DU MATIN DU SOIR
Acide carbonique. . . . 3,346 5, 420
Oxygène. . 2 0g6,i3g 2 106,09g
Azote. . . . 7 goo,5i5 7888,481
Vol.. . . 10000,000 10000,000
La différence est donc de 2,074 pour l'acide carbonique et de g 960 pour l'oxygène sur 10 000 volumes d'air. »
(1) Union médicale, i858, p. 3l3.
C8 CLIMATOTHÉBAPIE
une entité assimilable, jusqu'à un certain point, à une eau minérale naturelle, ayant des propriétés physiologiques et thérapeutiques ? Nous ne pouvons l'admettre. L'analyse chimique la plus minutieuse ne parvient qu'à faire reconnaître sa pureté relativement à l'atmosphère confinée des centres de population. Le chimiste le plus habile ne pourra distinguer, si des étiquettes n'en indiquent la provenance, les échantillons d'air pris sur une élévation située à l'intérieur d'un continent, de ceux recueillis sur le bord de la mer ou à trente lieues au large. Où commence, où finit ce qu'on désigne ainsi ? Quelles sont les limites de l'influence physiologique de cette atmosphère par rapporta une ville située sur le bord de la mer?
Si donc cette expression ne signifie rien autre chose que l'ensemble des conditions climatériques qui constituent le climat d'une localité plus ou moins modifié par la proximité de la mer, comme l'air de la plaine modifié par l'altitude devient l'air des montagnes, il nous parait non seulement inutile, mais même irrationnel, d'envisager à part l'influence de l'air marin sur la santé.
C'est en comparant minutieusement telle localité maritime à telle autre, ou à telle station continentale, que nous arriverons à faire de la climatologie féconde et pratique ; mais on pourrait discuter indéfiniment sur l'air marin, et les climats en général, sans que cela devînt jamais profitable à un seul malade.
Est-il, en effet, venu jamais à l'esprit d'aucun médecin d'envoyer les poitrinaires du centre de la France respirer l'air marin à Dunkerque ou à Douvres? Non, sans doute, car les partisans, même les plus ardents de ce médicament hypothétique de la phtisie, tiennent, au fond, beaucoup plus compte des conditions d'élévation, de constance de température, de pureté du ciel que des particules salines entraînées par la brise du large, des émanations iodurées ou bromurées, des acres senteurs des varechs, etc.
Qu'y a-t-il de commun entre les plages du cap Nord, celles du golfe de Guinée ou de la Californie, si ce n'est la vue de la mer?
Enfin, que les partisans de l'air marin veuillent donc bien
indiquer à leurs confrères des points on ils pourront envoyer les pauvres phtisiques qui encombrent leurs salles d'hôpital et qui meurent chaque jour en regardant la mer qu'ils voient de leur lit. » [Archives générales de médecine, octobre et novembre i863.)
Le Roy de Méricourt, de son côté, montrait les difficultés que comporte le traitement de la phtisie par la navigation :
« Toutes les statistiques possibles ne feront jamais admettre à ceux qui ont l'expérience de la mer et de ses hasards que l'habitation prolongée à bord d'un navire puisse être, pour des valétudinaires, d'une utilité supérieure à la somme des inconvénients qui en sont inséparables...
« Il faudrait armer exprès un bâtiment dans des conditions exceptionnelles de confortable, y embarquer un certain nombre de sujets prédisposés à la phtisie ou n'offrant que les symptômes du premier degré, après les avoir soumis à l'examen minutieux d'un médecin habile, qui aurait constaté leur état et leurs prédispositions morbides, et les suivrait à bord. On enverrait, pendant la belle saison, cette maison de santé flottante, croiser au large dans une zone déterminée à l'avance. M. Gigot-Suard (i) la circonscrit entre le 28 e et le 46 e degré de latitude boréale, et le 3o° de longitude occidentale et orientale (c'est-à-dire toute la Méditerranée, le golfe de Gascogne, les parages de Madère). Il faudrait couper la monotonie de cette croisière par des relâches fréquentes, nécessitées d'ailleurs par le renouvellement des vivres frais ; il faudrait surtout éviter de recevoir au large un de ces rudes coups de vent que l'on rencontre, même pendant la belle saison, clans l'archipel ou le golfe de Lyon. Pareil incident pourrait en effet gravement compromettre la santé des passagers et engager bon nombre d'entre eux à profiter de la première relâche pour ne plus rentrer à bord ; ils préféreraient, nous le craignons, la plus humble cabane, dans un site pittoresque, à la chambre la plus luxueuse du plus beau steamer.
(1) Guide pratique dans les régions du globe les plus propices à la guérison des maladies chroniques, p. 100 (noie de Le Roy de Méricoukt).
7 o CLIMATOTHÉBAPIE
« Avouons-le, l'expérience dont nous venons d'esquisser le programme est impraticable... Nous admettons cependant que, pour remplir une indication du moment, une courte traversée, dans la belle saison, sur un navire bien installé, peut offrir des avantages (i). »
Est-ce à dire que l'atmosphère maritime soit définitivement interdite aux phtisiques ? Nous ne le croyons pas. Les observations des anciens, celles de quelques médecins modernes ont montré l'heureuse influence de cet air pur sur certaines formes de tuberculose. Pour nous, l'argumentation, en apparence « inexorable », des médecins de la marine ne nous a pas convaincu.
Carrière avait jeté le doute dans notre esprit, en montrant à propos de la maladie de l'Impératrice d'Autriche (2), les ressources qu'avaient pu fournir certains climats marins (Madère et Corfou) contre une tuberculose manifeste, diagnostiquée par les médecins les plus célèbres de l'Europe.
La relation d'un voyage au long cours, faite en 187 1 dans un journal anglais, vient confirmer nos doutes (3). Nous empruntons à M. Gouraud (4) les traits principaux de la relation du D r Roderick Maclaren qui a dirigé ce voyage :
« Le D' Maclaren, phtisique lui-même, s'est embarqué pour l'Australie avec plusieurs malades atteints de phtisie à des degrés différents.
Le voyage n'a été utile qu'à ceux dont la lésion était peu avancée; Maclaren déconseille formellement le voyage de long cours aux malades dont la lésion pulmonaire est profonde et généralisée.
Il ne le conseille qu'à ceux qui peuvent réunir toutes les conditions d'hygiène et de soins nécessaires.
(1) Le Roy de Mérjcourt. Archives générales de médecine, G e série, tome 2, i863, juillet-décembre, p. 557 et 55g.
(2) Carrière. Les climats de l'Océan et de l'Adriatique dans la maladie de S. M. l'Impératrice d'Autriche. Union médicale, i863.
(3) Voyez : Article du D r Roderick Maclaren dans The British and Foreign medicochirurgical Review, janvier 1871, intitulé : On a long Sea voyage in Phthisis pulmoualis. Bibl. Nationale: T^l.
(4) H. Gouraud. De l'action des différents climats dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Note lue à la Société médicale d'émulation de Paris. Paris, Malteste, 1872.
Pour ces malades et dans ces conditions, le voyage en Australie lui a paru essentiellement favorable, malgré la fatigue produite chez plusieurs personnes par le passage de la ligne, où le calme et la température sont réellement oppressifs ; c'est ce point du globe où on peut être retenu plusieurs semaines par un calme étouffant et énervant, si difficile à supporter pour les constitutions faibles, les enfants, les valétudinaires, que le lieutenant Maury, dans sa Géographie physique de la mer, a si bien décrit et qu'il a appelé un effrayant cimetière placé sur la route du pays de l'or.
Lui-même, le D r Maclaren, n'en a cependant pas souffert.
Il a remarqué que le traitement alcoolique, si utile à quelques malades, était merveilleusementsupporté en mer, et cite un malade qui prenait tous les jours, à son grand avantage (?), 4 onces d'eau-de-vie et une pinte d'ale. De même le régime gras et salé, très bien assimilé, augmentait rapidement et notablement les forces.
Le résultatdu voyage qui a compris 92 beaux jours, 2ojours de petites pluies et 20 jours de grandes pluies, a été la cessation de la toux, une bien plus grande liberté de respiration, la cessation des héinoptysies, l'augmentation des forces et l'augmentation notable du poids du corps.
Avant de s'embarquer, Maclaren toussait et avait une expectoration muqueuse depuis neuf mois, avait eu plusieurs héinoptysies depuis six mois, avec pleurésie à gauche à la base, des sueurs nocturnes, de l'amaigrissement, et, comme signes physiques de tuberculisation, de la matité au sommet du poumon gauche, une expiration prolongée avec retentissement de la voix sur ce même point.
A son retour en Angleterre, il n'y avait plus de toux ni de douleur thoracique : encore un peu de brièveté de la respiration en marchant, encore un peu de faiblesse respiratoire au sommet gauche, mais une bonne sonorité. Augmentation du poids de 36 livres ; il est vrai que la livre anglaise ne pèse que 453 grammes. Santé générale excellente.
Le voyage avait été entrepris à la fin de novembre 1866, et c'est en décembre 1870, après quatre années de bonne santé soutenue, que Maclaren écrit sa relation.
73 CLIMATOTHÉRAPIE
Maclaren cite trois malades, partis clans un état analogue au sien, qui sont revenus en très bonne santé et avec une augmentation de poids marquée. Il en cite d'autres d'un état beaucoup plus avancé, auxquels on avait donné le mauvais conseil de faire le voyage, et qui ont succombé dans la traversée ; ce qui devait être.
Quoiqu'on put désirer plus de détails et plus de précision dans les observations du D r Maclaren, il fautconvenir que le résultat du voyage d'Australie sur lui et sur plusieurs autres malades atteints de toux, d'hémoptysies, d'amaigrissement, de sueurs nocturnes, et présentant à l'un des sommets de la poitrine des phénomènes physiques fort suspects, ce résultat est de nature à inspirer quelque confiance dans une navigation bien disposée et bien gouvernée. Ce sont des observations de ce genre multipliées qui éclairciraient la question de l'influence de la respiration de l'air pur de la mer pour les phtisiques. »
En résumé, si l'on veut apprécier d'une façon scientifique l'influence de la navigation sur la tuberculose comme sur la plupart des maladies, il ressort de tout ce qui précède qu'il faut regarder plus à la qualité qu'à la quantité des observations.
Il conviendrait, à notre avis, de faire un choix parmi les malades. La navigation n'est pas favorable à tous les tuberculeux, l'expérience l'a démontré ; elle n'est pas non plus défavorable à tous, puisqu'elle en a guéri quelques-uns. C'est simplement une arme dangereuse à manier, et dont il faut user avec la plus grande prudence.