LA THÉRAPEUTIQUE PRIMITIVE I
pas de remèdes à la liste de ceux qu’on employait avant lui. Bien qu’il trouvât la matière médicale des Cnidiens un peu maigre dans les trois médicaments auxquels ils se bornaient, le lait, le sérum l&ctis et le suc épaissi de concombre sauvage, lui-même ne se montra jamais prodigue de drogues. Ses purgatifs consistaient en drastiques : ellébore blanc, extrait d’ésule, versé goutte à goutte sur des figues sèches, racine de thapsie, racine de turbith, suc et racine de scammonée, feuilles de garou, graines de daphne laureola, fleurs et semences de carthame. Dans la foule des préparations végétales, à peine quelques agents minéraux: l’alun, des sels de cuivre ou de plomb. Cette pénurie n’inquiétait nullement le Maître. La nature elle-même se chargeait de guérir les malades et il ne faut pas troubler ses opérations par l’administration de remèdes énergiques : épier ses indications, évacuer les humeurs par les voies qu’elle suit naturellement, coucher les fiévreux, leur administrer des boissons délayantes préparées avec le gruau et acidulées par l’oxymel, baigner souvent les malades dans l’eau tiède, au cours de la péripneumonie, donner jusqu’à deux bains par jour; car le bain calme la douleur, hâte la coction des crachats, facilite la respiration, active la diurèse ; en toutes circonstances aider la nature, éviter de la contrarier et le médecin aura dignement rempli sa tâche.
En chirurgie, Hippocrate appliqua les bandages, attribuait à la chaleur une grande efficacité pour la guérison des plaies, admettait les avantages de la suppuration dans les plaies contuses. Il faisait pratiquer l’extension et la contre extension dans les fractures : des attelles médiocrement serrées maintenaient le membre brisé. Des machines compliquées servaient à réduire les luxations des grandes articulations, deux instruments, la tryphine et notre trépan ordinaire lui permettaient d’affronter la trépanation du crâne.
Entre Hippocrate et Galien, pendant les six cents ans qui les séparent, surgissent quelques grands noms.
mais leur œuvre incomplète ou perdue ne nous apparaît qu’à travers les appréciations ou compilations des commentateurs. Les disciples d’Hippocrate mirent une enseigne sur leur pratique. Elle s’appela dogmatisme et së flattait d’allier l’observation au raisonnement. L’étiquette était belle et la prétention noble. Il suffit que celle-ci ait été justifiée par les efforts qu’elle suscitait.
Cent ans après Hippocrate, Dioclès, né dans l’île d’Eubée, est cité avec éloges par Pline et Galien. Quelques points de sa thérapeutique sont originaux : il faisait avaler une balle de plomb aux malades atteints d’iléus, traitait les hémoptysies par un breuvage où la colle forte cuite dans l’eau était mêlée avec de la farine et une infusion de feuilles de ronces.
Vers le même temps Praxagore de Cos combattait la passion iliaque au moyen d’injections d’air par l’anus : il pratiquait la laparotomie, incisait le ventre, ouvrait l’intestin, évacuait les matières, terminait par la suture des parois. L’anatomie s’ébauchait, elle, à Alexandrie. Erasistrate et Herophile disséquaient, au dire de Celse, des prisonniers vivants.
Sautons deux siècles et nous trouvons la grande figure d’Asclépiade, qui préféra traiter les pauvres de Rome plutôt que de se rendre à la cour de Mithridate ; les présents du grand roi ne troublèrent pas son cœur. Le premier il semble avoir pratiqué la trachéotomie. Il saignait dans la pleurésie, l’épilepsie, les maladies con^ vulsives, défendait de saigner les fiévreux, jugeait l’opération inutile dans la péripneumonie qui n’était pas accompagnée de douleurs comme la pleurésie. Un grand nombre de ses pratiques nous ont été transmises par Celse. Plus active, la thérapeutique d’Asclépiade se fie moins que celle d’Hippocrate à la force curative de la nature. Une méditation sur la mort, cette thérapeutique-là. Du moins ainsi la qualifie Asclépiade.
Dans Arétée de Cappadoce se révèle un autre médecin de génie. Il vivait à la fin du premier siècle. C’est