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LA THÉRAPEUTIQUE D ANTOINE PETIT

Moins culinaire est la matière de traiter familière à Antoine Petit. En temps de grossesse, il recommande la saignée, à condition que la femme souffre de pléthore, vertiges, varices, œdèmes. Bien portante, la femme enceinte n’a besoin d’aucune médication : c’est tout au plus si une soustraction sanguine offre quelque avantage dans le cours du neuvième mois, par l’éréthisme de l’utérus qu’elle diminue et le décollement du placenta qu’elle favorise. Bien entendu que durant le temps de la gestation les vomitifs seront proscrits. Parmi les purgatifs, on évitera les drastiques pour choisir la rhubarbe, le sirop de chicorée composée, les sels neutres, les eaux acidulés purgatives. Ces remèdes seront également prescrits contre les vomissements de la grossesse : on leur adjoindra, en pareil cas, du lait coupé d’eau ferrugineuse ou d’eau alcaline, de l’eau pannée relevée par une cuillerée de vin d’Espagne. La malade mangera ou boira peu à la fois et souvent.

Des embrocations à l’huile de vers ou au baume tranquille seront pratiquées sur la région épigastrique. Sous peine de passer pour un sot, il faut toujours ordonner quelque chose, fût-ce une peau de lièvre étendue sur le creux de l’estomac. C’est là, foi d’Antoine Petit, un bon remède qui arrête parfois les vomissements. Ceux-ci résistent à la peau de lièvre, que faire? Une bonne saignée. Ou commander un changement de résidence. D’aller à la campagne est plus utile que tous les antispasmodiques qui ne valent rien.

Dans la syphilis des femmes grosses, on commence le traitement par des saignées, des boissons délayantes ou rafraîchissantes. Au bout de dix à douze jours, c’est le tour des frictions de pommade mercurielle associée au camphre, ce dernier agent ayant pour effet de retarder la salivation. Si elle survient, on fait boire une décoction

de bardane avec une demi-tête de pavot. La malade se couche, sue abondamment et le mercure se porte à la peau. Du lait coupé de stomachiques sera finalement ordonné pendant un ou deux mois.

Les convulsions constituent un des accidents les plus redoutables de l’accouchement. La saignée est le remède d’urgence à leur opposer. On essaiera en plus les antispasmodiques. Eau de fleurs d’oranger, teinture de castoréum. En cas d’insuccès pas d’hésitation. Il faut accoucher la femme sur-le-champ, rompre les membranes, repousser la tête, appliquer le forceps de Levret dont les branches des cuillers ont l’avantage d’être courbes.

La sortie de l’enfant a amené la déchirure de la fourchette. Quelle conduite tenir contre cet accident ? Les cuisses de la femme seront rapprochées l’une de l’autre et la plaie, lavée avec des décoctions d’orge, d’aigremoine ou de roses de Provins, sera pansée avec des digestifs, c’est-à-dire de la térébenthine unie aux jaunes d’œuf ou à quelques huiles telles que celles de camomille, d’hypericum. Si la déchirure va jusqu’au milieu du périnée, le même traitement, est applicable : en trois semaines la cicatrice est formée. Chez des femmes jeunes et robustes, on peut parfois se passer de suture, bien que la déchirure s’étende jusqu’à l’anus. Malheureusement cette issue favorable est exceptionnelle. Souvent il persiste une infirmité dégoûtante; la femme aime encore mieux la supporter que de se soumettre aux douleurs que provoque la suture du périnée.

La septicémie puerpérale est considérée comme la conséquence de la suppression des lochies. Dans les cas bénins, la saignée n’est' pas indiquée. De deux heures en deux heures seront administrés des lavements émollients aiguisés avec un peu de matricaire. La pulpe des plantes qui a servi à préparer les lavements sera appliquée sur la vulve et on ordonnera à la femme de l’eau d’orge coupée de teinture de safran ou de fleur de camomille.

LA THÉRAPEUTIQUE d’aNTOINE PETIT

Les cas plus graves seront traités par la saignée et l’émétique. Ce dernier remède, par la compression que les vomissements opèrent sur les viscères du bas-ventre, a l’avantage d’expulser les lochies et d’en rétablir le cours. On prescrira en outre eau de fleurs d’oranger, eau de matricaire : de chaque trente-deux grammes, teinture de safran et de castoréum, de chaque soixante-quinze centigrammes. De temps à autre une cuillerée et la malade guérira; « le succès a toujours couronné mes espérances, » assure notre auteur.

Assez de soins à la femme : occupons-nous un peu du marmot.

Le meilleur maillot où l’envelopper est celui dont usent les Canadiens, un sac de peau avec un trou vis à vis des fesses : l’enfant, ficelé jusqu’au cou, conserve les membres libres et se développe mieux. La syphilis du bébé sera soignée par des applications sur les bras, les jambes et les cuisses de linges couverts d’onguent mercuriel double associé au camphre : l’enfant guérira parfois, mais pour l’ordinaire il succombera dans les six premières semaines.

^ Une impression rassurante pour nos contemporaines, se dégage quand même de cette vieille thérapeutique. Les femmes qui accouchent dans nos mains ont le bénéfice de l’antisepsie et des injections intra-utérines. En face d’une opération césarienne à pratiquer, Antoine Petit réconfortait sa cliente par cet argument que la religion l’engageait à souffrir tant pour elle que pour son enfant. Ces consolations partaient d’un bon sentiment. N’empêche que le chloroforme est plus apprécié de nos jours.

Leuvenhoeck avait admis que dans la génération le spermatozoïde est le seul agent fécondant et que la femme n’émet nullement de semence prolifique. « Nous

ne nous amuserons pas à réfuter un système aussi ridicule, » proclame Antoine Petit. Pour lui, c’est du mélange des semences de l’homme et de la femme que se forme le fœtus, et comme il pense d’après Hippocrate, c’est donc qu’il a raison.

Puissance de la tradition, confiance en soi qu’exagère l’importance de la position acquise et de la réputation dont on jouit, notre homme était la dupe de l’une et de l’autre. Il ne s’en apercevait pas, et c’est très ingénuement qu’il préparait avec ses illusions une leçon pour notre orgueil. Intelligent il était. Intelligent il s’était trompé. L’enseignement qui découle de son erreur nous apprend à ne jamais rejeter d’emblée une idée neuve, si mal s’accorde-t-elle avec les idées dont nous avons été nourris. « Système ridicule, » affirmait Antoine Petit. « Vérité incontestée, » ont corrigé ses successeurs. Que de fois faudra-t-il encore démontrer cette métamorphose en acquisition lumineuse, de ce qu’on traitait tout d’abord d’absurde avant, que les hommes se montrent plus réservés dans leurs jugements?

Nous rions des préjugés de nos devanciers et raisonnons comme eux sur les idées que nous nous créons des choses, non sur les choses elles-mêmes. Notre raison s’imagine resplendir en foyer de vérités. Ceux qui percent à jour les erreurs que nous suscitent des raisonnements vicieux, nous les traitons d’insensés. D’injurier nous rehausse, et ravalant ce qui excède notre portée, c’est à qui d’entre nous négligera de méditer les paroles de ce psychologue qu’était l’apôtre St Paul : « Ce sont les insensés qui confondront les sages. »

DE

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