République, 1X, 591 δ: τὴν ἐν αὑτῷ πολιτείαν
de la peine, le juste injustement puni, d’une part, et, de l’autre, l’injuste justement puni ?
Aux yeux du juste, la peine est totalement dénuée d'efficacité morale. Il n'existe, à ses yeux, qu’une méthode vraie de réaliser la justice, c’est l’enseignement de la vertu, et la répression pénale, puisqu'elle est, dans la justice sociale, l'élément irréductible à l'éducation proprement dite, n’a pas de sens philosophique ; autant dire que, pour le sage et pour le juste, elle n’a pas d'existence. Et voici l'attitude pratique correspondant à cette attitude théorique: le juste ne sollicite aucune récompense, ne s’émeut d’aucun chàtiment ; il nie, par ses actes comme par ses raisonnements, que le point de vue de la justice répressive ait pour lui aucun sens, la peine est pour lui comme si elle n’existait pas. La justice, telle qu’il la conçoit, réside tout entière dans l’âme du juste ; la société est aussi impuissante à l’altérer qu’à la communiquer : « Plût aux dieux que le peuple püt faire beaucoup de mal ! Ce serait signe qu'il peut faire beaucoup de bien!‘ » Il accepte, s’il le faut, que sa vie soit abrégée : car ce n’est pas la durée, plus ou moins longue . d’une vie, qui la fait plus ou moins conforme à la vérité et à la justice. D'ailleurs, il obéit aux lois parce qu’il a conscience d’avoir tacitement conclu avec elles un contrat depuis sa naissance.