PIERRE POMME
Et voici comme on se trompe quelquefois.
Quiconque__ ouvre le Traité des affections vaporeuses des deux sexes, par Pierre Pomme, médecin consultant de la marine française, appréhende de tomber sur un grotesque. La dédicace de l’ouvrage en forme d’invocation à l’Humanité, « Humanité, écrit Pomme, nom sacré, je ne t’ai jamais prononcé sans attendrissement », le portrait de l’auteur, perruque poudrée et jabot, agrémenté du quatrain suivant :
A votre bienfaiteur, souriez vaporeux ;
Ses écrits, ses conseils sont pour vous des oracles ;
Moribonds, espérez ; pâlissez, envieux ;
Ses cures, ses succès sont autant de miracles ;
toute cette déclamation d’un Monsieur fort satisfait de son mérite a droit d’inspirer au lecteur une confiance un peu hésitante. L’avant - propos continue 1 impression fâcheuse.
A l’appel de M. Pomme les malades se sont dressés
menaçants : « Je ne veux plus être purgé », manifeste l’un. « Arrière la lancette du chirurgien, crie l’autre ».
« Je me traiterai moi-même » gesticule un troisième. Et ce concert d’imprécations soulevées contre les erreurs de la thérapeutique à la mode se résout en un hosannah de bénédictions à la glorification de M. Pomme. Il n’avait pas besoin de ce concours d’indignations. Seul il eût suffi à sa défense. La riposte, il la maniait en spadassin de profession.
Touchés, les ennemis de M. Pomme l’étaient si pitoyablement qu’ils ne se relevaient plus. Après le duel, les funérailles !
Enterré Lassone, médecin de la reine ; enterré, Vicq d’Azir, son successeur auprès d’elle, guillotinée la Dubarry qui avait empêché, à la mort de Sénac, la nomination de Pomme comme médecin de Louis XV. Grâces soient rendues à la Providence! Ses voies sont justes et ses desseins cachés. Si cachés qu’à l’histoire de la Dubarry par les frères de Concourt manque ce détail : la montée de la courtisane sur l’échafaud considérée comme la punition céleste de son insolence vis-à-vis de M. Pomme.
Eh bien! notre erreur était complète.
Elle a été partagée par d’autres puisque le nom de Pomme est pour l’ordinaire perdu dans l’historique de l’hystérie. Trois lignes seulement sont consacrées à notre héros dans le dictionnaire de Dechambre : « Pommé (Pierre) est né à Arles en lySS. Reçu docteur à Montpellier, il vint à Paris et se fit une grande réputation. On ignore l’époque de sa mort ». Et c’est tout.
Passer comme un météore et disparaître sans qu’on sache où, a été la destinée de Pierrre Pomme. La maxime de Pascal : « Voulez-vous qu’on dise du bien de vous, n’en dites pas », s’est déroulée en épitaphe sur la tombe de ce médecin oublié pour avoir trop fait parade de valeur.
En toute bonne foi. Pomme s’imagina bouleverser la thérapeutique des maladies vaporeuses. Au moins la
modifia-t-il en un sens très salutaire, et puisque nul ne s’en souvient, ce nous est motif de faire connaître comment.
Dans les maladies vaporeuses, hystérie chez la femme, hypocondrie chez l’homme, le traitement se résume en recommandations très simples : hydrothérapie et boissons aqueuses abondantes. Pour l’auteur, les affections vaporeuses seraient dues « à une tension et à un racornissement des nerfs ». Rendre à ces nerfs l’humide qu’ils ont perdu est l’indication à remplir. Baigné de liquide au dehors et au dedans, le malade voit « s’assouplir ses solides desséchés, les sels des liqueurs sont dissous et leur acrimonie corrigée » dans le charroi des véhicules aqueux.
Point n’est besoin de torturer la pensée de l’auteur pour en tirer l’aveu du trouble de nutrition comme cause de l’hystérie et de l’hypocondrie. Le racornissement de la fibre et de la stagnation des sels qui en résulte équivalent en langage moderne à un dérangement dans les oxydations. Changez les mots, l’idée est juste.
L’hystérie et l’hypocondrie, maladies de nutrition, sont justiciables d’un traitement qui rétablisse l’ordre dans les échanges. Pomme disait la chose dans la langue du temps.
Les manœuvres hydrothérapiques qu’il préconise consistent en lavements froids, bains tièdes, bains froids et bains locaux.
Dans les paroxysmes hystériques, plus le mal est violent, plus le traitement doit être doux. Pas de médicaments antispasmodiques tels que la teinture de castor» l’éther, le camphre, le musc, la valériane et tant d’autres qui ne tendertt « qu’à porter le feu dans les esprits déjà effarouchés ». Pas de complications de vésicatoires ou de ventouses : un seul remède est efficace : le lavement d’eau froide, glacée, si possible.
On complétera la cure, quand la malade aura repris connaissance, par l’administration de boissons copieuses, eau de poulet, de veau, d’orge et quelques soupes au lait. Tous les jours seront ordonnés de grands bains tièdes, de trois à dix heures de durée; « en raison du racornis- ' sement des tissus, les malades surnageront d’abord dans la baignoire, mais l’absorption d’eau par les téguments les plongera, tôt ou tard, au fond ». Pomme signale cette curiosité aux physiciens. Il y a de quoi.
Du bain froid, il usait avec une audace qui ferait frémir Brand. Voici une jeune fille atteinte d’anurie hystérique. C’est en été. Plongée dans l’eau froide pour que le sang soit obligé de se décharger sur les reins, la malheureuse reste dans sa baignoire deux mois de suite, à raison de dix heures par jour. L’adjonction attentive de glace entretenait la température a,u degré requis. Complète fut la guérison.
Les bains locaux jouissent d’effets moins puissants : ils ne soulagent que la partie du corps qui y est exposée : telles les fomentations froides sur le ventre qui éteignent les ardeurs des entrailles, les compresses froides contre les maux de tête, etc.
Ne quittons pas le domaine de l’hystérie sans rappeler que Pomme est avec Hoffmann le premier qui ait décrit l’hémiplégie hystérique. Encore qu’elle ne résulte que d’une perturbation nerveuse, elle simule à s’y méprendre l’hémiplégie organique. Elle s’en différencie surtout par le traitement : avantages de l’hydrothérapie et danger des saignées, émétiques, vésicatoires, aussi contraires à la névrose qu’ils sont utiles dans les apoplexies sanguine et séreuse.
A l’hypocondrie, maladie de l’homme, les bains prolongés sont d’un profit moins assuré que dans l’hystériq. C’est de l’observation rigoureuse du régime alimentaire que bénéficiera surtout l’hypocondriaque : .le petit lait, la tisane de poulet, les fomentations, lavements, lui conviennent autant qu’à l’hystérique.
Par contre, il proscrira de sa table les farineux, pâtisseries, aromates, le gibier. Se contenter de viandes d’animaux qui ne vivent que d’herbes, user de jeunes volailles, d’herbes potagères cuites, de pain bien fermenté; comme boisson ne boire que de l’eau, s’interdire le vin et les spiritueux, redouter les médicaments quels qu’ils soient, stomachiques, apéritifs, laxatifs ; la mise en pratique de ces règles hygiéniques assurera la guérison qu’avancera encore le souci d’un exercice modéré, marche ou équitation et le repos de l’esprit.
En vérité le meilleur praticien contemporain ne modifierait en rien cette ordonnance qui convient à merveille dans la neurasthénie. Une triple indication s’y trouve satisfaite : l’accroissement des oxydations par les bains, les boissons aqueuses et l’exercice, le manque d’apport d’éléments toxiques dans l’alimentation, le rétablissement de la digestion grâce au choix des aliments et à l’interdiction des fatigues morales.
Sans doute, tout cela. Pomme ne l’a pas inventé. Pour s’en tenir aux bains, Hippocrate, Galien, Celse, Arétée, Alexandre de Tralles les avaient depuis longtemps prescrits dans l’hystérie et l’hypocondrie. Seulement leur pratique était tombée en désuétude et Pomme, en la rajeunissant, est le premier des modernes qui l’ait organisée d’une façon systématique.
On a trop de tendance, parce qu’une médication est vieille, d’en contester le mérite. L’enthousiasme s’attache au remède à la mode. Très énergiquement Pomme a remonté le courant qui célébrait les vertus des antispasmodiques et s’est retrempé dans les méthodes hydrothérapiques des vieux maîtres.
L’hydrothérapie exalte qui la prône. Pomme au siècle dernier, Priesnitz plus tard, aujourd’hui le curé
Fiessingcr. — 19.
Kneipp ont joui d’une gloire qui n’allait pas à des hommes plus éminents.
Non pas que la faveur publique ne s’égare que sur de fausses pistes. L’admiration qui court hors des voies où fraient les personnages officiels trouve sa cause dans le besoin de nouveau que satisfait mal la quiétude reposée de ces personnages. La foule sent très bien que posséder trop de titres est souvent renoncer à la poufsuite du nouveau. On se contente de ce que l’on a. Que si la curiosité de l’inconnu pousse l’homme titré à tenter une voie non ouverte, au moins ne s’y engage-t-il qu’en allure discrète qui ne sollicite pas l’attention.
Or la foule aime le boniment. La thérapeutique en fanfare est celle où courent ses sympathies.
Pour condescendre à ses goûts tapageurs, il faut une certaine audace vulgaire qu’assurent à la fois l’indépendance de position, l’habitude de jouer des masses, l’aplomb des ignorances qui s’ignorent.
Pomme avait l’audace. Il n’était pas professeur, pas très bien élevé non plus. Priesnitz et Kneipp avaient l’aplomb. Brutal chez le paysan, onctueux chez le prêtre, c’est de cet aplomb que sortaient les affirmations empiriques érigées en articles de foi.
Et puis l’hystérie est une maladie si théâtrale ! Et quelle metteuse en scène que l’hydrothérapie dans le truc de ses guérisons instantanées ! Dirigés par le chef de claque, tout de suite les applaudissements éclatent en ovations délirantes. Pomme, Priesnitz et Kneipp ont été de très habiles chefs de claque. Le premier a montré que ces fonctions étaient conciliables avec un talent très réel de praticien.
DE
MAXIMILIEN STOLL
Stoll ne fut pas seulement professeur de clinique médicale à l’Institut de Vienne. 11 avait débuté par l’enseignement des humanités dans un établissement de jésuites. Pourquoi il rentra dans la vie laïque, son historien, le professeur Parrot, nous l’apprend ; « Il avait aperçu dans ce monde des ténèbres, à la lueur d’un sinistre brasier, le cénacle des fils de Loyola, distillant leurs poisons, ourdissant la trame de leurs calomnies, lançant leurs brandons indignés. » Quand on voit tout cela, on a droit de changer de métier.
Stoll étudia la médecine : il avait vingt-six ans lorsqu’il se fit inscrire à Strasbourg comme étudiant de première année. « Cette sage résolution, ajoute le professeur Parrot, permit à son âme généreuse et droite d’échapper à la malice et à l’astuce de ceux dont il serait fatalement devenu le complice. »
Toute la jeunesse de Stoll s’accorde à témoigner que le professeur Parrot n’aimait pas les jésuites. Le regretté professeur était un anticlérical. Que cette constatation soit acquise à sa mémoire!
Il apparaissait bien sans prétention, cet institut clinique où Stoll exposait aux élèves ses considérations sur les malades présents. Pas très nombreux, ces malades ! Ils étaient douze : six hommes et six femmes. Seulement à chaque lit était attaché un registre d’observation et, parce que l’attention n’était pas émoussée dans la pléthore des salles, le coup d’œil aussi était plus aigu. L’intelligence ramassée s’emparait des faits et les assimilait en interprétations perçantes.
Aujourd’hui tout est changé ; les moyens d’enseignement médical multiplient leurs sphères d’attraction : salles d’hôpital pour la chirurgie, la médecine, les diverses maladies infectieuses, laboratoires vastes comme des palais, instruments de précision, rien ne manque. Ou plutôt à ces mines de travail il manque parfois l’essentiel : le mineur.
Plus est aisée l’acquisition des connaissances, moins s’éveille la curiosité de les posséder. C’est aux tâches ardues que s’allument les enthousiasmes. Aplanir les difficultés équivaut à arrêter l’élan du chercheur.
Le progrès d’une science n’est pas déterminé par les encouragements que lui valent les subventions de millions et les constructions somptueuses.
Rien de maladroit, au point de vue psychologique, comme de supprimer la gêne que l’insuffisance d’un milieu crée aux efforts de l’homme de science. De cette gêne subie avec révolte jaillit l’activité qui brise les obstacles; c’est enfoncer l’homme dans la paresse que de disposer trop commodément à sa portée les éléments de travail.
Combien modestes les laboratoires de Claude Bernard et le premier laboratoire de Pasteur ! Modeste aussi cette clinique de Stoll avec son total de douze lits! L’humanité se félicite du budget restreint que le monde officiel de l’époque allouait au service de l’instruction.
Ce qu’il faut, on s’en apercevra peut-être un jour, ce n’est pas le luxe de la bâtisse, c’est, en dehors des
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idées ayant cours, l’obsession de la recherche par soi. Pourvu que l’existence du savant soit assurée en ses besoins essentiels, qu’un minimun d’organisation rende utilisables les instruments de travail, la science peut attendre. Elle sera récompensée de sa patience par des découvertes dont un cadre trop grandiose eût peut-être noyé la conception.
« Ma matière médicale, dit Stoll, est fort succincte, non par pénurie, mais par dessein prémédité. Que ceuxlà se servent de prescriptions apprêtées qui sont forcés de flatter le palais des femmes ou de donner des médicaments dont le haut prix fait tout le mérite. »
Le dédain pour les formules coûteuses rapproche Stoll de Sydenham. Il est vrai que la nature spéciale des maladies qu’ils affectionnaient autorisait le Maître anglais et le Maître viennois à cette vulgarité thérapeutique. Une maladie infectieuse, cela guérit tout seul et, à un siècle de distance, la préoccupation de Sydenham et de Stoll allait aux constitutions médicales, aux maladies épidémiques, aux variations de leurs symptômes..
Stoll insistait grandement sur ce' fait qu’une constitution médicale bilieuse peut se transformer en constitution médicale inflamniatoire. .A la première convient une thérapeutique évacuante. Dans la seconde, et c’est celle que Stoll eut à combattre vers la fin de sa vie, on aura recours à la saignée.
C’est dire qu’avant de traiter une maladie, il faut se pénétrer non seulement de sa nature, mais aussi de sa forme, quelle elle est, comme elle est.
La pleurésie ou péripneumonie est tantôt inflammatoire ou bilieuse ou mixte.
A moins de quelque mauvaise disposition de son tempérament, celui qui est atteint d’une pleurésie inflam-
matoire est promptement guéri. Il avalera les boissons abondantes qui délayent la saburre et tiennent ouverts les émonctoires. Que si les forces fléchissent, on les stimule par l’application de vésicatoires encore indiqués dans la pleurésie rhumatismale, par l’usage interne du camphre et les décoctions de racine de serpentaire de Virginie. Celles-ci, au dire de Mathiole, dans sa Matière médicale du xvi^ siècle, « sont bonnes à ceux qui ne peuvent avoir leur haleine sans avoir le cou droit ». La saignée, dans les maladies bilieuses, ne donne que peu de soulagement, et est suivie d’une recrudescence du mal; elle trouve, au contraire, son indication sur les malades vigoureux atteints de pleurésie inflammatoire.
Dans les formes bilieuses de la pleurésie, on prescrira les émétiques (tartre stibié) de préférence aux purgatifs. Ces derniers offrent l’inconvénient, à travers les longs détours du canal intestinal, de charrier des matières étrangères qui peuvent être résorbées par les vaisseaux absorbants et vicier le sang. A côté des émétiques une place sera réservée aux expectorants sous forme d’eau de sureau, d’oxymel simple ou scillitique, de chacun une once.
Inutile d’exposer le traitement de la pleurésie mixte. 11 est emprunté au mélange des médications précédentes.
Dans les diverses maladies dont s’occupe Stoll, se retrouve ce souci d’une thérapeutique rationnelle dans la mesure où l’autorisait l’obscurité étiologique.
L’ipéca est recommandé contre la dysenterie, surtout quand il y a amertume de la bouche, nausées, vomissements, anxiété. En d’autres cas, la pulpe de tamarin ou de pruneaux bouillis dans une décoction d’orge, la teinture aqueuse de rhubarbe, rendront des services.
Dans l’iléus, les purgatifs drastiques et les lavements ne sont d’aucune utilité, l’huile d’amandes douces et les potions huileuses sont infiniment supérieures à ces remèdes.
- Les fièvres putrides seront améliorées par les fleurs
LA THÉRAPEUTIQUE DE MAXIMILIEN STOLL
d’arnica dont l’action est puissamment résolutive et légèrement émétique. On fera bouillir le quinquina avec ces fleurs au grand avantage des malades épuisés.
L’extrait de belladone est d’un bon usage dans les névroses. Dans la chorée on en ordonne un grain par vingt-quatre heures. La guérison est- complétée au bout de six semaines par la prescription d’essence de castoréum et de camphre. L’épileptique bénéficiera également de l’action de la belladone. Ce médicament que Trousseau recommandait dans le haut mal vient d’être remis à la mode par Pierret qui se félicite de ses effets convulsivants grâce auxquels sont réglées les décharges nerveuses.
Une observation curieuse de tétanos terminée par la guérison nous renseigne sur le traitement que Stoll ordonnait en pareil cas. 11 s’agit d’une jeune femme enceinte de neuf mois, atteinte d’une fracture compliquée du talon. Quatorze jours plus tard, trismus, opistothonos, tous les signes du tétanos classique. Stoll formule : poudre de quinquina et racine de valériane, de chacune un demi-grain ; musc et camphre, de chacun deux grains ; sirop de casse q. s. pour un bol. Huit semblables. Un bol toutes les trois heures. Pour la nuit une mixture opiacée. Sur la mâchoire, cataplasmes de feuilles de jusquiame.
Peu à peu les crises tétaniques diminuent de fréquence et d’intensité et, neuf jours après le début des accidents, la femme guérie accouche d’un enfant bien portant. S’agissait-il de tétanos vrai ? La blessure antérieure du talon le laisse au moins présumer.
Dans l’œuvre de Stoll, il est un point que l’histoire a négligé ; le pressentiment que le professeur de Vienne avait de l’existence de la lésion rénale dans l’intoxication saturnine. Le passage suivant avait échappé à Ollivier qui ne le cite pas dans son mémoire sur l’albuminurie saturnine : « J’ai vu, assure Stoll, la colique des peintres produire une mort lente par hydropisie. Le système géné-
rateur des urines, surtout ressent l’action du plomb, se convulse, se resserre et n’opère plus suffisamment la sécrétion et l’excrétion de l’urine. Alors la matière des urines, retenue amassée, portée vers des cavités qui ne lui sont pas destinées, produit l’hydropisie. Je l’ai beaucoup soulagée chez un malade par le moyen de l’opium uni à la scille ; mais je ne l’ai pas guérie ».
Stoll a subi la mésaventure qui diminue parfois les grands hommes : il a eu des disciples. Quinze siècles d’adulation plate ont rendu Galien insupportable. Sans doute créer une école, c’est répandre la doctrine, mais c’est aussi altérer l’esprit de la doctrine. A passer par trop de cerveaux, l’idée perd de sa limpidité : celui qui l’a conçue l’envisage autrement que celui qui la reproduit. Il n’existe pas deux optiques intellectuelles semblables. Maîtres et disciples diffèrent toujours. Ce qui a été saisi sous un angle spécial par l’un ne sera pas aperçu sous le même angle par le second.
D’autant que qui dit disciple n’affirme pas forcément la nécessité d’une conception très imaginative.
Quand on pense par soi, on se refuse au rôle de disciple. On est maître et non pas maître de l’école de tel autre maître, mais maître de son école à soi, tout simplement. Boerhaave a eu la chance de trouver, au nombre de ses commentateurs. Van Swieten et Haller. Tous les vieux maîtres ne possèdent pas des élèves de cette envergure. S’ils se consolent par le nombre de la qualité douteuse, et adulés par une foule, qu’ils respirent un encens, agréable toujours, cela s’entend, d’où qu’il vienne, est-ce là cependant un avantage, qui expose une œuvre à passer par le niveau de compréhension où atteint ce tas de monde ? Comment sauvegarder la synthèse d’une idée en présence
LA THÉRAPEUTIQUE DE MAXIMILIEN STOLL
de gens incapables d’en embrasser l’étendue? C’est un mauvais service qu’ils rendent à la cause que de s’emparer comme ils font d’un des éléments qui constituent la pensée directrice du Maître, de le détacher, cet élément, de son milieu de pensée et, par le relief qu’ils lui accordent, d’en dénaturer la valeur, laquelle est subordonnée à l’intégrité de l’ensemble.
Stoll.avait parlé de l’influence de la constitution gastrique sur les maladies intercurrentes. Il n’en fallait pas davantage. C.-P. Richter déclare que toute fièvre intermittente tient à une cause gastrique. Erreur de généralisation qui porta momentanément préjudice à la réputation de Stoll. Il n’avait jamais dit pareille chose. On l’en rendit responsable. Car, entre les désagréments inhérents aux honneurs de chef d’école, celui-là est un des plus lourds : porter la charge des écarts auxquels se livre l’enthousiasme maladroit du disciple.
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