‹ La thérapeutique des vieux maîtresChapitre 31 sur 52 · WILLIAM CULLEN · texte numérisé non relu

WILLIAM CULLEN

Cullen a dit un mot profond : « Il est nécessaire de temps en temps de réformer les doctrines », non pas pour le vain plaisir d’innover, mais dans le but d’une orientation différente aux intelligences.

L’esprit se fatigue à regarder toujours du même côté. 11 lui faut du changement ou la lassitude s’en mêle. L’attention erre si vite, distraite. D’autre part, les faits qui rentrent dans le cadre de la doctrine sont bientôt épuisés; pour en trouver de nouveaux, il importe de créer une doctrine nouvelle qui alimente les recherches, et sans laquelle ces recherches ne seraient pas tentées.

Il faut à l’homme une direction : la doctrine la fournit au médecin.

Elle indique la tâche à accomplir. C’est ainsi qu’elle suscite l’effort, réveille le cerveau, prépare le moule où la pensée reçoit son empreinte. Sans doctrine la pensée ne se concrèterait pas en formules. Si nombreuses sont les occasions de sortir de soi que l’homme ne penserait pas si on ne lui ordonnait la façon de penser.

Fiessingcr. — 17.

Seulement, à côté des avantages que procure le labeur auquel elle incite, la doctrine a ses inconvénients. Reposant .sur une connaissance imparfaite, elle aboutit à cette confusion nosologique qui faisait décrire à Cullen côte à côte la diarrhée, le diabète et l’hystérie.

On rit des classifications des vieux maîtres. Plus tard, on rira des classifications de notre temps.

Il ne faut les considérer que comme moyens provisoires de simplification : les opérations de la nature sont complexes; il est nécessaire de les accommoder à la portée des intelligences. De là cette construction de cases schématiques, où l’on emboîte séparément les faits qui paraissent distincts, au risque de négliger les intermédiaires qui coordonnent ces faits en un ensemble compréhensif. Les progrès de la science augmentent le nombre des faits distincts : les cases qui sont annexées à ces faits se multiplient. Suffisante un jour, une classification devient exiguë le lendemain. L’essentiel est que cette classification ait eu son heure d’utilité. La nosologie de Cullen a facilité l’étude de la médecine. Moins effrayante que la nosologie de Sauvages, elle a rapidement fait son tour d’Europe.

Et puis elle n’empêchait pas les applications thérapeutiques de rester judicieuses. Cullen a été un excellent praticien. Dans la rigidité des cadres nosologiques, circulaient des médications intelligentes.

C’est avouer que les mots n’influent pas considérablement sur les actes. La nosologie, c’était le mot, la pratique, c’était l’acte. Un mot abuse l’esprit : comme le mot est très apparent, il illusionne sur les véritables motifs des actes qui restent cachés. L’homme croit régler sa conduite sur les idées qu’enferment les mots : il obéit à des appétitions qui ne brillent pas comme les mots, à la surface, mais germent dans les profondeurs de l’instinct.

Agir autrement qu’on ne pense est le commun des mortels.

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