχευασμένος εἴη τά τ᾽ ὄργανα ἅπαντα at ξύλα ἱκανά. — Inverse- ἘΝ ment, on trouve encore les expressions λίθοι (Métaphysique, Z, 7, 1032 ῳῷ
ὁ, 30),λίϑος (Z, 7, 1033 a, 1), ξύλον (Ζ, 10, 1036 a, 10), ξύλον % λίθον Ὁ (Η, 2, 1043 a, 8, ), au sens de matière, employées par Aristote. τ.
… λίθοι πλίνθοι ξύλα... ὕλη γὰρ ταῦτα (Mélaphysique, H, 2, 1043 a, 15, 16). m1 1. Théélète, 153 a, sqq. 21
Et il en va de l'opposition de l’âme et du corps comme de l’opposition du mouvement et du repos: si tout est mouvement, tout est âme. En termes grammaticaux, la contradiction qui existe dans toute proposition logique, entre le sujet et lattribut, entre le substantif et l'adjectif, se résout
au point de vue du verbe qui est la liaison de lun «
et de l’autre. Car le sujet est, par définition, contradictoire et instable : il se résout en attributs. L’attribut ne nous apparaît encore, d’autre part, que comme la limite abstraite d’une tendance. Mais le verbe
(καθῆσθαι χαὶ βαδίζειν nat τρέχειν χαὶ πλεῖν) ! exprime la
résolution mème du sujet en ses attributs, la tendance vers l'idéal, l’action (πρᾶξις) *. Il exprime donc le caractère essentiel de la réalité, puisque la réalité est volonté, tendance et aclion.
Il est donc absolument certain que l’on ne peut pas réduire l’âme au corps; mais, par là même que cette difliculté est évitée, une difficulté inverse se présente. Si le point de vue de l’âme ne se laisse
1. Gorgias, 168 a. Expression qui semble avoir appartenu à la terminologie philosophique de Platon: cf. Aristote, Métaphysique, Z. χαὶ τὸ χαθῆσθαι ἕχαστον αὐτῶν ὃν ἣ μὴ ὃν.
2. Cf. Lois, Χ, 904 a : ἐπειδὴ χατεῖδεν ἡμῶν ὁ βασιλεὺς ἐμψύχους οὔσας τὰς πράξεις ἁπάσας. --- Cf. l'expression employée, Théélète, 155 6: πράξεις χαὶ γενέσεις καὶ +5 τὸ ἀόρατον. L'expression : πράξεις χαὶ γενέσεις, qui associe les deux idées d’action et de devenir, se retrouve chez Aristote, Métaphysique, À, 1, 981 a, 17, et Mélaphysique, B, 2,
996 b, 22. E Ile appartenait sans doute à la nn philosophique ἃ: Dion,
pas ramener au point de vue du corps, c'est que le point de vue du corps est contradictoire, et, comme tel, pour la pensée logique, inférieur au point de vue de l’âme : le supérieur ne peut être réduit à l’inférieur. Seulement l'inverse n'est pas vrai; loin de là. Le contradictoire se détruit lui-même dès qu'il est connu comme contradictoire, l'inférieur se résout dans le supérieur : de sorte que par un nouveau côté, la distinction du corps et de l'âme est vaincue, L'idée de substance, ou de matière, est contradictoire, puisqu'elle est en mème temps l'idée de ce qui est en soi, et l'idée de ce qui, en soi, est absolument indéterminé. Mais alors si, pour la dialectique, l’idée de corps n'a plus de sens, que devient la distinction de deux sciences, dont l’une reste, à la lettre, sans objet? Quelle valeur conserve l'idée de corps et de substance? Il faut convenir que, sur ce point, la pensée platonicienne est souvent énigmatique et obseure; voici néanmoins en quel sens on peut l'interpréter.
L'âme est, par définition, invisible; le corps, par définition, visible : d’où la possibilité d’assigner au point de vue matérialiste une valeur relative, si l’on conçoit le visible comme l’image de l’invisible, le corps comme l'expression de l'âme. Or de quelle nature peut être la ressemblance du corps à l'âme? Elle ne peut se fonder sur une identité, totale ou partielle, d'essence : car entre l'essence du corps et
l'essence de l'âme, il y a distinction radicale, et … même contradiction. Mais soit que l’on conçoive 2 l'univers comme un être matériel, soit qu’on le con- ; çoive comme spirituel dans son essence, 1] est toujours défini comme un système de parties soumises à des relations réciproques. Il reste donc, s'il ya M ressemblance du corps à l’âme, que cette ressemblance soit une pure identité de rapports, ou proportion : le corps est l’analogue de l’âme. Si la santé du corps symbolise la santé de l’âme, c’est à condition que le corps, d’une part, l’âme, de l’autre, comprennent une multiplicité de parties, et que la relation qui unit les parties du corps entre elles soit identique à la relation qui unit les fonctions de l'âme. Ce que le ventre et les organes situés audessous du diaphragme sont au cœur et aux organes situés dans la cavité thoracique, la passion et la sensation, les facultés appétitives le sont à l’énergie (θύμος) et à l’activité volontaire; — et ce que ces deux parties du corps, prises ensemble, sont à ‘4 lencéphale, les facultés confuses de la sensation et de l’action le sont à la pensée réfléchie‘. Le corps n’existe pas en soi, comme une substance; mais ik a une valeur, et par suite une existence symbolique et relative; il existe, pour ainsi dire, par analogie.
Il y aura donc, d’abord, entre les sciences qui.