Timée, 81 c d
#, République, 111, 407 e.
rendre incapable de vivre utilement pour lui-même et l'État. De même, le maître de gymnastique, le pédotribe est un éducateur moral : s'il astreint l'enfant à des exercices pénibles, c'est en vue de développer en lui non pas la force, mais le courage. De sorte que de nouveau s'évanouit la distinction de l'âme et du corps. Non seulement le corps est analogue à l'âme, non seulement le corps existe par son rapport à l'âme, mais il faut dire plus. « Ceux qui font l'éducation des enfants par la gymnastique et la musique ne la font pas en vue du but que certains croient ἢ. » Car ils croient, par la gymnastique, améliorer le corps et, par la musique, améliorer l'âme. En réalité, gymnastique et musique ont, l’une autant que l'autre, l'amélioration de l'âme pour objet. L'âme est complexe : si en elle la faculté de réflexion se développait exclusivement, elle deviendrait faible et lâche; si, au contraire, la faculté d'action, ignorante et brutale. L'éducation doit done combiner la gymnastique et la musique, afin de réaliser l'harmonie non pas du corps avec l'âme, mais des diverses fonctions de l'âme entre
elles. Un Dieu ἃ fait correspondre ces deux sciences « à deux objets qui sont la faculté de réflexion (τὸ
par accident (εἰ μὴ εἴη πάρεῤγον) |. D'où une nou- Σ. velle application de la méthode analogique ou symbolique : l'opposition même du corps et de l'âme sert maintenant de symbole à l'opposition mutuelle des diverses facultés de l'âme.
C'est en ce sens que se laisse interpréter la dis- … tinction de l'âme et du corps, telle qu’elle est définie dans le Philèbe?. Platon vient de définir, dans ce dialogue, la distinction de l'âme et du corps par la distinction des plaisirs qui sont de l'essence du corps et de ceux qui relèvent de l’âme. Lorsqu'un mouvement physique s'éteint dans le corps avant d’avoir: gagné l’âme, il y ἃ insensibilité; lorsqu'il atteint l'âme, 11 y ἃ sensation ; enfin si l’âme, en dehors de toute collaboration avec le corps, conserve ou ressuscite une sensation passée, il y a mémoire ou rémi-
1. République, IE, 411 e. L'expression : εἰ μὴ εἴη πάρεργον revient fréquemment dans les dialogues platoniciens. To πάρεργον, c'est ce qui n’est pas proportionné à la fin poursuivie (Timée, 38 ἃ : [τὰς αἰτίας] εἴ τις ἐπεξίοι πάσας, ὁ λόγος πάρεργος ὧν πλέον ἂν ἔργον ὧν ἕνεχα λέγετα: παράσχοι). C'est l’inexact et l’approximatif, par opposition à ce qui est scientifique et exact (Timée, 89 d : δι’ ἀκριθείας μέν... τὸ δ᾽ ἐν παρέργῳ. — Lois, VII, 193 e : ἀχριδῶς... χαὶ μὴ παρέργως). ἢ sert très généralement à désigner le plaisir, fin fausse de nos actes, par opposition à la vérité, véritable fin de l'âme. V. République, ὙΠ], 927 © (Utilité pratique des sciences théoriques, non essentielle à la nature de celles-ci), Phédon, 91 b et Phèdre, 274 a (la dialectique ne ressemble à la rhétorique que par accident, superfciellement : son objet est non de plaire, mais de démontrer) ; cf. le Politique, 286 ἃ : οὔτε γὰρ πρὸς τὴν ἡδονὴν μήχους ἁρμόττοντος οὐδὲν προσδεησόμεθα," πλὴν εἰ μὴ πάρεργόν τι.