CHAPITRE IX
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE DES MALADIES DU NEZ DE LA GORGE ET DES OREILLES»
La thérapeutique des maladies des fosses nasales et du pharynx nasal, celle des maladies des oreilles, qui ont tant de rapport avec les précédentes par leur siège et leurs causes, ont fait des progrès considérables depuis une vingtaine d'années. Ici, comme dans toutes les branches de l'art de guérir, les méthodes d'exploration et de traitement sont astreintes aujourd'hui aux règles de l'asepsie et de l'antisepsie la plus stricte. Ne pouvant décrire en détail les modes d'intervention propres à ces affections spéciales, nous nous contenterons de les indiquer d'une façon générale, renvoyant, pour plus ample informé, le lecteur aux ouvrages dont nous donnons le titre au bas de cette page.
Traitement antiseptique des maladies des fosses nasales et du pharynx nasal.
Les bains ou irrigations, les hiimages et les injections (douche nasale) servent à mettre les différents liquides antiseptiques en contact avec la muqueuse nasale et à
1. Les éléments de ce chapitre ont été puiRi5s dans le Traités des maladies des fosses nasales et du pharynx nasal par M. Moldenhader, 1889, et dans Les maladies de l'oreille et leur traitement par A. Hartmann, 1890, ouvrages traduits et annotés par M. le D' Potiqubt.
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balayer le pus, les microbes et tous les produits de l'inflammation qui peuvent séjourner dans les replis des fosses nasales antérieures ou postérieures. Les procéde's et appareils imaginés dans ce but sont décrits dans les traités spéciaux. Les pufccma<ions constituent un excellent procédé pour mettre le liquide, sous une forme très ténue, en contact avec la muqueuse, et sont surtout pratiques chez les enfants, qui supportent mal la douche nasale : on fait celle-ci, au moyen d'embouts et de canules appropriés, soit par le nez, soit par la bouche (lorsque les liquides doivent agir sur la muqueuse du pharynx). On se sert également de pinceaux et de porte-tampons à lige flexible, imbibés des mêmes liquides. Enfin les poudres fines sont fréquemment employées : on les projette à l'aide de tubes en caoutchouc ou de ballons de même matière. Les caî<s/tr7t<es peuvent être sous forme de crayons ou de solutions.
Les liquides employés pour les bains et les douches doivent être tièdes, à une température qui varie de 25 à 30» suivant les cas.
Les solutions employées pour simples lavages sont la solution de sel de cuisine ou chlorure de sodium (0,7î) p. 100), celles de bicarbonate de soude, de chlorate de potasse, etc. 11 est bon de se servir d'eau rendue aseptique par une ébullition suffisamment prolongée. On peut utiliser les eaux minérales sulfaté-sodiques naturelles.
On évitera l'emploi banal ou trop violent de ces douches, qui peuvent produire des désordres en pénétrant dans la trompe d'Eustache ou le larynx, et même contribuer à propager l'inflammation. Les lavages ne sont utiles que pour balayer les produits de sécrétion anormale qui souillent la muqueuse. Ils doivent être faits avec une certaine lenteur, de manière que le liquide pénètre facilement dans tous les replis : il suffit pour cela que la pression soit suffisante pour surmonter la résistance due au frottement du liquide contre les parois des fosses nasales. Il faut donner au jet une direction presque horizontale.
LA ÏIIÉRAPIÎUÏIQUK ANTISEPTIQUE.
Les solutions antiseptiques ou désinfectantes que l'on emploie le plus ordinairement sont l'acide phénique (0,10 à 0,50 p. 100), le permamj anale de potasse (0,01 p. 100), V acide borique (1 à 3 p. 100), Vacéto-tarlrate d'alumine (une cuillerée à tlié de la solution à 2o ou 50 p. 100 dans un demi-litre ou un litre d'eau).
Les poudres usitées sont celles d'acide borique, à'iodoforme, d'acéto-tartrate d'alumine et de nitrate d'argent. Ce dernier doit être mélangé à de l'amidon en proportion variable (de 1/2 à 10 p. 100). Le tanin et beaucoup d'autres antiseptiques peuvent être employés sous cette forme.
Les caustiques se portent sur les points malades à l'aide d'un stylet d'argent : tels sont le chlorure de zinc, l'acide chromique, le nitrate d'argent. On emploie également le galvano-caustique.
La douche d'air, pratiquée à l'aide de la poire de Politzer, est surtout employée dans les affections du pharynx nasal, de la trompe et de l'oreille moyenne : nous y reviendrons en parlant de ces dernières.
Dans les affections chroniques du pharynx nasal et dans l'ozène on a souvent recours aux badigeonnages de glycérine iodée et iodurée, dont nous avons déjà donné la formule (p. 123).
Enlîn, parmi les antiseptiques employés moins fré-, quemment, nous nous bornerons à signaler le chloroforme (employé contre les parasites des foses nasales), l'eau de chaux (dans la diphtérie nasale), Vichtyol (dans le coryza aigu), Yiodure de potassium (dans la syphilis nasale), le menthol (comme anesthésique de la muqueuse), la papayotine (dans la diphtérie locale), la résorcine (contre l'ozène), le thymol (en solution pour irrigation), etc.
Traitement antiseptique des maladies des oreilles.
Le nettoyage du conduit auditif externe doit toujours précéder toute intervention, faite même simplement en vue du diagnostic. Pour cela on se sert de liquides tièdes, à la
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE
température du corps, injectés à l'aide de seringues en verre ou en caoutchouc d'une forme appropriée et dont la canule mousse ne peut blesser les parois enflammées du conduit. Les solutions d'acide borique, à'acide salicylique, ou, s'il existe une otorrhée fétide, diacide iphénique ou de mblimé, remplissent cette indication. La solution de sulfate de soude (5 p. 100) s'oppose à la coagulation des sécrétions. On injectera sous faible pression pour éviter les vertiges consécutifs à la compression du tympan. Un stylet recouvert d'onate hydrophyle achève le nettoyage et sert à sécher le conduit. S'il y a des concrétions adhérentes aux parois, une solution de bicarbonate de soude (I à 2 p. 100) facilite leur ramollissement. Les bains d'eaux minérales chlorurées-sodiques chaudes sont très utiles dans les formes catarrhales.
La douche d'air, pratiquée h l'aide de la poire de PoUtzer, est à la fois un procédé de diagnostic et un moyen de traitement. Par l'auscultation médiate, elle permet de constater le degré de perméabilité de la trompe, et de savoir si l'air pénètre dans l'oreille moyenne. En outre,. cette douche chasse le liquide épanché dans la caisse, et qui peut s'écouler soit par la trompe, soit par l'ouverture du tympan (si cette membrane est perforée). A un point de vue plus général, elle a un véritable rôle antiseptique en desséchant les sécrétions et favorisant la régression des hypérémies locales.
Elle peut encore servir à faire pénétrer dans l'oreille moyenne des vapeurs médicamenteuses (vapeur d'eau, vapeur de chlorhydrate d'ammoniaque, peu employée aujourd'hui).
Pour insuffler dans la caisse des vapeurs d'iodure d'éthrjle, de menthol, de chloroforme, à'éther, de térébenthine, on se sert de préférence aujourd'hui d'un appareil spécial, la capsule à insufflation.
Des liquides médicamenteux peuvent être portés jusque dans la caisse à l'aide du cathéter de la trompe, auquel on adapte une seringue de Pravaz ou un simple compte-
gouttes. Par une insufflation on projette lo liquide jusque dans l'oreille moyenne. Dans les cas de perforation du tympan, on injecte par Ja trompe un liquide qui entraîne les sécrétions amassées dans la caisse, et qui s'écoulent par le conduit auditif externe, etc.
Les insuf/latiom de poudres sont employées dans le traitement des suppurations de l'oreille. Vacide borique et Valun finement pulvérisés, le calomel,le salol, etc., ont été successivement employés.
Les solutions de sublimé très dilué (1 p. 10 000) et de nitrate d'argent servent aussi dans le traitement des suppurations de l'oreille moyenne. Récemment on a préconisé (M. Pégon) le salol camphré sous forme de liquide à consistance de pâte ainsi composée :
Salol 20 gr.
Camphre 30 gr.
Ce mélange est porté au fond de l'oreille (autant que possible jusque sur le point malade), à l'aide d'un tampon de ouate bien imbibé et renouvelé une ou deux fois dans les 24 heures. Des injections boriquées précèdent chaque pansement.
En présence de l'insuffisance comme antiseptique de l'acide borique, on a cherché à rendre ce médicament plus actif, et l'on est arrivé par des mélanges chimiques (v, p. 46) à sursaturer les solutions boriquées. hetétraborate de soude, introduit dans la thérapeutique par Jaenicke, a l'avantage d'être un produit bien défini, et qui se dissout dans l'eau à froid dans la proportion de 16 p. 100, à chaud presqu'en toute proportion (SO à GO p. 100). Les otorrhées aiguës et chroniques ont été traitées avec succès par ce nouvel antiseptique (Kafemann).
Le sulfate de zinc, le perchlorure de fer, le sulfate de cuivre, l'aeîde chromique, etc., ont été employés dans le traitement des affections de l'oreille moyenne. Valun en poudre , ou concurremment avec la solution de nitrate d'argent, rend des services dans les mêmes circonstances.
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE
tandis que l'iodoforme ne donne pas de bons résultats.
Ce médicament est au contraire employé avec avantage, seul ou conjointement avec des solutions phé7nquces, pour le pansement des abcès de l'apophyse mastoide après ponction et évacuation du pus. Ces abcès, en effet, doivent être traités et opérés conformément aux règles de l'antisepsie chirurgicale, comme tout autre abcès siégeant dans une région osseuse communiquant avec l'extérieur. On se trouvera bien, dans ce cas, du pansement à la gaze iodoformée.