‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 57 sur 276 · Gorgias, 503 e, 504 a · texte numérisé non relu

Gorgias, 503 e, 504 a

valeur morale, et par suite la justice, conçue comme constituée par la répression pénale, n’est pas un bien en soi; elle n’est pas une science, mais une ignorance:

caractères d’une science, et cette science ἃ pour objet le bien des âmes, comme la médecine a pour ᾿ objet le bien des corps. Mais la seconde thèse πθ΄ détruit pas la première : lorsqu'elle ἃ été développée ὮΝ au premier livre de la République, Adimante et Glaucon insistent dans le second livre, et reprennent M avec plus de force les arguments antérieurement

présentés par Thrasymaque en faveur de la première Ε΄ thèse. La conclusion à tirer, c’est que la science de’ É la répression pénale est contradictoire dans son essence. Non seulement donc elle est, en tant que contradictoire, inférieure à la méthode d'amélioration M des âmes par l’enseignement, mais il faut se de « mander en quel sens, pour le dialecticien, elle existe comme science. Puisqu’elle est contradictoire, et que M le principe de la dialectique est le principe de M non-contradiction, le principe de l’accord de la pensée [ avec soi, dialectiquement elle n'existe pas. ει ἢ | cependant elle existe, puisque l'objet de la dialectique régressive c’est, par définition, la division logique « des sciences, et que cette division devient impossible, … dès que, de deux sciences données, l’une, à peine | distinguée de l’autre, s’'évanouit. La solution est de

dire qu'elle existe en un sens relatif; elle est un auxiliaire et .un symbole de la pédagogie proprement

ἡ dite, ou science d'enseigner (3:3 χσχαλιχή).

+ Afin de comprendre en quoi consiste ce caractère symbolique de la justice sociale, il faut considérer l'état, ensemble des relations extérieures entre individus, comme le symbole de l'âme, ensemble des relations entre fonctions psychiques, intérieures à l'âme de l'individu. Cherche-t-on, par exemple, à savoir si la justice, ou l'injustice, considérée chez l'individu, a plus de puissance et de force? Le problème peut se résoudre directement (ἁπλῶς) d'après les principes antérieurement admis : si la justice est une science, il est nécessaire qu'elle soit une force; si l'injustice est une ignorance, il s'ensuit qu’elle est une faiblesse, Mais il est possible d'employer une méthode indirecte et analogique, en considérant la

. justice dans l'état avant la justice dans l'individu,

et en allant de l'une à l'autre. Un état, une armée,

une bande de brigands et de voleurs, un groupement

; (ἔθνος) quelconque est plus fort s'il possède que s'il ne possède pas la justice. Car la justice est la condition de toute coopération, cette coopération fût-elle

dirigée en vue d'une action injuste. Ce qui est vrai

d'un nombre quelconque d'individus est nécessai-

. rement vrai de deux : deux individus unis sont plus

forts que deux individus désunis, et deux individus

justes sont plus unis que deux individus injustes.

rs Adi SULA

it cela est encore vrai d’un seul individu : l’injustice par sa présence le mettra en guerre et en désaccord avec lui-même, et par suite le rendra incapable d'agir ‘. Ainsi le désaccord des citoyens entre eux, des riches et des pauvres, des hommes libres et des

esclaves aide à comprendre symboliquement le désac-

cord interne de l'individu avec lui-même ; le désaccord des fonctions sociales symbolise le désaccord des fonctions de l'âme. Aussi bien la chose est-elle aisée à concevoir. Si nous pouvons appliquer à un état, à une forme de gouvernement, un qualificatif moral, dire d’un état qu'il est juste ou injuste, où l’état, ensemble des relations extérieures des individus entre eux, peut-il emprunter ces épithètes, si ce n’est à la considération des individus pris isolément? Pense-t-on « que les conslitutions naissent, selon l’expression homérique, des arbres et de la pierre, et non des mœurs qui sont dans l’état * »? L'état est le grossissement de l'individu. « Tout se passe comme si, devant lire de loin des lettres très petites et n'ayant pas une bonne vue, je savais d’autre part que les mêmes lettres se trouvent écrites ailleurs en caractères plus grands : il serait alors ingénieux de lire d’abord les grandes afin de connaître par là les petites, puisque les unes sont identiques aux autres * ». Il y ἃ une jus- 1. République, 1, 351 a, sqq. — Cf. Lois, 1, 626 a, sqq. 2. République, VII, 544 ἃ.

3. Republique, 11, 368 ἃ. — La méthode reçoit tout son développement. République, IV, 434 d, sqq.

tice sociale qui prescrit à chaque citoyen de remplir - sa fonction dans l'état, au cordonnier d'être cordonnier, et cordonnier seulement, et ainsi de suite pour tous les métiers; mais ce n’est qu’une justice par analogie, une image de la justice (εἴδωλόν τι τῆς Ξιχαιοσύνης)". La justice vraie est définie non par les relations extérieures des individus dans l'état, mais

comme une vertu intérieure à l'âme : elle consiste, selon l'analogie de la justice sociale, à interdire qu'une fonction de l'âme usurpe sur une autre fonetion, à faire en sorte qu'il n’y ait pas confusion de fonctions entre les diverses parties de l'âme. Platon a poussé très loin l'application de cette méthode psychologique inductive et indirecte. C’est par des analogies empruntées au monde social qu'il définit, au IV° livre de la Æépublique, un système - des vertus?. Tout d’abord, comme parait l'indiquer - l'expression : maître de soi (τὸ χρείττω αὑτοῦ), qui suppose une distinction de parties dans l’âme, y a-til plusieurs fonctions psychiques, plusieurs facultés distinctes, ou bien l'âme est-elle une et indivisible “dans la diversité de ses actes ὃ L'analogie de l’état permet de répondre que l’âme est un composé d’une mulliplicité de fonctions distinctes, On dit d'un état qu'il est sage et prudent: celte sagesse ne saurait consister dans telle ou telle science pratique particulière,

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