LA THÉRAPEUTIQUE DE PHILIPPE PINEL
Le traitement des maladies mentales indique un homme en possession plus exercée de son sujet.-
La manie aiguë se trouvera bien de l’obscurité du milieu et de la demi diète; des bains tièdes, affusions froides, laxatifs sont recommandés au déclin de la maladie. Pour peu que le maniaque jouisse d’une lueur de raison, on lui marquera un intérêt affectueux, Le défendre contre les propos offensants ou actes de violence auxquels seraient enclins les gens de service, est de stricte obligation. Surtout pas de saignées : elles affaiblissent sans profit pour la guérison. Des boissons abondantes aiguisées d’un grain de tartrate antimonié de potasse suffisent le plus souvent comme médication interne.
Dans la démence, que l’auteur ne distingue pas de la confusion mentale, on recommandera l’usage des excitants soit internes, comme les aromatiques, les infusions amères, les solutions de muriate ammoniacal, etc., soit externes, tels les épispastiques à la nuque, les frictions sèches sur les membres ou avec une huile éthérée le long de l’épine dorsale. Dans le même but de stimuler les nerfs, Pinel essaya le galvanisme. Il dirigeait le courant par les oreilles, l’extrémité du nez, d’autres points de la tête. Dans la plupart des cas, il obtenait un effet stimulant, mais passager. « Je pense, conclut-il, qu’un moyen semblable doit être combiné avec beaucoup d’autres pour produire une nouvelle énergie qui soit solide et permanente, dans les fonctions intellectuelles. »
Quant à la mélancolie, les exemples sont nombreux de guérisons opérées au moyen d artifices propres à détruire l’idée exclusive qui fait 1 objet du délire. Une impression vive et brusque, des exercices de corps variés, des passe-temps agréables, des voyages, toutes conditions qui changent les habitudes journalières, constituent des agents thérapeutiques efficaces dans les cas où la mélancolie n’est pas trop invétérée. Le traitement s’inspirera parfois avec fruit de
la cause évidente qui aura produit la maladie. Les mélancolies dues à la répercussion d’une afièction cutanée, à la suppression d’une hémorrhagie habituelle, à la rétrocession de la goutte, commanderont des indications d’urgence. Le praticien n’y faillira pas.
La thérapeutique de Pinel manquait, on le voit, de ce qu’il appelle lui-même suffisance présomptueuse, c’est-àdire d’initiative. 11 ne s’était pas aperçu que la suffisance est le propre de tout homme de science; que de fois la modestie du savant n’est-elle pas un paravent qui abrite sa vanité! Dire que la modestie est une suffisance qui se dissimule, est une définition assez exacte.
L’homme vraiment intelligent n’a cure de jouer au modeste : il se présente tel qu’il est. Quoi de plus légitime que de manifester sans jactance la conscience qu’il ressent de sa force? La franchise d’allures doit-elle être considérée comme de la suffisance? A ce compte la modestie est bien proche de l’hypocrisie.
Et Pinel lui-même nous fournit un exemple frappant, de la parenté reliant ces deux pentes de caractère ; il reprochait sa suffisance à autrui et s’arrogeait le titre de philosophe. Hypocrisie inconsciente soit, mais hypocrisie quand même que cette façon d’accuser le prochain de défauts qu’on colporte avec soi. La vie de cet homme qui se connaissait si peu est tout entière en honneurs.
Successivement médecin de Bicêtre et de la Salpêtrière, professeur de pathologie interne à l’Ecole de médecine, membre de l’Institut en remplacement de Cuvier, Pinel mourut en 1826, à l’âge de quatre-vingt-un ans.
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