MÉTAUX
Les métaux &onl monoalomiqiies ou diatomiques, à l'exception de l'or qui est à la fois jnono et trialomique et du pla-tine qui est di et Utratomique . On les divise en groupes de la manière suivante :
lor groupe. — Potassium, sodium, rubidium, lithium,
28 groupe. — Ammonium,
30 groupe. — Argent (tous monoatomiques).
Les suivants sont diatomiques :
4® groupe. — Baryum, strontium, calcium.
5e groupe. — Plomb.
6b groupe. — Magnésium, zinc, cadmium,
7<î groupe. — Cuivre, mercure.
8<^ groupe. — Fer, chrome, manganèse, nickel, cobalt.
9° groupé. — Aluminium.
10* groupe. — Or (mono et triatomique).
11" groupe. — Platine, osmium (di et tétratomiques).
Ce tableau montre que l'atomicité n'a pas une importance capitale au point de vue de l'antisepsie, au moins lorsqu'il s'agit des métaux ou de leurs sels inorganiques, puisqu'il existe des antiseptiques puissants monoatomiques (argent), d'autres diatomiques (mercure), et d'autres triatomiques (or) et tétratomiques (platine).
Potassium, Sodium.
Ces deux métaux existent dans l'organisme à l'état de potasse, de soude, et de combinaisons avec le chloi^e. Les sels de soude prédominent; mais, comme nos aliments (viande, pain, etc.) contiennent au contraire des sels de potasse en majorité, ce fait explique la nécessité de l'addition du sel marin (chlorure de sodium) à ces aliments (A* Gautier).
Les sels de potasse sont d'ailleurs toxiques à la dose à laquelle les sels de soude ne' .produisent aucun effet nui-
sible, OU sont simplement purgatifs. Ainsi 8 grammes de sulfate de potasse produisent le même effet purgatif que 30 grammes de sulfate de soude : à cette dernière dose le sulfate de potasse serait toxique. — D'après Miquel, l'iodure de potassium, le bromure de la même base et le chlorure de sodium n'ont qu'une action très faible sur les bactéries, comme l'indiquent les doses e'normes qu'il faudrait employer (équivalents antiseptiques : 140, 240 et 165 grammes).
Le cyanure de potassium, qui est fortement toxique et fortement antiseptique, doit ses propriétés à l'acide cyanhydrique. — De même le bichromate de potasse (Cr^O'K'''), le permanganate (K.2 Mn 0*) et le chlorate dépotasse (K. Cl 0^), qui sont plus ou moins fortement antiseptiques, doivent cette propriété, comme nous l'avons déjà dit, à la forte proportion d'oxygène qu'ils renferment et qu'ils cèdent facilement aux matières organiques.
La potasse et la soude sont caustiques : la première entre dans la composition de la pâte de Vienne. Les sulfures de potassium et sodium agissent de la même manière que l'hydrogène sulfuré et sont toxiques dès que l'on dépasse la dose de quelques centigrammes. La base d'ailleurs n'a aucune influence sur leur action antiseptique.
Ces considérations suffisent pour montrer que les sels de potassium et de sodium sont, à l'exception du bichromate et du permanganate ( oxydants agissant surtout comme désinfectants) de mauvais antiseptiques.
Le lithium et le rubidium ne fournissent aucun composé antiseptique.
Ammonium, Ammoniaque.
-Le gaz ammoniac (Az H^) est considéré par les chimistes comme Vhydrate (correspondant à la soude et à la potasse) d'un métal (AzH*) désigné sous le nom d'ammonium. Les sels ammoniacaux ont en elfet beaucoup de ressemblance avec ceux des métaux alcalins, et nous pouvons déjà en conclure qu'ils sont faiblement antiseptiques. C'est ce que montre l'expérience directe.
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
Le gaz ammoniac, qui est pour l'organisme un poison irritant très violent, serait seul fortement antiseptique. Môme sous forme de solution [ammoniaque liquide), cette base agit comme caustique et ne peut guère être employée que pour cautériser les plaies venimeuses.
Le chlorhydrate d'ammoniaque n'est déjà plus que très faiblement antiseptique à la dose énorme de 115 grammes.
Argent.
L'argent est le seul métal monoatomique qui soit un bon antiseptique. Il agit sur les microbes, même à l'état métallique, malgré son inaltérabilité relative. On a constaté que les végétaux inférieurs ne pouvaient se développer dans un vase d'argent (Cornil et Babes). A l'intérieur les sels d'argent sont toxiques dès qu'on dépasse 10 à 20 centigrammes.
Viodure d'argent est, comme nous l'avons dit, un antiseptique puissant qui vient immédiatement après le biiodure de mercure dans le tableau de Miquçl. Son équivalent antiseptique est 0,030, mais il est inusité; on lui préfère généralement le biiodure de mercure.
L'azotate ou nitrate d'argent est le seul composé de ce métal qui soit usité en médecine. C'est un antiseptique puissant qui occupe le cinquième rang dans la liste de Miquel (équivalent : 0,08).
Ce sel cristallisé est soluble dans l'eau, la glycérine et l'alcool. Il est surtout utilisé à l'extérieur , notamment dans le traitement des ophtalmies d'origine microbienne. L'innocuité relative de son emploi etlafacilité avec laquelle on. peut limiter son action, en neutralisant tout excès de sa solution à l'aide d'une solution de chlorure de sodium (ce qui produit du chlorure d'argent insoluble), rendent son usage très pratique, surtout lorsque l'on recherche un effet rapide et qui peut être renouvelé aussi souvent qu'il est nécessaire. — Le nitrate d'argent fondu est employé, sous forme de crayon, comme caustique.
Calcium, Baryum, Strontium.
Cfis trois mélaux dialomiques, très voisins par la nature do leurs sels, présentent de grandes diiïérences au point de vue de leur action sur l'organisme. Les sels de baryum sont très vénéneux, tandis que ceux de calcium et de strontium ne le sont pas plus que ceux des métaux alcalins.
On sait d'ailleurs que les sels de calcium existent dans l'organisme (muscles, sang, os) et dans la plupart de- nos aliments (viande, pain, etc.). On peut en conclure que ces sels ne sont pas antiseptiques, et l'expérience montre en .effet que le chlorure de calcium, malgré la présence du chlore, est un faible antiseptique (équivalent 40 grammes, d'après Miquel).
Veau de chaux, qui est employée en médecine, est alcaline, et d'après ce que nous savons de l'action des alcalins, ne peut être considérée comme un antiseptique. Elle agit .seulement sur les champignons inférieurs qui, comme le muguet se plaisent dans un milieu acide.
Nous avons déjà païlé du sulfure de calcium qui agit, comme tous les sulfures, en dégageant de l'hydrogène stilfuré.
L'iodate acide de calcium a été préconisé comme un antiseptique énergique qui ne le céderait qu'au sublimé tout en étant inoffensif même à l'intérieur (Klein),
Viodure et le bromure de strontium sont employés, depuis peu de temps, au même titre que les sels correspondants de potassium.
D'après ce que l'on sait de l'action toxique des sels de baryum, on est étonné de voir le chlorure de baryum classé parmi les antiseptiques faibles (Miquel), avec un équivalent inférieur même à celui du chlorure ou hypochlorite de calcium. Les recherches de M. Cb. Richet confirment ce fait.
La baryte est cependant caustique, mais ne présente aucun avantage sur la potasse. On sait depuis longtemps
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
que les sels de baryum arrêtent la germination des graines (De Candolle). Il paraîtrait qu'ils n'agissent qu'à très forte dose sur les végétaux inférieurs du groupe des bactéries.
L'iodure et le chlorure de baryum ont été employés avec succès, à l'extérieur, comme anti-scrofuleux, — En résumé, les sels de baryum agiraient sur l'organisme, comme paralysants du cœur et stimulants musculaires, mais non comme antiseptiques (Bœhm).
Plomb.
Les sels de plomb sont toxiques pour l'homme et semblent avoir été peu étudiés au point de vue de leur action sur les microbes. L'iodure de plomb, employé à l'extérieur (contre les engorgements scrofuleux et syphilitiques) agit probablement surtout par l'iode qu'il renferme.
Le carbonate de plomb en solution huileuse a été préconisé par les médecins anglais comme topique contre l'érysipèle. Il agit probablement comme les autres préparations de plomb [acétate, deutoxy de, tannate) à titre de siccatif et d'astringent, et son action sur les microbes consisterait à les priver de l'eau dont ils ont besoin.
Magnésium, Zinc, Cadmium.
Le magnésium ?>Q ivome dans l'organisme avec la chaux, à l'état de phosphate; on en trouve aussi dans la plupart de nos aliments. Aussi les sels de magnésie ne sont-ils ni toxiques ni antiseptiques.
Il n'en est pas de même du zinc et de ses sels. Api'ès le mercure, l'or, le platine, l'argent, c'est, de tous les métaux communs, le zinc qui occupe sous ce rapport le premier rang, avant le cuivre (Richet). Au point de vue de leur action sur l'organisme, les sels de zinc sont vénéneux dès qu'on dépasse la dose d'environ 1 gramme. On sait que les vases de zinc sont impropres aux usages de l'alimentation, l'eau, le vin, le lait, l'huile, attaquant ce métal.
Le chlorure de zinc est considéré comme fortement anti-
LA THÉHAPBUTIQUE ANTISEPTIQUE.
sepLique, mais il est probable qu'il doit ses propriétés en grande partie au chlore qu'il contient (équivalent: i gr, 60 d'après Miquel). Il est soluble dans l'eau et l'alcool {liqùew de Burnctt employée en Angleterre). Comme il est inodore et d'un prix modéré, on l'emploie pour désinfecter les salles d'hôpital (solution à i/'60), la cale des navires (1 à 2/1000), les égoûts et les latrines (1/JOO). En médecine il n'est guère employé qu'à l'extérieur comme caustique : des solutions à d, 3, 8, 10/100 ont été employées pour le pansement des plaies fongueuses et des fistules.
Le sulfate de zinc est également un bon antiseptique (Jalan d^! la Croix), inférieur cependant au sulfate de cuivre, mais moins caustique que ce dernier. On l'emploie en injections vaginales (Ricoud) et en collyres.
Le sidfite de zinc, pre'conisé par Henston et Tichborne, serait un antiseptique non toxique et non irritant. On en prépare une gaze antiseptique qui se conserve très longtemps sans altérations.
Viodure de zinc, composé très actif, peu usité à l'intérieur à cause de son action vomitive et toxique, est employé à l'extérieur en pommade.
L'oxyde de zinc mélangé au sublimé (60 grammes pour 0,06 de ce dernier) serait un bon antiseptique, comparable à l'iodoforme (Benjamin). L'oxyde doit être porté à 200» et mélangé après refroidissement au sublimé.
Les sels de cadmium paraissent avoir une toxicité et des propriétés analogues à celles des sels de zinc. Viodure de cadmium est très fortement antiseptique (équivalent à 0 gr. 50, d'après Miquel). On l'a employé en pommade.
Le sulfate de cadmium, a été employé à la place du sulfate de zinc en collyres et en injections contre la blennorragie; son emploi paraît présenter des avantages, au moins dans les cas aigus.
Cuivre, Mercure.
Les sels de cuivre sont très vénéneux et sont en même temps des antiseptiques énergiques. Le chlomre cuivrique
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
(Cu CP + 2 IP 0) et le sulfate de cuivre sont très fortement antiseptiques (Miquel), avec des équivalents de 0,70 et 0,90.
L'acétate et le phosphate de cuivre à l'état naissant ont été préconisés par Luton contre la tuberculose.
L'acétate de cuivre [vert de gris), est employé comme escharotique pour détruire les ulcérations rebelles et les végétations d'origine syphilitique.
Le sulfate de cuivre est beaucoup plus usité en solution, pour l'usage externe, comme antiseptique ou désinfectant, notamment dans les écoulements d'origine utérine (Charpentier). C'est la solution cà 1/100 qui doit servir, pour cet usage. Elle a l'avantage d'être moins coûteuse et moins dangereuse que les solutions de sublimé.
Le mercure et les sels de mercure sont les antiseptiques les plus énergiques que l'on puisse employer mais ce sont en même temps les plus toxiques. Il y a lieu de distinguer, cependant, les sels insolubles des sels solubles, le bichlorure (sublimé) qui est soluble, est toxique à la dose de 5 à 10 centigrammes, tandis que le protochlorure (calomel) est simplement purgatif à une dose dix fois plus forte ; mais en présence des chlorures du suc gastrique, il peut se transformer partiellement et plus ou moins rapidement en bichlorure.
D'après Miquel, le biiodure de mercure serait le plus puissant antiseptique que l'on connaisse (équivalent : Ogr. 025). Le bichlorure (sublimé) n'aurait que le quatrième rang (équivalent : 0,07).
Le mercure métallique peut-être employé, surtout à l'extérieur, sous forme de mercure éteint, c'est-!i.-dire mélangé à un corps gras (axonge, vaseline ou lanoline). L'action « résolutive » ou antisyphilitique que l'on attribuait autrefois à ce topique, doit être considérée aujourd'hui comme une action antiseptique, par suite de l'absorption, à travers la peau, d'une petite quantité du métal, qui se trouve à l'état très divisé dans la pommade mercurielle ou onguent napolitain. C'est à titre d'antiseptique que cette pommade agit dans la péritonite, l'orchite blennorra-
LA TnÉRAPEUTIQUIS ANTISEPTIQUE.
giquo, la méningite, les lymphangites et les phlegmons locaux.
L'absorption du métal par la peau est prouvée par la salivation caractéristique et des symptômes d'empoisonnements quelquefois plus graves encore. Gubler et Merget pensent que dans ces circonstances les vapeurs d'un métal qui se volatilise déjà à la température ordinaire peuvent être absorbées par les voies digestives et pulmonaires en quantité considérable, surtout quand la température du corps humain atteint ou dépasse 39 et 40», comme c'est souvent le cas chez les malades atteints de péritonite ou d'affections du môme genre.
Le bichlomre (Hg CP) ou sublimé est de tous les sels de mercure, le plus usité comme antiseptique. A la température ordinaire l'eau n'en dissout que i/ib, mais l'alcool et l'éther en dissolvent 1 gramme pour 4 grammes du véhicule, et la glycérine un peu plus que l'eau (1/14).
On ne doit pas se servir d'eau ordinaire, mais d'eau distillée, pour les solutions, à cause du bicarbonate calcaire, qui peut produire un précipité plus ou moins abondant.On évite cet inconvénient par l'adjonction du chlorure de sodium. MM. Vicario et Deschamps ont préconisé, comme équivalente à la liqueur de Van Swieten, la solution suivante :
Sublimo 1 gramme
Chlorure de sodium 1 —
Eau ordinaire 1000 —
■ La liqueur de Vcm Swieten (du Codex) est une solution de sublimé à 1 millième. Elle est d'un usage fréquent et commode dans la pratique pour l'usage externe et les injections dans les cavités naturelles (vagin, utérus, etc.).
■ Cependant, comme elle a produit quelquefois des empoisonnements, on a pensé qu'il y avait lieu de l'atténuer, surtout dans les cas oii il n'y a pas un danger imminent. On l'étend alors des 3/4 d'eau stérilisée par l'ébuUition.
•L'Académie de médecine, sur le rapport du Budiu
ÉTUDÈ DES ANTISEPTIQUES. 57
a autorisé les sages-femmes à se servir d'une solution de sublimé qui correspond, non à la liqueur de Van Swieten, mais à cotte dernière dilution. L'antiseptique est délivré par les pharmaciens sous forme de poudre en paquets suivant la formule suivante :
Sublimé 25 centigrammes
Acide tai-trique 1 gramme
Rouge de Bordeaux 1 mUligramme.
(Pour un litre d'eau.)
" La coloration en rouge est destinée à appeler l'attention et à éviter toute erreur pouvant amener des empoisonnements. — En même temps, on se servira de vaseline au sublimé à un millième pour enduire les mains et les instruments.
C'est Laplace qui a montré le premier, en 1887, que raddition de 5/1000 d'acide cMorhydrique ou d'acide tartrique à une solution de sublimé en augmente considérablement le pouvoir antiseptique, en empêchant le sel mercuriel de former un albiiminate insoluble avec les matières albuminoïdes des tissus de l'organisme. - Le sublimé détruit les bactéries en plein développement à la dose de 1/20,000, ou même à dose plus faible encore, suivant les espèces.
Le protochlorure de mercure, chlorure mercureux ou calomel (Hg2 Gl^), est insoluble dans l'eau, et c'est ce qui permet de l'administrer à beaucoup plus forte dose que le sublimé, comme purgatif et vermifuge. Mais, en présence de l'acide clilorhydrique et des chlorures alcalins, il se dédouble en mercure et deutochlorure (sublimé), surtout en présence des matières organiques. Son action se rapproche alors de celle dès composés mercuriques solubles, au point de vue de son action toxique et antiseptique. Les médecins anglais l'emploient fréquemment dans la médecine des enfants contre l'entérite, la méningite, etc. On l'emploie aussi à l'extérieur, en pommade.
L'oxyde mercureux est la base de Veau phagédénique noire. — L'oxyde mercurique ou bioxyde, plus souvent em-
ployé, est rouge, et forme la base de collyres et de pommades employés contre les ulcères vénériens ou les maladies des yeux.
L'azotate mercurique {nitrate acide de mercure), en solution avec un excès d'acide azotique, est employé comme caustique pour toucher les ulcères syphilitiques.
Viodure mercureux (Hg?P), qùi est vert, insoluble dans l'eau, est également employé à l'intérieur comme antisyphilitique.
L'iodure mercurique (HgP) ou biiodure, est un composé beaucoup plus actif. C'est une poudre rouge, peu soluble dans l'eau (4 centigrammes par litre), soluble dans l'alcool et l'éther.
C'est le plus puissant des antiseptiques expérimentés jusqu'ici (équivalent : 0 gr. 02o, d'après Miqdel). D'après M. Pinard, qui l'a employé dans les affections puerpérales, à la place du sublimé (équivalent 0,07), on en obtient les meilleurs résultats. « Le biiodure, éminemment antiseptique, est moins toxique, à poids égaux, que le bichlorure » (Bouchard). Le biiodure, en effet, qui est près de trois fois plus énergique que le bichlorure, peut être employé à dose beaucoup moindre. La solution à 1/4000 est celle dont se sert actuellement M. Pinard, et l'on voit que cette solution correspond, com;?ie toxicité, à la solution de sublimé que l'Académie a cru pouvoir mettre sans danger entre les mains des sages-femmes : comme antiseptique, elle est probablement trois fois plus active, malgré son innocuité parfaite.
Le sous-sulfate de bioxyde de mercure ou turbith minéral est jaune et employé à l'extérieur en pommade contre les affections parasitaires de la peau. II est peu soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. A l'intérieur, il agit comme vomitif et purgatif.
Le sulfure mercurique (HgS), cinabre ou vermillon, rouge» insoluble dans l'eau et l'alcool, se volatilisant sans fondre, est employé à l'extérieur en pommades ou en fumigations. . Le sulfure noir ou œthiops minéral, qui a la même for-
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
mule que le pre'cédent, s'obtient en triturant du soufre avec du mercure. 11 se forme aussi par l'action de l'hydrogène sulfuré et des sulfures alcalins sur les sels merçuriques. Son insolubilité le rend peu toxique.
Ceci nous indique la conduite à tenir en face d'un empoisonnement produit par l'application d'une pommade mercurielle, surtout quand il y a lieu de supposer que l'intoxication est due à l'absorption des vapeurs mercurielles par la voie pulmonaire. Comme contre-poison, on administrera les eaux minérales sulfureuses (Cauterets, Uriage, Enghien, etc.), qui transforment les sels de mercure solubles en sulfure insoluble. Lorsque ces eaux sulfureuses sont administrées à l'avance, il y a une tolérance remarquable pour les onctions mercurielles (C.^rles).
D'autres préparations mercurielles antiseptiques, qui appartiennent à la chimie organique, seront indiquées ultérieurement.
Fer, Chrome, Manganèse, Nickel, Cobalt.
Les sels fourrfis par les métaux de ce groupe sont, en général, modérément antiseptiques (Miquel), et comme tels rarement employés à ce titre. Cependant l'acide chromique est indiqué comme très fortement antiseptique.
Le fer et les sels de fer ne sont pas toxiques même à dose relativement forte, et se trouvent dans l'organisme comme dans nos aliments ; aussi sont-ils assez faiblement antiseptiques : ainsi le sulfate de protoxyde de fer a pour équivalent la dose élevée de ii grammes par litre (Miquel).
Dans le protochlorure et le protoiodure de fer, le chlore et l'iode agissent probablement comme antiseptiques à côté du fer considéré comme reconstituant du sang. Quoi qu'il en soit, on peut dire que les sels de fer sont inusités comme antiseptiques. A l'extérieur notamment et pour toutes les applications locales, on leur préfère les sels de enivre, qui sont beaucoup plus actifs.
Les sels de manganèse (iodure, etc.), sont essentiellement des succédanés du fer. Nous avons déjà traité du perman-
ganate de potasse, le plus usité d'entre eux, et nous avons dit qu'il est considéré comme fortemenl antiseptique.
L'acide chromique (CrO") ost cristallisé en aiguilles d'un beau rouge. II est déliquescent, d'une saveur styptique. C'est un oxydant énergique, car il enflamme l'alcool et l'éther au simple contact. Appliqué sur les tissus, il est très caustique, et c'est à ce titre qu'on emploie sa solution (à poids égal dans l'eau distillée) pour détruire les cors et cautériser les végétations. Son équivalent antiseptique est presque aussi élevé que celui de l'acide osmique ( 05^,20), et supérieur à. celui du chlore (Miquel).
Le bichromate de potasse est également un oxydant énergique, comme nous l'avons déjà dit. Il est encore /br/emenî antiseptique (équivalent à ier,20). L'acide chromique et les sels de chrome sont inusités comme antiseptiques.
Les sels de cobalt et de nickel ont des propriétés analogues à celles des précédents. — Le sulfate de nickel est fortement antiseptique, supérieur sous ce rapport au permanganate de potasse et surtout au sulfate de fer. Son équivalent antiseptique (2e'',o0) est un peu Inférieur à celui du chlorure de zinc.
Aluminium.
Ce métal se rapproche encore des précédents, bien qu'il ne soit pas diatomique, mais hexalomique, ses sels présentant le groupement (AP)vi. Très peu de ses sels sont employés comme antiseptiques. L'alumine, base faible, est astringente.
L'alun ou sulfate double d'alumine et potasse [(S0*)3 AI2SO*K2 + 24H2 0] introduit dans le tube digestif est toxique à la dose de 1 gramme ou même moins. Il est astringent, et s'emploie surtout en gargarismes. Coagulant l'albumine, il empêche la putréfaction des matières organiques. L'alun calciné, employé surtout en poudre, agit en absorbant l'eau des tissus sur lesquels on le dépose, et c'est probablement par cela seul qu'il agit sur les bactéries, si sensibles au moindre changement dans le degré de con-
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. *Jl
centration des liquides au milieu desquels elles vivent. 11 n'est pas considéré coniino un véritable antiseptique.
L'acétate d'alumine est considéré au contraire comme un antiseptique puissant (Jalan de la Croix). Nous en traiterons avec les autres composés organiques qui dérivent de l'acide acétique.
Oi', Platine, Osmium.
Les sels d'or ont été employés anciennement contre la scrofule et la syphilis. Les recherches récentes, en montrant le pouvoir antiseptique élevé de l'or et de ses composés, tendent à les remettre en honneur. Le seul obstacle à leur emploi est le prix élevé de ces préparations. .
L'or en poudre, le chlorure et le brormire d'or, seuls ou en combinaison avec l'ammonium et le sodium, le cyanure ■etl'oxyde d'or ont été employés à l'intérieur et à l'extérieur, ■à des doses que l'on trouvera indiquées dans les formulaires.
Le chlorure est un caustique qui jouit de la réputation de ne pas laisser de cicatrices : il est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.
Ce sel est très fortement antiseptique. Il vient, dans la liste de Miquel, immédiatement après l'iode et le chlore avec un équivalent de OS'-.ao, égal à celui de ces deux métalloïdes.
Le cyanure d'or, autrefois préconisé par Chrétien, a été employé de nouveau par Œsterlen contre la phtisie ; ce sel est jaune, insoluble. On l'emploie à la dose de 4 à 16 milligrammes suivant la formule suivante :
Cyanure d'or 18 centigrammes
Chocolat 45 grammes.
F. s. a. 24 pastilles : 2 à 4 par jom- (Œsterlen).
Le tricyanure incolore et soluble a été employé également par le même auteur.
Le sels de ■platine se rapprochent des sels d'or par leur propriétés, mais sont moins actifs, tout en étant d'un prix
très élevé. Le bichlorure de platine a pour équivalent antisepLique Os^ 30, chiffre supérieur à celui de l'acide cyanhydnquo. On I a essayé comme antisypi.ilitique (Hcefer) l^osmium n'esL Ruùre usité que comme acide ' osmique (OsO^) corps volatil à la température ordinaire (répan dant des vapeurs d'osmium), ce qui le rapproche du mercure, et se dissolvant lentement dans l'eau. C'est un oxydant énergique qui se décompose très facilement, avec réduction métallique, au contact des matières organiques Il est donc irritant, par le seul contact de ses vapeurs et caustique à forte dose. C'est un antiseptique énergique supérieur aux précédents et venant, d'après Miquel. immédiatement après le nitrate d'argent (équivalent antiseptique : 0e'',15).
Très employé en micrographie et en bactériologie pour fixer les tissus et les organismes inférieurs, l'acide osmique, en raison de son prix élevé, n'est guère usité en thérapeutique. On l'a employé en injections hypodermiques comme antinévralgique (solution à 1/100). Il agit probablement dans ce. cas comme antiseptique ou caustique. ^ Pour l'analyse des eaux potables, M. Maggi emploie l'acide osmique, qui tue instantanément tous les microbes et les précipite au fond du vase, où il est facile de les recueillir.
On trouvera à la fin du volume un tableau des équivalents toxiques des principaux sels métalliques d'après les recherches de M. Bouchard.