‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 15 sur 87 · DE L'EXPÉRIENCE D'ARISTOTE A LA LOI DE DALTON · texte numérisé non relu

DE L'EXPÉRIENCE D'ARISTOTE A LA LOI DE DALTON

lignes et demie qui s'étaient trouvés aux Minimes; ce qui nous satisfit pleinement.

« Après en descendant la montagne, je refis en chemin la même expérience, toujours avec le même tuyau, le même vifargent et le même vaisseau en un lieu appelé Laflbn de l'Arbre, beaucoup au-dessus des Minimes, mais beaucoup plus audessous du sommet de la montagne; et là je trouvai que la hauteur du vif-argent resté dans le tuyau était de vingt-cinq pouces. Je la refis une seconde fois en ce même lieu, et M. Mosnier, un des ci-devant nommés, eut la curiosité de la faire lui-même : il la fit donc en ce même lieu, et il se trouva toujours la même hauteur de vingt-cinq pouces, qui est moindre que celle qui s'était trouvée aux Minimes, d'un pouce trois lignes et demie, et plus grande que celle que nous venions de trouver au haut du Puy-de-Dôme d'un pouce dix lignes, ce qui n'augmenta pas peu notre satisfaction, voyant la hauteur du vif-argent se diminuer suivant la hauteur des lieux.

« Enfin étant revenu aux Minimes, j'y trouvai le vaisseau que j'avais laissé en expérience continuelle, en la même hauteur que je l'avais laissé, de vingt-six pouces trois lignes et demie à laquelle le R. P. Chastin, qui y était demeuré pour l'observation, nous rapporta n'être arrivé aucun changement pendant toute la journée, quoique le temps eût été fort inconstant, tantôt serein, tantôt pluvieux, tantôt plein de brouillards, et tantôt venteux.

« J'y refis l'expérience avec le tuyau que j'avais porté au Puy-de-Dôme, et dans le vaisseau où était le tuyau en expérience continuelle; je trouvai que le vif-argent était au même niveau dans ces deux tuyaux, et à la même hauteur de vingtsix pouces trois lignes et demie, comme il s'était trouvé le matin dans ce même tuyau, et comme il était demeuré durant tout le jour dans le tuyau en expérience continuelle.

« Je la répétai encore pour la dernière fois, non seulement dans le même tuyau où je l'avais faite sur le Puy-de-Dôme, mais encore avec le même vif-argent et dans le même vaisseau que j'y avais apporté, et je trouvai toujours le vif-argent à la même hauteur de vingt-six pouces trois lignes et demie qui

s'y était trouvée le matin : ce qui acheva de nous confirmer dans la certitude de l'expérience.

« Le lendemain le T. R. P. de La Mare, prêtre de l'Oratoire et théologal de l'église cathédrale, qui avait été présent à ce qui s'était passé le matin du jour précédent dans le jardin des Minimes, et à qui j'avais rapporté ce qui était arrivé au Puyde-Dôme, me proposa de faire la même expérience au pied et sur le haut de la plus haute des tours Notre-Dame de Clermont pour éprouver s'il y arriverait de la différence. Pour satisfaire à la curiosité d'un homme de si grand mérite, et qui adonné à toute la France des preuves de sa capacité, je fis le même jour l'expérience ordinaire du vide, en une maison particulière qui est au plus haut lieu de la ville, élevée par-dessus le jardin des Minimes de six ou sept toises, et à niveau du pied de la tour. Nous y trouvâmes le vif-argent à la hauteur d'environ vingt-six pouces trois lignes, qui est moindre que celle qui s'était trouvée aux Minimes d'environ demi-ligne.

« Ensuite je la refis sur le haut de la même tour, élevé pardessus son pied de vingt toises et par-dessus le jardin des Minimes d'environ vingt-six ou vingt-sept toises ; j'y trouvai le vif-argent à la hauteur d'environ vingt-six pouces une ligne, qui est moindre que celle qui s'était trouvée aux Minimes d'environ deux lio-nes et demie.

« De sorte que, pour reprendre et comparer ensemhle les différentes élévations des lieux où les expériences ont été faites, avec les diverses hauteurs du vif-argent qui est resté clans les tuyaux, il se trouve :

« Qu'en l'expérience faite au plus has lieu, le vif-argent restait à la hauteur de vingt-six pouces trois lignes et demie (i).

« En celle qui a été faite en un lieu élevé au-dessus du plus bas d'environ sept toises, le vif-argent est resté à la hauteur de vingt-six pouces trois lignes.

« En celle faite en un lieu élevé au-dessus du plus bas d'environ vingt-sept toises, le vif-argent s'est trouvé à la hauteur de vingt-six pouces une ligne.

(i) Le pouce français valait o m , 02707 et se divisait en douze lignes.

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« En celle qui a été faite en un lieu élevé au-dessus du plus bas d'environ cent cinquante toises, le vif-argent s'est trouvé à la hauteur de vingt-cinq pouces.

« En celle qui a été faite en un lieu élevé au-dessusdu plus bas d'environ cinq cents toises, le vif-argent s'est trouvé à la hauteur de vingt-trois pouces deux lignes.

« Et partant il se trouve qu'environ sept toises d'élévation donnent de différence en la hauteur du vif-argent une demiligne.

« Environ vingt-sept toises, deux lignes et demie.

« Environ cent cinquante toises, quinze lignes et demie, qui font un ponce trois lignes et demie.

« Et environ cinq cents toises, trente-sept lignes et demie, qui font trois pouces une ligne et demie (i) »

En i65o, nouveau progrès; la découverte de la machine pneumatique permit à Otto de Guéricke de renouveler l'expérience d'Aristote.

« Il prit un ballon de verre d'une capacité connue, le pesa bien exactement sur le plateau d'une balance et, par une ouverture munie d'un robinet, il le vissa à l'extrémité d'une pompe aspirante fabriquée avec le plus grand soin. Le jeu d'un piston faisant le vide retira la plus grande partie de l'air du ballon. Après cette aspiration, l'appareil, bien fermé par le robinet dont il était muni, fut placé de nouveau sur le plateau de la balance. Cette seconde pesée donna un résultat différent de la première et prouva, par cela même, que l'air qu'on avait extrait devait se représenter par le poids dont l'appareil se trouvait actuellement diminué (2). » La balance démontra qu'un litre d'air pesait i er ,2û3 (3) et Pascal établit que le poids entier de la masse d'air qui entoure la terre est de 8 283 889 [\[\o 000 000 000 livres (4).

(1) Pascal, tome III (édition Hachette, 18C6).

(2) Jourdanet. Ouvrage cité, p. i3.

(3) A o° et à 760 millimètres, c'est-à-dire 770 fois moins qu'un litre d'eau.

(4) Autant qu'une sphère de cuivre qui aurait 3oo kilomètres de tour. Du chef de la pression atmosphérique, un homme moyen supporte un poids de i5ooo kilogrammes, mais cette pression se faisant sentir dans tous les sens s'annule totalement.

4o AIR COMPRIMÉ. AIR RARÉFIÉ

« Nous resterons davantage dans les limites d'une appréciation mathématique, écrit Jourdanet, en disant que l'air atmosphérique fait une pression de 10 ke %33o sur un mètre carré de surface, dans toutes les localités où le baromètre marque une hauteur de o m ,76o (i). »

L'air possédait donc un poids spécifique. Il était par là même capable d'exercer une pression sur les organismes. Rey, Torricelli et Pascal en avaient fait un corps saisissable, susceptible d'obéir aux calculs qui s'exercent sur la matière. Mariotte à son tour le présenta comme une substance matérielle,, élastique, augmentant et diminuant de volume et par conséquent variable. La loi, dont il nous a légué la formule, peut s'énoncer par cette simple proposition : « L'espace occupé par l'air atmosphérique est en raison inverse des poids qui le compriment (2). »

Lorsque, grâce à Priestley, à Scheele, à Bergman et à Lavoisier, la composition de l'air fut connue, on put évaluer les actions propres des gaz contenus dans le mélange qui constitue notre atmosphère ; on sut appliquer à celle-ci, en présence des humeurs de notre organisme, la loi de Dalton sur la solubilité des gaz dans les liquides « toujours en rap-

(1) Ainsi que l'avait fait pressentir l'expérience de Périer au Puy-de-Dôme et celle de Pascal à la tour Saint-Jacques, il fut établi que la pression atmosphérique variait d'un millimètre par io"',5o d'altitude.

(2) Voir : Jourdanet. Influence de la pression de l'air, etc. Ouvrage cité p. i5.

Il en résulte que pour un poids double, le volume devient la moitié de ce qu'il était auparavant ; et dans un ordre inverse, si la compression diminue d'un tiers, d'un quart, le volume devient trois et quatre fois plus considérable. Celte formule, si elle est absolument vraie, indiquerait que la dilatation de l'air n'a pas de limites ; car on peut comprendre que les obstacles qui lui sont opposés soient susceptibles d'une diminution indéfinie.

Il n'en est rien. En réalité, la force qui agit sur les gaz pour les dilater est toujours moindre à mesure que le volume augmente.

ÎNous sommes peu renseignés, du reste, sur la hauteur de notre atmosphère. « Il faudra pour nous donner quelques notions sur ce point que quelque méthode optique nouvelle soit inventée.

Déjà, en tenant compte des phénomènes de réfraction, quand le soleil se lève ou se couche, on a pu voir que la partie de notre atmosphère qui influe sur les appareils de mesure est d'au moins 7:") 000 mètres et Liais a même reporté celte limite à 320 00a mètres. » (P. IIegnard.)

MACHINES A COMPRIMER OU A RARÉFIER L'AIR &i

port avec la pression cpie le gaz exerce à la surface du liquide dissolvant ».

Désormais, l'action physiologique de l'air comprimé et raréfié pouvait être éludiée. Et, s'il est vrai que la découverte des machines à comprimer l'air (soufflets) ou à le raréfier (ventouses) remonte à la plus haute antiquité, l'interprétation des effets de ces machines est récente et date, ainsi que nous venons de le voir, du xvn c siècle.

§ 2. — Machines a comprimer ou a raréfier l'air.

Les machines à comprimer l'air étaient connues d'Aristote qui parle dans les Problèmes d'une cloche à plongeur (i).

Si nous en croyons Polybe, Annibal avait imaginé un appareil destiné à aller sous l'eau et Celse connaissait les ventouses qui, comme l'on sait, sont de véritables machines à air raréfié.

Au xvi e siècle, un certain Sturmius utilisa une cloche à air comprimé pour retirer du fond de la mer les piastres des galions échoués à Capsdague.

En i538, sous Charles-Quint, deux Grecs descendirent devant la Cour dans les eaux rapides et profondes du Tage. Ils se couvrirent d'un large chaudron renversé et purent aller jusqu'au fond du fleuve, sans se mouiller, ni éteindre le feu qu'ils avaient emporté avec eux (2).

Dans un dessin conservé à la bibliothèque de l'Institut, Léonard de Vinci a tracé les traits du scaphandrier (3).

Enfin Fr. Bacon décrivit en 1620, dans soxiNovum orgànum, des cuves destinées à travailler sous l'eau et qui servirent en i665 pour retirer sur la côte occidentale d'Ecosse, près de

(1) Œuvres d'Aristote. Trad. Sainl-Hilaire. Hachette, i885. Problèmes, sect. XXXII : Des oreilles, ch. v.

Voir aussi dans la même collection : Parties et marche des animaux, livre II, ch. xvi, § 4. note 3, [>. 181.

(2) Voir : F. IIoussaï. De l'emploi thérapeu tique de l'air comprimé. Thèse, Paris, 1896, n° 307.

(3) Mss. 2037, folio 18 recto.

Id. Archives du Louvre. Disegni di Leonardo da Vinci (Carlo Giuseppe Gerli, Milanese, 1784).

h-i AIR COMPRIME. AIR RARÉFIÉ

l'île de Mull, trois des canons de l'invincible Armada coulés depuis i58S.

Cependant, la première application vraiment scientifique de l'air comprimé ne fut faite qu'en 1782 par la Société des sciences de Harlem qui inaugurait une ère nouvelle en mettant au concours les questions suivantes :

i" Décrire l'appareil le plus propre à faire des expériences sur l'air condensé de la façon la plus commode et la plus assurée ;

2 Rechercher avec l'appareil, l'action de l'air condensé dans les différents cas. S'occuper entre autres de la vie animale, de l'accroissement des plantes et de l'inflammabilité des différentes espèces d'air.

Aucune recherche n'eut de succès, mais en 1800 parut une lettre d'Achard au citoyen van Mons lui donnant des explications sur la germination des graines et la léthargie des animaux renfermés dans la cloche à compression.

Un fragment de cette lettre a été publié dans les Anna/es de Chimie (T. XXXVII, an IX) et reproduit par M. Houssay dans sa thèse (1).

Bachaumont (Mémoires secrets, XVIII e vol., année 177/1) raconte qu'une commission de l'Académie des sciences fut chargée d'examiner au Pont-Royal près de la rue deBeauneune machine destinée à permettre d'aller sous l'eau (23 juin 1774)-

A la même époque, Edmond Halley (1716), Martin Triewald en Suède (1782), Leupold en Allemagne (1774), Backer et Charles Spalding en Angleterre (1775), l'abbé de la Chapelle à Paris (1779) et enfin Smeaton et Rennie (1788), ingénieurs anglais comme Halley, inventèrent ou citèrent des appareils analogues.

Bonaparte se servit aussi de scaphandres pour opérer des fouilles au fond du Nil.

Ces divers appareils successivement perfectionnés depuis, sont devenus le scaphandre actuel.

En 1820, avec le I) r Hamel débute la période médicale de

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