‹ La thérapeutique des vieux maîtresChapitre 36 sur 52 · JEAN-GEORGES ZIMMERMANN · texte numérisé non relu

JEAN-GEORGES ZIMMERMANN

Hippocrate était médecin de campagne. Il exerçait dans les petites villes de la Thessalie et de la Thrace. A vingt siècles de distance adjoindre le nom de Zimmermann à celui d’Hippocrate est grouper près du Maître un de ses plus vaillants disciples.

Vers le milieu du XVIII® -siècle, Zimmermann s’installa comme médecin dans la petite ville de Brugg, non loin de Berne. Il y acquit une clientèle étendue et publia des oeuvres médicales et philosophiques. C’est de lui cette thèse sur l’irritabilité faite sous l’inspiration de Haller, où la contractilité du tissu musculaire, comme propriété indépendante de la sensibilité, était pour la première fois expérimentalement démontrée. C’est encore de Zimmermann ces oeuvres traduites dans toutes les langues, le Traité de la Solitude, qui lui valut une correspondance avec l’impératrice de Russie; le Traité de l’Expérience en médecine, que devrait méditer chaque médecin, une monographie de la dysenterie qui faisait dire à Cullen : « M. Zimmermann est le premier qui ait donné la vraie manière de traiter cette maladie ».

Nommé en 1768 premier médecin du roi d’Angleterre à Hanovre, Zimmermann quitta Brugg et mourut en 1795, à l’àge de soixante-sept ans.

Pauvre diable resté pendant quinze ans praticien de village, Zimmermann connut l’amertume d’une vie que dépriment les sensations monotones et le bourdonnement des médisances dont la jalousie confraternelle enveloppe toute supériorité.

Un médecin de campagne ne se plie à sa condition qu’au prix d’un double danger : il ^ sombre dans la médiocrité ou la mélancolie.

La médiocrité l’envahit quand il consent à vibrer en communion d’idées avéc son milieu. A défendre la hauteur de ses conceptions contre la vulgarité des menus faits et des intérêts subalternes, il s’enfonce dans la mélancolie.

La solitude conserve la personnalité : on demeure quelqu’un si l’on ne se mêle pas aux foules. Seulement le refus de se laisser entamer par elles aboutit à l’extrémité fâcheuse de la santé compromise.

L’intelligence sauvée anime le corps malade. Le trouble de nutrition s’installe et réagit à son tour sur le cerveau qu’il abat. Le cercle est fatal.

Si intenses soient les excitations de la pensée, elles finissent, lorsqu’elles sont prisonnières de la répétition des impressions physiques, par perdre de leur vigueur. De voir chaque matin le même paysage, les mêmes figures, d’être astreint aux mêmes occupations, de faire les mêmes demandes et d’entendre les mêmes réponses professionnelles plonge qui subit cette nécessité dans une langueur lamentable.

Travailler de la tête soulage : encore faut-il avoir à sa disposition des éléments de travail ; et quand on les possède par hasard, d’en avoir manqué si longtemps empêche le cœur à la besogne.

Marcher est d’une hygiène rationnelle; mais quel plaisir aux courses quand la campagne oppose son impassibilité à l’anxiété du promeneur !

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