Timée, T1 e. Cf. Phèdre, 245 a
LA PRATIQUE ET LA THÉORIE. 69 J -fection sensible, immédiate’. Mais le plaisir en tant que plaisir est un pur fait, qui n’a de valeur que par …. cette existence de fait. Le vin paraît amer à l'homme
le
. malade, doux et agréable au goût de l'homme sain ;
- ces sensations en tant que sensations sont vraies, il est vrai en même temps que le vin est doux et que le vin est amer. Au point de vue de l'affection sensible immédiate, l'un n'a pas tort, l'autre n’a pas raison, la distinction de la vérité et de l'apparence s'évanouit ἡ. Mais il n'en va pas de mème de la distinction du bien et du πιὰ] ὃ, « l’un des deux états vaut mieux que l’autre! » : il vaut mieux jouir que souffrir. Ainsi est fondée et légitimée la pratique; l'art n'est pas de connaitre la vérité, mais de savoir
substituer des états affectifs agréables à des états affectifs désagréables, la jouissance à la souffrance. Celui qui jouit n’est pas sage, celui qui souffre n’est
pas fou ; mais l’un est heureux, l’autre malheureux, οἱ cclui-là est vraiment sage et habile qui connait
. les moyens de faire succéder le plaisir à la douleur.
el est l’objet du poète, tel est l'objet du musicien;
ils se proposent de plaire, et les amateurs de sons et de spectacles (τνηχονί, ψυλοθεάμονες) ne leur deman-
1. Cf. Gorgias, 465 a: ὅτι τοῦ ἡδέος στοχάζεται ἄνευ τοῦ βελτίστου ; οἱ Philèbe, 60 a : Ponbés φησι τὴν ἡδονὴν σχοπὸν ὀρθὸν πᾶσι ζῴοις γεγοαι χαὶ δεῖν πάντας τούτου στοχάζεσθαι.
9, Théétèle, 158 e, sqq.
. 3. Théétète, 165 e, sqq.
vérité; eux veulent non la vérité, mais le plaisir, et n’admettent de rester des spectateurs et des contem=M platifs que moyennant salaire (ἀπομεμισθωχότες τὰ | ὧτα) ἢ, que si on les amuse. C'est précisément l’ori-\ ginalité et l'audace de la sophistique d’avoir, en se constituant comme une philosophie de la pratique, « accepté toutes les conséquences de cette position, Ὁ consacré tous ses efforts à une critique du point de : vue théorique, et établi que, pour qui se place au. point de vue réaliste de la sensation immédiate, on peut dire indifféremment : tout est vérité, et : tout est apparence. “4
Il est clair, en effet, que si, au point de vue où se placent les sophistes, des sortes d’arts peuvent se « constituer, les règles sur lesquelles ils se fonderont" ne peuvent présenter le caractère de véritables lois scientifiques. Ces arts peuvent réussir dans la pra tique; mais la science n’est pas une réussite, c’est à des caractères internes qu’elle est reconnue science. Connaitre scientifiquement, c’est connaître par I nature et par les causes. La pratique pure et simple « va tout droit (sans méthode, ἀτέχνως) au plaisir, « sans considérer ni la nature ni la cause du plaisir, sans raisonnement et sans calcul (ἀλόγως τε παντάπασιν»,