‹ La thérapeutique antiseptiqueChapitre 3 sur 57 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

Dans cette voie, la chirurgie eut des triomphes inespérés; de nouveaux domaines s'ouvrirent pour elleet elle put aborder les opérations les plus graves et les plus dangereuses sans compromettre un seul ins, tant la vie du patient. Ses succès sont tels aujourd'hui que l'on peut affirmer que lorsqu'il survient des complications de suppuration et d'infection, elles résultent d'une inobservation aux règles d'une antisepsie rigoureuse.

Les accouchements suivirent bientôt la voie tracée par la chirurgie, et l'on peut dire que, grâce à l'antisepsie, cet acte physiologique s'accomplit aujourd'hui sans danger pour la parturiente, môme lorsque l'on est forcé d'intervenir dans les accouchements laborieux.

En est-il de môme pour la médecine? Malheureusement non. C'est qu'ici les conditions du problème sont absolument différentes. Que font le chirurgien et l'accoucheur? Ils interviennent chez une personne saine, ou du moins dont le milieu n'est pas infecté, tandis que, au contraire, lorsque le médecin est appelé, le microbe a fait ses ravages, les toxines ont empoisonné l'économie, et il nous faut, non pas protéger l'individu contre l'envahissementde micro-organismes, — tâche relativement facile au chirurgien et à l'accoucheur, — mais empêcher le développement de ces organismes et en limiter les ravages. Aussi le problème n'a-t-il été résolu qu'incomplètement, du moins jus-

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qu'ici, et c'est par fraction que nous avons abord(^ sa solution.

C'est d'abord l'antisepsie du tube digestif qui a été résolue, et cela grâce aux travaux de Boucbard et de son école. On sait aujourd'hui le rôle si considérable que- joue cette antisepsie intestinale dans toutes les maladies oii la toxicité urinaire est modifiée et dans les affections multiples et si nombreuses du tube digestif : patients à imperméabilité du rein compromise; dilatés de l'estomac et du gros intestin; dothiénentériques ; malades à diarrhées infectieuses; cholériques, tous ont profité dans une large mesure de cette antisepsie gastro-intestinale.

Il en a été de môme pour l'antisepsie buccale, qui nous a permis non seulement d'établir une thérapeutique préservatrice des affections dentaires et gingivales, mais qui nous a encore utilement servi dans cette maladie redoutable, la diphtérie. Roux et Yersin, en démontrant que dans le processus diphtéritique la lésion était locale, pour devenir ensuite générale,] nous ont montré l'importance des antiseptiques puissants pour détruire les germes morbides contenus dans les pseudo-membranes à leur début; puis, on a aussi abordé l'antisepsie des voies génitourinaires, et ici Guyon et ses élèves ont indiqué le rôle puissant des antiseptiques pour arrêter les maladies infectieuses du rein, de la vessie et de l'urèthre. Enfin, la découverte du gon^ococque nous a permis

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aussi d'établir sur des bases scientifiques le traitement de la blennorrhagie.

La thérapeutique oculaire est aujourd'hui presque entièrement basée sur l'antisepsie. Pour les affections cutanées, on a aussi puisé largement dans le groupe des médicaments antiseptiques pour obtenir la cure de ces affections.

Mais la lutte antiseptique ne s'est pas arrêtée là, et l'on s'est efforcé de combattre les autres maladies infectieuses à l'aide de moyens analogues. Lorsque la lésion peut être limitée et que l'envahissement de l'organisme tout entier n'est pas un fait accompli, on a facilement triomphé. C'est ainsi que dans le charbon, par exemple, les injections interstitielles d'iode appliquées à temps ont produit des guérisons nombreuses. C'est ainsi que pour la tuberculose, lorsqu'elle est locale, on a pu, soit à l'aide des antiseptiques locaux, soit en constituant des tissus impropres à l'envahissement tuberculeux, comme dans la méthode sclérogène de Lannelongue, arrêter l'envahissement microbien et amener une guérison durable.

Mais où la lutte a été la plus vive, c'est contre la tuberculose ; et le problème n'est pas encore résolu. C'est que là les conditions de succès sont bien difficiles! Lorsque l'on songe à l'activité circulatoire énorme du poumon et aux désordres que détermine le bacille tuberculeux dans le parenchyme pulmonaire, on comprend combien il nous est difficile d'em-

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pôcher le passage de ce microbe dans toute l'éco, nomie.

Et, comme Fa fort bien dit A. Robin, nous ne possédons pas encore des substances antiseptiques assez inoffensives pour les globules et assez puissantes contre les microbes pour amener l'antisepsie rigoureuse du milieu intérieur, et en particulier du liquide sanguin.

A l'hôpital Cochin, j'avais été déjà frappé de ce fait: c'est que les malades atteints de fièvre typhoïde qui venaient de l'hôpital voisin, l'hôpital du Midi, et qui avaient subi dans ce dernier hôpital un traitement mercuriel extrêmement rigoureux, présentaient des formes extraordinairement graves de la fièvre typhoïde, et cela, à ce point, que tous ou presque tous succombaient.

Ainsi donc voilà des malades dont l'économie est imprégnée de la substance la plus antiseptique connue, le sublimé, qui théoriquement devraient résister mieux que d'autres aux atteintes du bacille de la fièvre typhoïde, et qui, au contraire, par la dépression générale de l'organisme, présentent une proie facile au bacille de la fièvre typhoïde.

Mais, je le répète, nous sommes au début de cette application des antiseptiques. Déjà l'école de Pasteur nous a montré quel chemin nous devions suivre pour arriver à notre but : c'est de chercher la protection contre les microbes non pas dans les substances chi-

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miques déûnies constituant le groupe des antiseptiques, mais bien dans la toxine sécrétée par le microbe lui-même. C'est ainsi que nous arriverons à obtenir cette antisepsie du milieu intérieur qui doit occuper la première place dans la thérapeutique des affections infectieuses.

Le livre que j'ai l'honneur de présenter au public médical résume toutes ces questions. Il montre ce qu'est l'antisepsie médicale et la puissance des différents moyens que le médecin peut mettre en jeu pour combattre les divers microbes pathogènes.

Nul n'était mieux à même de conduire h bien ce travail que le D' Trouessart, qui a déjà fait sur les microbes et les bactéries un ouvrage d'un haut intérêt. Il nous donne aujourd'hui le moyen de combattre ces micro-organismes, et nous devons le remercier de la clarté avec laquelle il a exposé cette thérapeutique antiseptique.

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