LA THÉRAPEUTIQUE DE CÆLIUS AURÉLIANUS
camps adverses la conviction préconçue sert de base à l’argumentation.
On s’aperçoit que déjà, du temps des méthodistes, la clinique manifestait son impertinence au point de se prêter très malaisément aùx déformations que lui infligeaient les classifications des gens doctes. Les maladies mixtes témoignaient, il est vrai, d’une certaine élasticité dans la disposition des cases nosologiques ; elles emboîtaient, ces cases, ce qui ne pouvait pénétrer ailleurs, ce qui, tout en ne dépendant ni de la contraction ni du relâchement en particulier, participait à la fois de l’une et de l’autre. Pareille manière d’opérer comportait un avantage considérable pour la thérapeutique ; on se livrait à un examen plus sérieux des fonctions compromises de façon à être renseigné sur la place respective que ces dérangements fonctionnels méritaient sur la scène morbide. Entre deux symptômes, l’un qui accusait la contraction et l’autre le relâchement, il était indispensable de discerner auquel appartenait le premier rôle, où se dissimulait la cause, et quel était l’effet, et par quelles voies sympathiques les troubles reconnus réagissaient l’un sur l’autre. C’est ainsi qu’ont été découvertes les relations entre l’estomac et le cerveau ; la mélancolie fut considérée comme consécutive à des troubles digestifs : gastrite alimentaire, gastrite médicamenteuse, qui apparaissent toutes deux très nettes sous la dénomination dont on les qualifie, d’irritation par des aliments âcres ou par des drogues absorbées après le repas. Par le même procédé d’investigation, les troubles de nutrition ont été signalés dans l’étiologie de la goutte, celleci devenant la conséquence d’écarts fonctionnels de l’estomac. Inutile d’insister sur les conseils judicieux d’hygiène thérapeutique qui découlaient de semblables vues doctrinales. Partis de leur principe erroné de contraction et de relâchement, les méthodistes entrevoyaient des vérités que leur révélait une observation rendue plus aiguë par l’obligation où ils se trouvaient d’adapter, le
moins maladroitement possible, la maladie à la formule qui en spécifiait la nature.
En mathématiques, prendre une erreur comme base de raisonnement ne mène qu’à une déduction d erreurs. La biologie est moins intransigeante : peu lui importe parfois la rectitude de l’élan initial. 11 lui suffit que l’élan soit donné. Le voile de l’illusion s’écarte au vent et par intervalles sont aperçus des horizons réels, dans l’envolée vers l’inconnu.
Interprète de Soranus et de l'école méthodiste, Cælius Aurélianus se montre thérapeute réservé : peu de formules empiriques, beaucoup d’hygiène. La péripneumonie, dont le début de cette étude a révélé le luxe pathogénique, était justiciable de prescriptions où les conditions de chaleur et de lumière dans la chambre du malade devenaient essentielles. Réchauffé par des frictions avec des étoffes douces, le patient se voyait le thorax entouré de laine. Tenu à la diète, il buvait de l’eau chaude ; les jours suivants lui étaient autorisées les tisanes d’orge et de riz, les décoctions de sénégré ou d’amandes pilées avec du miel. Saignées et ventouses scarifiées étaient ordonnées, à moins d’affaiblissement trop marqué. Le thorax frictionné avec du cérat et de l’huile de troène était finalement entouré d’un emplâtre de diachylon. Dans la convalescence intervenait l’usage tonique du vin. Quant aux empiriques, leurs panacées soi-disant infaillibles contre cette maladie se composaient d’infusions de toutes sortes ; rue, menthe, origan, thym, aurone, gentiane, glaïeul, mouron rouge.
Attribuée à des troubles digestifs, la mélancolie était soumise à une alimentation légère d’où était banni le vin. Des ventouses^ des cataplasmes de dattes et de coings étaient appliqués au creux épigastrique. La