‹ La thérapeutique antiseptiqueChapitre 39 sur 57 · Dujardin-Beaumetz, L'hygiène prophylactique · texte numérisé non relu

Dujardin-Beaumetz, L'hygiène prophylactique

malade qui fait de l'auto-infeclion que pour les personnes de son entourage, exposées à la contagion.

L'expérience de tous les jours, cependant, nous montre que les soins de propreté, même les plus élémentaires, ceux que tout individu prend dans l'état de santé, sonî, négligés, volontairement ou inconsciemment, dès que cet individu est malade et alité.

Trois causes principales contribuent à ce résultat : 1° L'habitude: les soins de toilette journalière suivent d'ordinaire immédiatement le lever ou font partie des préparatifs d'une sortie. Le malade ne sortant pas et restant au lit, les ablutions sont supprimées du même coup.

2° L'indifférence du malade : la préoccupation de la maladie et la prostration morale rendent en général le patient indifférent à tout ce qui n'intéresse pas directement ses souffrances. Les soins de propreté n'étant.'je plus souvent, envisagés qu'au point de vue esthétique, semblent superflus, ou de nature à fatiguer inutilement le malade. Les femmes les plus coquettes et les plus soigneuses d'ellesmêmes oublient leurs habitudes les plus chères en face du danger que court leur santé ou leur vie, et se contentent d'une mise en scène superficielle en vue de la visite du médecin, mise en scène qui n'est qu'un trompe-l'œil et n'a rien à faire avec la propreté et l'hygiène.

3° Enfin, les préjugés ayant cours dans le public : les personnes étrangères k l'art de guérir sont persuadées que la plupart des maladies sont dues à des refroidissements et que la première indication qui découle de cette étiologie est de couvrir le malade avec excès dans son lit, d'éviter tous les courants d'air en fermant hermétiquement portes et fenêtres, et surtout de ne pas mettre de l'eau froide où même chaude en contact avec sa peau. Les changements de linge corporel ou de draps de lit sont considérés comme dangereux ou sont entourés de mille précautions, pour le moins inutiles.

C'est au médecin qu'il appartient de réagir contre cette indifférence, et cpntre ces préjugés. Il aurait grand tort de

considérer ces détails comme de mince valeur, car ils importent souvent beaucoup au point de vue du résultat final et font partie intégrante du traitement. Il convientdonc de redresser les idées très imparfaites ayant cours dans le public relativement à l'hygiène des malades, et de refaire sous ce rapport l'éducation des personnes de l'entourage appelées à remplir le rôle d'infirmier ou de garde-malade.

Le médecin insistera donc sur la nécessité des ablutions faites une ou même plusieurs fois par jour : si le malade n'a pas la force de les faire lui-même, on l'aidera ou bien il les fera assez rapidement pour que ce soin ne soit pas une fatigue pour lui. Même dans les fièvres éruptives ces ablutions sont nécessaires, et il est toujours loisible de les faire avec de l'eau tiède. Les cheveux seront peignés et coupés s'il est nécessaire : ceux des femmes seront nattés avec soin pour les empêcher de s'embrouiller. La barbe sera tenue courte .

Le linge de corps, les draps de lit et les garnitures seront tenus propres et renouvelés aussi souvent qu'il sera nécessaire, surtout s'il s'agit du choléra, de la fièvre typhoïde, de la dysenterie ou de toute autre affection dans laquelle le malade est exposé à souiller involontairement son lit. Au besoin on changera le malade de lit en le portant, ce qui permettra de nettoyer complètement le lit qu'il quitte, et l'on renouvellera, s'il y a lieu, cette opération une ou deux fois par jour.

On aura soin de faire aérer la chambre du malade autant que la saison le permettra, en rappelant aux personnes de l'entourage que l'oxygène de l'air est le meilleur de tous les antiseptiques et que le malade a d'autant plus besoin d'air qu'il est confiné dans son lit ou dans sa chambre.

On n'hésitera pas à faire donner des bains locaux ou entiers au malade, soit comme soin de propreté, soit comme moyen thérapeutique, et l'on indiquera avec précision la durée de ces bains et la température à laquelle ils doivent être donnés.

On veillera à ce que la température de la chambre du

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malade ne soit pas trop élevée, ou qu'il ne soit pas trop couvert dans son lit, car cet excès de chaleur contribue à augmenter la fièvre. Le traitement par les fenêtres ouvertes a montre' qu'on pouvait aérer largement, en toute saison, une chambre de malade, sans danger pour ce dernier. La fenêtre ouverte, d'ailleurs, même en hiver, n'est pas exclusive d'une température modérée, obtenue par un chauffage bien dirigé.

Dans tous les cas, on supprimera autant que possible les poêles de toute espèce, et on les remplacera par un feu de bois brûlant dans une cheminée bien ventilée.

Une température moyenne de 18°, en hiver, est celle qu'il convient d'entretenir nuit et jour dans une chambre de malade.

Hygiène de la bouche. — On ne saurait trop insister sur la nécessité du rinçage de la bouche, qui doit être fait, dans l'étatde maladie, plus souventetavec beaucoup plus de soin encore que dans l'état de santé. Dans un grand nombre d'affections, les rechutes ou les complications doivent être attribuées aux microbes que les malades ontconservés dans leur bouche, milieu de culture éminemment favorable à leur multiplication. Le pneumocogue ou microbe delà pneumonie est particulièrement dans ce cas : des angines à pneumocoques souvent très graves succèdent fréquemment à une pneumonie franche. La carie dentaire qui suit les fièvres graves, notamment la fièvre typhoïde, n'est que la conséquence du peu de soin que l'on a pris de la bouche pendant des semaines et des mois. Dans les angines de toute espèce, les gargarismes et les irrigations ne dispensent pas du rince-bouche qui fait diversion aux autres interventions thérapeutiques, et qu'il est toujours facile de rendre agréable au malade.

Le caprice de la mode a supprimé le rince-bouche que nos pères avaient coutume d'offrir aux convives de tout repas bien ordonné. L'hygiéniste a le droit de regretter la disparition de cette habitude, dont les nouvelles théories microbiennes montrent l'utilité. Tout au moins appartient-il

au médecin de préconiser l'usage du rince-bouche pris avant de se coucher, avec d'autres soins de toilette, habitude très répandue parmi les dames anglaises, et qui semble fondée sur d'excellentes raisons. Le rince-bouche a pour but de nettoyer la bouche et d'entraîner les débris d'aliments qui peuvent s'être introduits entre les dents, et qui sous l'influence de la salive menacent de fermenter toute la nuit. Pourquoi attendre au lendemain matin pour éloigner cette cause de maladie et prendre un soin de propreté aussi utile à la pureté de l'haleine qu'à la beauté des dents et à l'intégrité des fonctions digestives?

Un grandnombre de mélanges antiseptiques ont été conseillés pour servir de rince-bouche. La plupart de ces liquides conviennent bien à l'usage auquel ils sont destinés, et sous ce rapport on peut consulter les goûts du malade tout en dirigeant son choix d'une manière utile.

M. Dujahdin-Beaumetz préconise la formule suivante :

Acide phénique 1 gr.

— borique 2o gr.

Thymol 0 gr. 50

Essence de menthe xx gouttes

Teinture d'anis 10 gr.

Eau ! • • 1 litre.

Ôn doit se rincer la bouche et frotter les dents avec de l'eau dans laquelle on mettra moitié de cette solution, matin et soir et autant que possible après chaque repas. L'eau peut être tiède, surtout en hiver. L'usage d'une brosse trop dure, et surtout celui des poudres dites dentifrices, me semble plus nuisible qu'utile. Une serviette de toilette imbibée du liquide antiseptique peut toujours suffire. Les brosses dures fontsaignerles gencives, ce qui est dangereux, surtout chez les malades. Quant aux poudres, elles rayent presque toujours l'émail des dents et l'usent à la longue. Si lesdents très solides, à émailépais, leurrésisteut, il n'en est pas de même des dents à émail faible, qui semblent les plus répandues: or la disparition même partielle de l'émail, c'est la porte ouverte aux microbes de la carie dentaire.

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M. Thomas, qui a étudié d'une façon toute spéciale la question des dentifrices antiseptiques, pense avec Miller que l'acide thrjmique à 1 p. 2 oOO est, après le sublimé, le meilleur de tous, et il propose les deux formules suivantes:

SOLUTION POUR RiNCE-BouciiE N» 1 (anti.septiquc faible).

Acide Uiyniique 0 gr. 2a

— ■ bonzoïquo 3 gr.

Teinture d'eucalyptus. . . 15 gr.

Alcool 100 gr.

Esscncedementhcpoivroc. 0 gr. 75

RINCE-BOUCHE N" 2 (antiscpllque fort).

Acide thymiquc 0 gr. IS

Sublimé 0 gr. 80

Acide benzoïque 3 gr.

Teinture d'eucalyptus. . . 15 gr.

Alcool 100 gr.

Essence de menthepoivrée. 0 gr. 75

Il suffit de verser dans un verre d'eau le nombre de

gouttes de ces solutions nécessaire pour produire un ti'ouble. Dans l'intervalle des lavages, la brosse à dents doit séjourner dans un liquide antiseptique.

De son côté, M. Th. David ^ indique un grand nombre de formules destinées surtout à prévenir la carie dentaire.

Nous nous contenterons d'indiquer celle de Veau deBotot, un des plus anciens et des meilleurs dentifrices. C'est celui dont nous nous servons pour notre usage personnel et que nous prescrivons couramment à nos malades, lorsqu'il n'y a pas d'indication spéciale réclamant un antiseptique plus énergique :

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