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LA THÉRAPEUTIQUE DE PHILIPPE PINEL

qui confirment des données préalablement consenties. Hugo n’eût pas joui de sa popularité s’il n’eût bercé les foules à la rhétorique truculente dont des lieux communs fournissaient le thème. Rien que de très humain aux applaudissements que la Nosographie philosophique recueillait dans le mon-de médical. L’enthousiasme du lecteur contemplait avec toutes les délices qu’un pareil spectacle procure à l’amour-propre caressé, la traduction en sentences prestigieuses, de ses pensées de chaque jour.

La postérité qui ramène toute chose en son plan ne se souviendrait plus guère de ce livre si la réputation de celui-ci n’avait été sauvegardée par l’œuvre philanthropique de Pinel, qui, elle, émerge vaillamment de l’oubli.

Le premier, le médecin de la Salpêtrière, a rappelé que les fous étaient des hommes et qu’un encouragement formulé en son heure devenait un stimulant à la guérison. La pratique des brutalités était bannie d’un service oû les paroles consolatrices et douces avaient ordre de remplacer les rigueurs des cabanons. Innovation qui fait grand honneur à celui qui l’a conçue. Il est vraiment regrettable que Pinel ne se soit pas contenté du titre de bienfaiteur de l’humanité. Il a prétendu élargir l’auréole de sa gloire en y faisant entrer la qualification qu’il s’octroie d’intelligence supérieure. En quoi il a trop présumé de ses forces.

Les vues puissantes que Pinel s’accorde en pathologie ne sont assurément plus considérées comme telles que par lui. L’horizon qu’il estimait étendu nous paraît mesquin. Le flambeau qu’il croyait tenir dégage une clarté de lampion.

Se glorifier du titre de philosophe ne suffit pas pour l’être. Pinel publie les trois volumes de sa Noso-

graphie philosophique. Il s’est mis en garde, nous assuret-il, contre l’erreur et commence par traiter de vaines et dégoûtantes la théorie sur l’impureté des fluides, les saletés gastriques et « autres jeux frivoles de l’imagination. »

Voilà certes des paroles peu appropriées à une plume philosophique. Un observateur philosophe sait fort bien qu’il risque d’examiner les faits selon les idées qu’il en a. On observe non d’après ce qu’on voit, mais d’après ce qu’on croit. Rien de rare comme une vision directe qui ne se déforme pas à travers le prisme des jugements préconçus.

Pinel se disait exempt de préjugés. Il en était bourré.

Il rejette, par exemple, l’existence de la fièvre puerpérale, comme entité morbide distincte. Pourquoi cette proscription? Les faits la commandent-ils? Non pas. Le raisonnement seul l’exige. Car si l’on admettait la fièvre puerpérale, il y aurait lieu également d’admettre une fièvre de dentition, une fièvre menstruelle, une fièvre de puberté, une fièvre de l’âge critique, une fièvre de nourrice. Et Pinel se campe formidable derrière les retranchements de son argumentation.

Rappellerons-nous sa Nosographie ? La gale est décrite à côté de la variole, dans le chapitre des phlegmasies cutanées. L’apoplexie précède la catalepsie dans le cadre des névroses cérébrales.

Quant à la thérapeutique, elle offre généralement un avantage : de ne pas être téméraire. 11 faut livrer la nature à ses efforts salutaires quand elle tend à une terminaison favorable. Le rhumatisme articulaire guérit tout seul. On assistera à la guérison, sans chercher à soulager les souffrances du rhumatisant.

Contradiction bizarre : Pinel améliorant le régime des aliénés et se refusant à calmer la douleur. Aussi bien il est curieux de constater combien cet esprit tombe à l’occasion d’une prudence non motivée dans une hardiesse qui déconcerte. L’abstention thérapeutique est commandée dans le rhumatisme : le vésicatoire est ordonné dans le croup.

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