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Dans le cortège des maréchaux qui suivent l’empereur, on a quelque peine à découvrir Corvisart. Est-ce bien lui, ce baron de l’Empire, à la poitrine constellée de croix? Son abord froid n’attire pas les confidences. L’interlocuteur qui se risquerait à le tirer de son mutisme se verrait, par un mot sec de réponse, découragé tout de suite, dans son désir de renseignements. Pas moyen de s’épancher en conversation familière avec un Monsieur aussi peu communicatif. Il avait autre chose à faire, Corvisart, qu’à prêter l’oreille aux bavardages de la Cour. Son esprit retenu auprès des malades s’impatientait d’une orientation vers un autre cours d’intérêts. De sympathie, le médecin de l’empereur n’en réservait guère aux fâcheux, il la dépensait avec ses amis. Très dévoué, il ne s’éparpillait pas en amabilités faciles; prodigue, il l’était non de paroles, mais d’actes. Promettre lui demandait réflexion : seulement ce qu’il promettait était tenu.
Rien du courtisan dans ses allures, mais le maintien d’un homme conscient de sa valeur et portant haut le sentiment de l’honneur professionnel.
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Corvisart était né en lySS, dans un village de la Champagne, à Brécourt. Son père, procureur au Parlement de Paris, le destina au barreau et le fit entrer dans son étude. Triste satisfaction que la procédure aux impatiences d’un esprit curieux!
Une leçon d’Antoine Petit, à laquelle assista par hasard notre clerc, décida de sa vocation. Il étudia la médecine et fut reçu docteur en 1782. Tout d’abord le peu de souplesse de son caractère ne lui porta pas bonheur. Le refus de porter perruque l’empêcha de devenir médecin de l’hôpital que Necker venait de fonder. En 1788, seulement, sa mauvaise tête fut pardonnée à Corvisart. Il obtint, sans perruque, la place de médecin de l’hôpital de la Charité.
De là date l’inauguration de son célèbre enseignement : il fut suivi de nombreux élèves qui continuèrent d’applaudir le Maître quand il fut nommé professeur de clinique interne en 1795. Avec le Consulat affluèrent les honneurs. Corvisart fut nommé, en même temps que Barthez, médecin du gouvernement et, comblé de biens, entra dans l’amitié de Napoléon.
A la chute de l’Empire, il se retira à la campagne. Fidèle à ses affections, il ne les renia pas lors de l’établissement du nouveau régime. Et c’est même là une des caractéristiques de ce grand cœur ; cette ascension aux plus hautes dignités que pût ambitionner un médecin, jamais il ne la favorisa par des servilités qui portassent atteinte à l’homme. Peut-être faut-il vraiment vivre sous l’œil d’un despote de génie, comme fut Napoléon, pour que la grandeur d’un caractère ne nuise pas à qui s’y obstine avec dignité. Une démocratie se montre plus ombrageuse : elle exige des diminutions morales de la part de ses favoris. Ne sont pour l’ordinaire estimés des foules que ceux qui consentent à les aduler dans les ondoiements de leurs opinions toujours émotives et changeantes.
Pour le monde médical, le grand titre de gloire de Corvisart est son Traité des Maladies du cœur. Ayant traduit et commenté l’ouvrage d’Avenbrugger sur la percussion, il transporta ses connaissances ainsi acquises au diagnostic des maladies de poitrine et étudia lanatomie pathologique puis les symptômes des maladies cardiaques avec une précision que nul n’avait égalée avant lui.
La Thérapeutique est d’un homme moins convaincu :
« Il est possible, dit Corvisart, de prévenir parfois la maladie de cœur, de la guérir jamais ». Soulager, c’est à quoi se borneront les efforts du praticien. Divers seront les traitements. Ceux-ci s’appliqueront aux maladies aiguës du cœur, aux maladies chroniques organiques qui sont le plus souvent des dégénérescences des maladies aiguës, aux affections organiques proprement dites.
Dans les maladies aiguës ne rentrent que la péricardite et la cardite aiguës. Seront efficaces contre elles les saignées générales et locales au début, renouvelées si elles ne produisent pas une amélioration sensible et si le pouls conserve ses premiers caractères. Les vésicatoires sur le point douloureux détermineront une révulsion favorable, moins peut-être que dans les pleurésies ou pleuro-pneumonies. Le malade calmera sa soif avec des boissons aqueuses, adoucissantes, antispasmodiques.
Au nombre des maladies chroniques organiques considérées comme dégénérescences des maladies aiguës, sont classées l’inflammation lente du cœur, l’épanchement du pus ou de sérosité dans le péricarde, les adhérences de cette membrane au cœur. L inflammation lente du cœur se reconnaît entre autres signes par une .raideur concentrée et permanente du pouls . cette maladie n’est guère justiciable que d un traitement général qui combattra les conditions morbides coexistantes : cachexie, faiblesse, leucophlegmasie. Les remèdes
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antihydropiques conviendront à l’hydropéricarde ; la paracentèse du péricarde est une opération incertaine et périlleuse : mieux vaut s’en abstenir. Quant aux adhérences du péricarde, inutile de tenter de les combattre autrement que par des règles hygiéniques de conduite et de régime propres à ménager le travail du cœur.
Les anévrysmes passifs ou actifs, les rétrécissements et ossifications des orifices comprennent ce que Corvisart appelle les maladies organiques proprement dites. Bien que la méthode de Valsalva contre les anévrysmes ait été suivie de quelques succès, les effets des saignées répétées et de la diète rigoureuse sur lesquels elle est fondée, commandent la réserve dans son emploi. Les lésions des orifices se trouveront bien, surtout quand elles compliquent le rhumatisme, de l’application de révulsifs : vésicants, rubéfiants, sinapismes ; plus tard, quand le cœur commence à fléchir, l’immersion fréquente des bras dans l’eau chaude, les bains de pieds, tout ce qui peut diminuer la réplétion des gros vaisseaux, procureront du soulagement. A cette époque la rareté des urines, l’œdème des membres inférieurs, céderont encore avec facilité aux diurétiques : boissons aqueuses nitrées, préparations scillitiques et aux purgatifs hydragogues. Malheureusement courte est l’amélioration ainsi produite. Les étouffements, l’enflure reparaissent, augmentent ; les malades, violacés, présentent un aspect subapoplectique. C’est alors que réussiront surtout les saignées locales ou générales, à condition qu’elles soient légères et assez rares, précaution que nécessite l’affaiblissement du malade. Corvisart se loue à ce moment de l’emploi du vin amer diurétique, qui figure encore dans nos formulaires, composé qu’il est de quinquina, d’écorce de Winter, de citron, de racine d’angélique, de scille sèche, de feuilles d’absinthe et de mélisse, le tout infusé dans du vin blanc. Seront encore prescrits les bols de savon composés où entrent le savon blanc, le jalap en poudre, l’aloès, le sirop de nerprun, et les pilules de Backer
préparées avec l’extrait de myrrhe et d’ellébore et la poudre de chardon bénit. La digitale ne bénéficie pas d’une mention très élogieuse. « MM. Lerminier médecin de la Charité, et Husson, médecin de l’Hôtel-Dieu, nous apprend Corvisart, l’ont essayée dans leurs services. Quelques malades ont été assez promptement désinfiltrés, mais les résultats n’ont été ni plus marqués ni plus constants que ceux qui, dans les mêmes cas, ont été obtenus par les diurétiques indiqués ». A peine si par le ralentissement de la circulation qu’amène la digitale, on diminue de temps à autre les paroxysmes d’oppression qui font asseoir dans leur lit les malades haletants.
A la rigueur, des mouchetures aux jambes seront adjointes à l’action des diurétiques et des purgatifs : ce moyen de traitement est dangereux : malgré les pansements les plus soignés, il ouvre souvent la porte à la gangrène.
Inutile d’insister sur le régime : Tranquillité de l’esprit, nourriture légère, abstention des liqueurs fortes et des exercices violents, ce sont là précautions élémentaires que tout malade devra prendre.
« Il faut non seulement s’appliquer à l’étude de l’homme physique, mais encore de l’homme moral, et le plus grand médecin, à instruction égale, sera encore celui qui lira le plus profondément dans la pensée de ses malades. » Combien peu de médecins mettent en pratique cette pensée de Corvisart. Formuler suffît au grand nombre ; les médicaments sont consciencieusement opposés à la maladie, comme il est écrit dans les livres.
Est-il donc si nécessaire de répéter que ce qui commande l’indication thérapeutique est avant tout le malade lui-même ? S’imagine-t-on qu’un homme intelligent est
impressionné par un agent infectieux de la même manière qu’un esprit moutonnier? Chez les premiers toutes conditions égales, les réactions sont plus énergiques, la fièvre plus vive, la guérison mieux assurée. Le placide, lui, reste désarmé vis-à-vis de l’infection qu’il accepte avec la même impassibilité qui lui faisait enregistrer, la veille, ses sensations d’homme bien portant.
Ces deux pathologies : celle des nerveux, celle des épais sont essentiellement distinctes. A la thérapeutique de compter avec ces différences. Les médicaments chez les nerveux seront réduits à leur plus simple expression : le traitement sera avant tout hygiénique, la nature vibrante de l’individu, se chargeant, livrée à ses seules forces, de faire victorieusement face à l’infection. La pharmacie sera plus spécialement réservée aux esprits épais : elle soutiendra leurs réactions paresseuses. La guérison sera due au coup de fouet dont elle aura cinglé les nerfs endormis. L’ingratitude envers les remèdes, voilà ce qui n’est pas permis aux médiocres.
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