Traité pratique d'antisepsie, I, p
m LA TIll^^RAPRUTIOUE ANTISEPTIQUE.
lavage de l'estomac\ employé surtout lorsqu'il y a dilalalion, n'agit qu'en entraînant les résidus alimentaires qui ne peuvent passer dans l'intestin.
La imidve de charbon (charbon de Belloc) est le plus ancien de tous les antiseptiques que l'on ait employés comme désinfectants des matières alimentaires incomplètement digérées et qui séjournent dans l'estomac.
Avant que les antiseptiques modernes tels que le naphtol eussent été introduits dans la pratique, M. Dujardin-Beaumetz employait des solutions faibles d'ac/de borique fl à 2 p. m), ou mieux la solution désignée sous le nom à' eau sulfo-carbonée, obtenue en agitant du sulfure de carbone parfaitement pur avec de l'eau et ayant soin de décanterle mélange. Voici la formule de cette préparation :
Sulfure de carbone pur .... 23 gr.
Eau. 500 gr.'
Essence du luciulic xxx gouttes.
Placer ce mélange dans un compotier d'une contenance de 700 ce, agiter et laisser déposer. Ajouter de l'eau à mesure que l'on en prend, de manière que le liquide ait toujours le même niveau et qu'on ne puisse toucher au sulfure qui se dépose au fond du vase.
On donne de cinq à dix cuillerées à soupe de cette eau par jour, dans du lait ou de l'eau rougie.
Dans les cas moins graves et lorsqu'il s'agit d'une dyspepsie acide, pituiteuse ou flatulente on peut administrer les cachets suivants (Dujardin-ReaumetzJ :
Salicylate de bismuth 1
Magnésie anglaise ( ââ 10 gr.
Bicarbonate de soude \
Divisez en 30 cachets médicamenteux. En prendre un avant chaque repas. Dans cette formule le salicylate a remplacé le sous-nitrate de bismuth anciennement prescrit
1. Debove et Rémoxd, Lavai/e de l'estomac (Bibl. Charcot-Debove),
TRAIÏISMENT ANTISEPTIQUE.
et sur lequel il a l'avantage comme antiseptique plus elTicace.
Viodofowxe a été employé dans le même but, mais a dû être abandonné comme irritant l'estomac.
L'introduction en thérapeutique de la naphtaline, du naphtol et des composés de môme nature nous donne toute une série d'antiseptiques beaucoup plus faciles à administrer à l'intérieur.
La naphtaline elle-même a dû être abandonnée en raison de son odeur désagréable et des renvois qu'elle provoque.
Le naphtol, au contraire, ne présente aucun de ces inconvénients et peut être employé avec avantage étant peu toxique (3 gr. 80 représente la dose toxique pour i kilogr. de l'animal). On l'associe généralement au salicylate de bismuth, comme dans la formule suivante (Bouchard) :
Naphtol p précipité 1
Salicylate de bismuth | àà 10 gr.
Magnésie [oîi rhubarbe) )
Pour 30 cachets. — En prendre 2 à 4 et plus par jour, suivant les indications. D'après M. Bouchard, le naphtol a pourrait être substitué au naphtol [3 comme un antiseptique plus énergique et moins toxique (3 fois moins). Mais ce dernier est celui que l'on trouve ordinairement dans les pharmacies, et l'usage a consacré son emploi.
Le bétol, ou salicylate de naphtol p, paraît moins irritant que le naphtol et peut lui être substitué avec avantage et aux mômes doses ; on prescrira donc :
Bétol. . )
Salicylate de bismuth > àâ 10 gr.
Magnésie )
Pour 30 cachets. — Deux et plus par jour, autant que possible avant les repas. — On peut varier cette formule, suivant les indications, par l'adjonction de bicarbonate de soude, de charbon, de craie préparée, etc., de manière à-
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faire des cacliels conteiuml en moyenne 1 f^ranime du mélange de poudres antiseptiques.
L'emploi du bûtol est contre-indiqué, en raison de l'acide salicylique qu'il renferme, toutes les fois que les fonctions du rein sont lésées, notamment lorsqu'il y a de i'alhutninurie.
Si l'on préfère employer ces divers antiseptiques purs et sans adjonction d'autres poudres, on les donnera en cachets à la dose de oO centigrammes par cachets.
Dyspepsies intestinales, Diarrhée, Constipation, Embarras gastrique, Empoisonnement par les viandes faisandées, Entérites, etc.
Tous les antiseptiques dont nous avons indiqué l'usage dans le traitement des dyspepsies gastriques conviennent également dans les dyspepsies intestinales; on peut même dire que la plupart de ces antiseptiques, étant insolubles dans l'eau, peu solubles ou lentement solubles dans les liquides sécrétés par l'estomac et l'intestin, n'agissent sur les substances alimentaires que dans cette partie du canal digestif, ou y continuent leur action commencée dans l'estomac. Nous verrons d'ailleurs qu'il y a des distinctions à faire dans le choix de ces divers antiseptiques, suivant la nature de la lésion.
Les purgatifs et de préférence les purgatifs salins (sulfate de soude, sulfate de magnésie, eaux purgatives naturelles), remplacent ici le lavage de l'estomac, et agissent en entraînant rapidement les substances alimentaires mal digérées et contenant des toxines.
Le charbon en 'poudre, déjà employé par Trousseau et Belloc, a longtemps servi à M. Bouchard pour réaliser l'antisepsie intestinale. Avec une dose de 100 grammes par jour il. obtenait la désodoralion et la décoloration des matières fécales et même celles des urines en s'opposant à la résorption de la bilirubine dans l'intestin. Mais le charbon n'agit guère que comme absorbant : on possède aujourd'hui des médicaments plus actifs.
TRAITEMENT A N ï I S E P ï I Q U H.
VuLPiAN le premier a employé le saiicylate de hismuth el Viodoforme. D'autres se sont servis du calomel, qui se translorme dans l'esLoniac en biclilorarc et dans l'intestin en sulfure de mercure.
M. Bouchard a montré que ces substances, généralement insolubles, devaient être à l'état de poudre impalpable, de manière que leurs particules puissent se mettre en contact, de la façon la plus intime, avec le revêtement épithélial de l'intestin, et qu'il convenait de les administi'er par petites doses souvent répétées, pour ne pas laisser aux microbes producteurs de toxines et de fermentations putrides le temps de se multiplier.
La naphtaline a e'té employée par M. Bouchard à l'état pur et très divisée : on obtient ce résultat en la précipitant de sa solution alcoolique par l'eau. On peut en donner 5 grammes par jour suivant la formule suivante ;
Naphtaline ) > . r-
Sucre en poudre ) ^
Essence do bergamote deux gouttes.
(Divisez en 20 paquets. — En prendre un toutes les heures.)
La naphtaline a l'inconvénient de provoquer des éruptions polymorphes accompagnées d'un prurit très gênant pour le malade : aussi lui préfère-t-on actuellement le naphtol, qui est beaucoup mieux supporté.
Le naphtol (5 est celui dont se sert M. Bouchard pour l'antisepsie intestinale. L'équivalent de toxicité de ce corps n'est que de 1 gr. 60 par kilogramme du poids du corps, et bien qu'on le considère en général comme insoluble, l'expérience prouve qu'il est légèrement soluble, par agitation prolongée, dans l'eau (0 gr. 20 pour 100). En additionnant l'eau d'alcool (1 gramme), un litre en dissout 0 gr. 33. Veau naphtolée ainsi préparée jouit déjà d'un pouvoir antiseptique incontestable.
On peut administrer le naphtol ou le bétol suivant les formules que nous avons indique'es plus h.aut en traitant
LA ÏUÉRAPEUÏIQUK ANTISEPTIQUE.
de la dyspepsie gastrique, ou bien sous forme de granules (BoucHAiii)), d'après la f'orniLile suivante :
(F. s. a. des granules de la taille ordinaire, que l'on administrera par cuillerées à café dans un peu d'eau).
Mais le médicament qui paraît le mieux convenir pour l'antisepsie intestinale, d'après les recherches les plus récentes, est le benzonaphtol.
Le benzonaphtol, ou benzoate de naphtol [5, est, d'après M. GiLHERT, l'antiseptique de choix pour l'intestin, attendu que c'est là seulement qu'il agit, tandis que le naphtol lui-même est un antiseptique gastro-inleslinal dont l'action commence déjà dans l'estomac.
Le benzonaphtol arrive dans l'intestin sans être modifié par le suc gastrique, et c'est alors seulement qu'il se dédouble en naphtol ^ et acide benzoîque. C'est, par conséquent, un antiseptique exclusivement intestinal.
La faible solubilité du benzonaphtol dans l'eau et le suc gastrique restreint donc le champ de son action. Mais ce dernier médicament a l'avantage de ne pas troubler le chimisme stomacal lorsque celui-ci est normal. C'est un avantage qu'il présente d'ailleurs en commun avec le bétol.
Le benzonaphtol présente sur le bétol l'avantage d'avoir un pouvoir antiseptique supérieur, conséquence de la substitution de l'acide benzoîque à l'acide salicylique.En outre, toutes les fois que le rein est malade, notamment chez les albuniinuriques, alors que l'acide salicylique est dangereux même à faible dose, il y a lieu d'employer exclusivement le benzonaphtol, dont la toxicité est d'ailleurs très faible.. Dans les maladies du foie et les néphrites, il y a donc indication de faire usage exclusivement de ce dernier médicament.
On l'administre à la dose de 2 à 5 grammes par jour, en cachets de 0 gr. 30 régulièrement espacés.
Charbon
Naphtol
SalicylaLe de Ijisiiinlli Sucre
50 gr.
I ftà 2 gr. 'M q. s. pour granulcr.
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE
En résumé, d'après M. Gilbert, l'antisepsie gastrique est surtout justiciable du lavage. L'antisepsie gastro-intestinale doit être faite h l'aide du naphtol |3 (Bouciiaud), et l'antisepsie exclusivement intestinale, à l'aide du benzonaphtol.
Il y aura donc lieu d'employer ce médicament de pre'fe'rence au sulfure de carbone et au napbtol additionné ou non de salicylate de bismuth (Bouchaud, Leghoux), dans la fièvre typhoïde, les diarrhées de nature microbienne, la dysenterie, les entérites, typhlites et colites, quelle qu'en soit la cause.
Les lavements simples ou antiseptiques constituent une médication d'une application facile et qui trouve ses indications non seulement dans les rectites d'origine infectieuse, mais dans toutes les affections du gros intestin. Les solutions d'acide borique, de tanin, d'acétate de plomb, de pevchlorure de fer, d'iode ioduré, de nitrate d'argent, de sublimé, etc., ont été employées avec succès. Les lavements jouent ici le même rôle antiseptique que le lavage de l'e.stomac et les purgatifs salins dans les autres parties du tube digestif.
Furonculose.
Le furoncle doit être considéré comme ia manifestation cutanée d'une affection générale qui s'accompagne toujours de production de toxines dans l'intestin. Il est donc nécessaire de joindre au traitement local des furoncles un traitement général dont la base est l'antisepsie intestinale jointe à une hygiène raisonnée.
M. Bouchard a montré qu'une éruption furonculeuse pouvait être arrêtée par l'antisepsie intestinale. On connaît d'ailleurs, depuis longtemps, les rapports étroits qui existent entre les fonctions de l'intestin et celles de la peau. Dans la furonculose, outre l'infection locale, qui se produit par la dissémination des germes microbiens à la surface cutanée, il y a lieu de tenir compte de la prédisposition qui résulte d'une intoxication d'origine intestinale et de
LA TIIÉRAPEUTIQUI': A N T 1 S K l' T 1 g U K
l'irritation consécutive qui, jointe au frottement et au f^ratlago, favorise l'inllammation des follicules sébacés, voie d'entrée des microbes pyogènes {Slaphijlococeiis ptjo- (jenes aureus, Rosenbach).
Au traitement local, consistant en lotions à l'eau boriqnée ou au sublimé, applications de rondelles d'empldlrc de Vigo cuin mcrcurio (Licgicndhe) sur chaque bouton suppurant ou non, on devra donc joindre l'antisepsie intestinale. M. BoL'ciiARD ordonne les cachets suivants :
Naphtol p précipité 15 gr.
Salicylate de bismutli 1 gr. 50
(Pour 30 cachets; — 3 par joui- jusqu'à appafilion des selles
vertes).
M. GiNGEOT badigeonne le furoncle à la leinlure d'iode et fait des lotions générales boriquées, sulfureuses ou au sublimé, tout en administrant à l'intérieur la poudre suivante :
Sulfure de sodium \
Bicarbonate de soude j
Sulfate de potasse > a;'i 10 gr.
Acide tartrique i
Gomme arabique J
(De 0 gi.'. 50 à 4 grammes par jour, eu 8 ou 10 prises, dans de l'eau ou du lait.)
Antisepsie dans les maladies du foie.
On sait que le foie, traversé continuellement par le sang venant de l'intestin, a pour fonction d'arrêter les toxines qui, fabriquées dans le canal alimentaire par les microbes, lui sont apportées par les veines-portes, et de les éliminer par le rein. On suppose que cette neutralisation des toxines du sang est en rapport avec la fonction glycogénique du foie (G. -H. Roger).
Mais toutes les fois que la glande hépatique est malade, cette faculté d'arrêter ou de neutraliser les toxines est altérée ou suspendue. C'est ce que l'on observe dans les ictères simples (jaunisse), dans l'ictère grave, l'hépatite
THAITEMKNT ANTISEPTIQUE.
et la cirrhose, et môme dans les engorfj;ements passaijers du foie qui accompagnent presque toujours les affections intestinales, les lièvres, etc. Dans toutes ces maladies, l'antisepsie intestinale s'impose avec d'autant plus de rigueur, quô le rein est également menacé par suite de la présence dans le sang delà bilirubine, produit d'excrétion du foie ordinairement déversé dans l'intestin, et qui colore anormalement l'urine et tous les liquides de l'économie. . Toutes les fois qu'il y a obstruction du canal cholédoque, et quelle qu'en soit la cause, l'ictère apparaît, et, la bile cessant d'être déversée dans le duodénum, les matières fécales sont expulsées décolorées et exhalent une odeur putride repoussante. La bile est en effet un agent antiputride énergique qui s'oppose aux fermentations microbiennes qui pourraient s'effectuer dans l'intestin lorsque le résidu des substances alimentaires y séjourne plus ou moins longtemps. M. Dujardin-Beaumetz a insisté sur la nécessité de combattre cette putridité intestinale, à laquelle il attribue en grande partie les symptômes nerveux qui se produisent dans les ictères prolongés, par suite de la pénétration dans l'économie de toxines absorbées à la surface de l'intestin.
Les antiseptiques qui conviennent le mieux dans ces cas sont le calomel, dont on peut utiliser l'action purgative en l'associant ou non à l'évonymin, la poudre de charbon, et surtout le benzonaphlol, conformément aux indications que nous avons formulées plus haut.
Traitement antiseptique de la Péritonite.
L'inllammation du péritoine est tantôt primitive (?), tantôt consécutive à l'inflammation des divers organes contenus dans l'abdomen (intestins, reins, utérus, etc.). Lors même que cette inflammation ne serait pas primitivement de nature septique, elle le devient presque toujours, à un moment donné, soit par suite de perforation de l'un des organes sus-indiqués, soit par suite du processus inflammatoire lui-même, qui rend possible la migration des
LA TlllllHAPlîUTIQUE ANTISEPTIQUE.
leucocytes et des microbes qu'ils entraînent à leur suite, à travers les parois enllammécs des viscères abdominaux devenues friables et perméables aux organismes microscopiques qui les traversent par diapédése.
Les microbes que l'on rencontre dans l'épanchement péritonéal sont d'espèces variées suivant l'affection primitive, dont la péritonite doit être considérée comme une complication. Les plus communs sont le Staphylococcua aureus, le Slreptococcus pyogenes, le pneumocoque [Klebsiella salivaris), enfin le Bacillus tuberculosis : ce dernier est le microbe ordinaire de la péritonite des enfants.
D'après MM. Cornil et Babes', «la péritonite est constamment secondaire à une lésion qui prend son point de départ dans une inflammation des organes contenus dans la cavité abdominale, ou bien dans la généralisation de certains microbes qui ont un effet spécial sur les séreuses... », comme ceux qui sont cités plus baut. — On peut dire qu'il existe des microbes dans toute péritonite aiguë fibrineuse ou puinforme (Cornil et Babes).
La première indication, dans toute péritonite, est donc de réaliser l'antisepsie interne aussi complète que possible par les procédés déjà connus : le calomel, et surtout le naphtol et Le benzonapbtol, seront adminislre's suivant les formules précédemment indiquées et en tenant compte du plus ou moins de tolérance de l'estomac. On y joindra, au besoin, les sels de quinine.
La péritonite étant toujours, à son début, locale, et la gravité de l'affection dépendant essentiellement de sa généralisation qui la rend rapidement mortelle, tous les efforts du médecin doivent tendre vers ce but : empêcher la généralisation, surtout lorsqu'il s'agit d'une inflammation primitivement septique.
« L'extension d'une péritonite, dit M. Bouchard, consiste en une succession d'inoculations résultant des mouvements de l'intestin, qui brassent les matières septiques