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LA THÉRAPEUTIQUE DE ZIMMERMANN 2~J

A l’esprit actif convient un milieu agité ! cette condition de santé, comment la réaliser pour le médecin de campagne tenu de par sa profession au calme, à la réserve, et écarté, de par sa supériorité, des occasions de distractions offertes. La neurasthénie naît de l’instinct contrarié et on comprend que Zimmermann en ait souffert. On saisit ses impatiences, on entre dans ses révoltes, son besoin de changer de place : aller n’importe où, mais ailleurs, dans un endroit plus excitant qui ranimerait ses énergies défaillantes et les utiliserait en une poussée vigoureuse de force créatrice.

Le changement de séjour futpour Zimmermann,comme nous l’avons vu, la cour de Hanovre. Dans cette société choisie, il reprit la gaîté : et la joie lui fut cette perfection plus grande dont parle Spinosa puisqu’elle lui permit de mettre la dernière main à ses beaux ouvrages.

Grand observateur, Zimmermann ne pouvait manquer d’être un excellent praticien. Comme Hippocrate, il croit à la force curative de la nature. Il appartient au médecin de mettre en jeu les ressources profondes que l’instinct du malade oppose à la maladie. La mort des gens est due à cette imprudence de leur part, de s’adresser à un praticien qui, au lieu de les observer dans leurs prises avec le mal, pense par habitude et ne voit les choses que telles qu on les lui a enseignées.

Se répéter dans ses prescriptions est le fait d’un médecin inférieur. Lfne ordonnance ne sera formulée qu’après interrogation minutieuse.

Aider à la réparation des pertes, à la consolidation de ce qui a été déchiré ou rompu, favoriser la séparation de ce qui est vicieux, particulièrement par la suppuration, pousser à l’excrétion de ce qui est nuisible soit par des voies ordinaires, soit par des voies extraordinaires, res-

pecter souvent la fièvre, veiller au régime de la vie, aux habitudes, à certaines singularités du patient, stimuler l’empire de l’âme sur le corps, autant d’indications curatives que la perspicacité du médecin devra subordonner les unes aux autres, suivant la prédominance de l’indi-r cation essentielle.'

Les médications ordonnées par Zimmermann sont celles de l’époque, toutefois son originalité se manifeste dans le traitement de la dysenterie où, à l’exemple d’Alexandre de Tralles, il préconise les laxatifs doux et répétés, au contraire de Sydenham, qui s’en tenait communément au laudanum.

Ces laxatifs consistent en crème de tartre (une once dans cinq livres d’eau) à boire dans l’après-midi et pendant la nuit. Il vaudra mieux dès le premier matin commencer le traitement par l’administration d’un vomitif (aux enfants quatre doses de cinq grains d’ipécacuanha avec autant de crème de tartre; aux adultes trois doses de dix grains, avec une demi-drachme de crème de tartre).

Le second jour de traitement, on ordonnera aux adultes trois onces de tamarin bouilli deux minutes dans une livre d’eau. La dose pour les enfants sera réduite suivant l’âge à deux ou à une once.

Le troisième jour, Zimmermann réitérait le tamarin lorsque le mal ne s’était pas suffisamment amendé ; sinon il en remettait l’usage au quatrième jour et ne faisait prendre dans cet intervalle que de l’eau d’orge acidulée.

Très souvent, soutenu par la prescription simultanée de crème de tartre, le tamarin que notre médecin considère comme plus efficace que la rhubarbe, amenait la guérison en trois ou quatre jours. Au contraire, mouraient en grand nombre les paysans qui usaient du vin rouge et du fromage pourri, comme l’avait jadis conseillé Sennert.

Dans la dysenterie inflammatoire, on doit pratiquer la saignée et la réitérer si les forces du malade le permettent. Des lavements de décoction d’orge, de mauve,

de guimauve, de camomille, à l’intérieur une poudre adoucissante composée de gomme adragante et arabique, de racine de guimauve, de chaque une once et demie, d’amidon, de réglisse, de chaque une demi-once ; de sucre fin trois onces seront autant de recettes dont le dysentérique tirera un bénéfice marqué. L’usage du vin sera réservé aux formes malignes où les forces sont anéanties ; les vins de la Moselle et du Rhin, le vin de Grave seront les plus utiles en semblable occurrence ; on pourra leur adjoindre tels médicaments toniques qu’on jugera convenables ; le camphre et l’extrait de quinquina par exemple. Les doses prescrites de ceux-ci ne dépasseront pas seize grains en vingt-quatre heures.

Les astringents et narcotiques sont des agents dangereux à manier : ils risquent de supprimer les selles et d’augmenter les symptômes généraux de la maladie. Dans les dysenteries malignes, on sera parfois autorisé à les associer aux cordiaux lorsque le nombre trop fréquent des selles devient par lui-même un danger. C’est dans ces conditions que Van Swieten prescrivait un grain d’opium matin et soir. Autant avouer que le traitement de la dysenterie est avant tout question de tact médical. Ce qui réussit à un habile médecin devient poison dans des mains maladroites.

En général, l’hygiène occupe une place prépondérante dans la thérapeutique de Zimmermann. Il insiste sur la réglementation du régime si variable au hasard des tempéraments, des professions ; tel homme doit manger beaucoup, tel autre peu. Les excès de nourriture sont l’affaire de l’ouvrier, du paysan, du soldat. L’homme de cabinet restera sobre, car ses digestions sont lentes.

Les passions si funestes à nombre de personnes deviennent à d’autres un principe de santé. On rencontre des gens qui se portent mieux après un mouvement de colère ; ce détail ne doit pas échapper au praticien qui ménagera encore dans la mesure du possible les habitudes de ses clients. Il se rappellera cette réponse

Fiessinger. —

du Scythe auquel on demandait comment ses compatriotes pouvaient aller tout nus sous leur climat rigoureux. « C’est qu’ils sont tout visage, dit-il. »

Par l’habitude on résiste non seulement aux causes des maladies, mais à la maladie elle-même. Exemple : la lèpre est contagieuse ; on voit cependant des hommes qui ne gagnent pas cette maladie malgré leurs rapports avec des femmes infectées ; il semble qu’il faille offrir une certaine prédisposition à la lèpre et peut-être s’accoutume-t-on à une douce contagion comme on s’accoutume aux poisons.

L’inconvénient, c’est qu’on s’accoutume aussi aux remèdes. L’arsenic, la ciguë, l’aconit sont des médicaments actifs : l'action s’épuise avec l’usage et à un moment donné, il faut forcer la dose, ce qui n’est pas sans danger.

L’empire que le médecin exerce sur le malade sera toujours un des agents les plus actifs de guérison. L’inffuence de l’âme sur le corps opère des miracles. Toute émotion est susceptible de vertus curatives. « Un homme fut guéri d’une fièvre tierce des plus opiniâtres par la peur de faire naufrage sur le vaisseau où il était. » Dans les chances de succès d’une thérapeutique, on réservera une place à l’action des climats et des années, les maladies n’étant les mêmes ni en différents lieux ni en différents temps. La vérole était déjà moins, dangereuse au XVIII® siècle que du temps de Christophe Colomb ; en outre, sa gravité est plus forte dans les pays froids que dans les pays chauds. « Un Espagnol va et vient dans le Pérou avec un degré de vérole qui ferait périr un Danois, malgré les meilleurs médicaments. » Boerhaave prescrivait en Hollande des vomitifs qui auraient fait vomir jusqu’au sang des gens dont l’estomac n’eût pas* été garni de fromage, de beurre et de poissons pourris.

Ces modifications de symptômes et de traitement inhérentes aux conditions de milieu et aux changements

d’époques, n’entament d’ordinaire pas le fond de la pathologie et de la thérapeutique. La pleurésie, la phtisie, l’épilepsie apparaissaient à Zimmermann avec les mêmes signes que. du temps d’Hippocrate et étaient justiciables de semblables remèdes. Au médecin d’apprécier dans quelles circonstances une maladie est sujette à variations et quelles indications celles-ci commandent au traitement.

Chez les hommes du tempérament de Zimmermann, une contradiction éclate souvent entre le caractère et les écrits. Affable et doux avec ses malades et dans le cercle de ses relations, Zimmermann, la plume à la main, devenait un autre homme. Sa phrase était incisive, décochée en coup de dent à la place la plus sensible de l’adversaire.

Le silence du cabinet opérait cette métamorphose.

Rentré chez lui, Zimmermann ne dissipait plus en mouvements, paroles, examen de malades, le trop plein de vie dont il était chargé. Dans le recueillement du milieu, montait la détressq du cœur. Sur le papier se succédaient les attaques irritées et mauvaises, d’autant qu’aucune obligation de société n’arrêtait l’emportement de l’auteur, pas même celle de l’aménité qu’il devait à ses malades et qu’il dépouillait, lorsque assis à son bureau lui apparaissait nettement la médiocrité des hommes.

Plus d’une fois, dans l’histoire des grands noms, on retrouve cette antinomie : la douceur de l’homme associée au ton acerbe de l’écrivain. C’est que cette douceur, dans le commerce journalier, est souvent le résultat de l’éducation ou des exigences professionnelles.

De celte qualité obligée auprès des autres, l’homme se dédommage, une fois seul, en lâchant bride à son

instinct. A l’intelligence vive doit être adaptée un caractère vif ; celui-ci se trahit dans une virulence de plume qu’exaspère encore Iq sentiment aigu des injustices subies. Et puis, d’écrire vigoureusement ce que l’on a sur le cœur fait tant de bien et vous permet de reprendre, avec une aisance soulagée, ce masque souriant qu’aperçoit seul le monde.

DE

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