‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 23 sur 87 · SS CLIM A TO THÉRAPIE · texte numérisé non relu

SS CLIM A TO THÉRAPIE

Aussi la cure d'altitude est-elle née de l'empirisme et les expériences scientifiques qui l'ont précédée et celles qui ont suivi sa découverte, ont servi seulement à éclairer sur ses ressources, tout en expliquant son action.

Vers i85o, les médecins anglais de l'Inde et les médecins américains des montagnes rocheuses (i), constatèrent pour la première fois, non sans étonnement, que la phtisie était exceptionnelle chez les soldats cantonnés sur les hauteurs. La même année, le pasteur protestant Kraenbuhl qui évangélisait les villages du Batenberg, s'aperçut que les enfants des montagnards au milieu desquels il vivait, étaient plus robustes que ceux des environs de Berne et surtout de Zurich. Il prit avec lui quelques enfants malingres de ces deux villes ; leur santé se rétablit; le fait fut connu, et dès cette époque quelques malades s'installèrent dans la région et se soumirent à la cure d'altitude.

En i853, Fuchs publia dans sa Géographie médicale (2) une série de tableaux statistiques qui le conduisirent à établir <( que la phtisie pulmonaire est d'autant plus rare que le sol est plus élevé ». Les-médecins du Pérou et de la Bolivie affirmaient de leur côté, que la phtisie était presque inconnue dans les hautes régions de l'Amérique du Sud « et que les rares victimes qu'elle y faisait étaient des créoles, descendants d'Européens, qui pouvaient avoir apporté avec eux le germe d'une maladie qui n'atteint jamais les Indiens, anciens habitants du pays ».

Ces appréciations choquaient les idées reçues. En 1818, au contraire, le D r Mansford avait publié un ouvrage destiné à montrer qu'en Angleterre, les phtisiques étaient d'autant plus nombreux que le lieu de leur habitation était plus élevé audessus du niveau de la mer (3).

(1) Wood. Medic, and stat. report on the sick'ness and mortality in the U.-S. army i83(|-i85/|. Washington, i85(5, 81.

(2) Fuchs. Medizinische Géographie. Berlin, i853, in-8". Bihl. Nat. : Tcjj.

(3) Mansford. An inquiry ihto the inlluence of situation on pulmonary consumption, in-8 u . London, 1818.

De même Locher-Balber dit (1), qu'en 1837 et 1839, les maladies tuberculeuses ont été trouvées deux fois plus fréquentes dans les régions montueuses du canton de Zurich que dans les localités situées au bord du lac.

En i85G, Lombard étudia le premier avec exactitude l'atmosphère des hauts sommets. Dans son livre intitulé : Des climats de montagne (2), il s'est livré à une enquête approfondie sur la fréquence de la phtisie chez les montagnards.

« Quant à notre Europe, dit-il, je n'ai trouvé aucune mention de la phtisie pulmonaire parmi les maladies qui atteignent les habitations les plus élevées de nos Alpes, telles que le Saint-Bernard ou la Grande-Chartreuse. Quanta Briançon, le D r Albert m'écrit qu'il faut des circonstances tout à fait exceptionnelles de misères ou d'excès pour développer quelqu'une des maladies tuberculeuses, si fréquentes dans les basses vallées de nos Alpes.

« Des observations semblables ont été faites à Chamonix par le D r Michon ; clans les montagnes de la Tarantaise, par le D r Savoyen ; de la Styrie par le D r Flechner, et de la vallée du Rhône, par le P r Lebert; ces trois praticiens s'accordent à déclarer que la phtisie pulmonaire est plus fréquente dans les pays de plaine que sur les hauteurs environnantes (3). »

Lombard indiquait encore combien il était facile de réfuter les conclusions de Mansford et de Locher-Balber, car ces deux médecins n'avaientobservé que des localités montueuses il est vrai, mais situées à des hauteurs peu considérables. On pouvait donc conclure avec assez de certitude que si les basses vallées ou les régions moyennes des Alpes possédaient un grand nombre de phtisiques, cette maladie devenait de plus en plus rare à mesure qu'on s'élève, « de telle manière, disait Lombard, qu'au-dessus de mille mètres, on n'en rencontre que quelques cas isolés, et qu'à quinze cents mètres la phtisie

(1) Schweizerische Zeitschrift fur Nalur und Heilkunde. i84 1 .

(a) Lombard. Des climats de montagne considérés au [joint de vue médical. Genève,

i856. Bibl. Nat. : Tc^,.

(3) Lombard. Ouvrage cité, p. 3o.

go CLIMATOTHERAPIE

pulmonaire disparaît complètement. Cette zone phtisique, au-dessus et au-dessous de laquelle ce genre de mal diminue ou disparaît, pourrait être approximativement fixée entre 5oo et iooo mètres. »

Pouvait-on conclure de ces observations, même si elles étaient exactes, que la tuberculose pouvait être guérie par l'altitude ?

On objecta que l'immunité d'un lieu, relativement à la phtisie, ne permettait pas de juger absolument de l'influence favorable de ce lieu pour la prophylaxie et le traitement de cette maladie.

Lombard trouva, sans doute, que les exemples qu'il avait cités, établissaient une présomption en faveur de la cure d'altitude : il s'en servit pour ses malades, en apportant quelque restriction. C'est ainsi qu'il la considérait comme néfaste à certains phtisiques confirmés « dont la maladie marche avec plus de rapidité sur la hauteur que dans la plaine. La crainte des hémoptysies, disait-il, doit également empêcher d'envoyer à la montagne ceux qui sont menacés de cet accident.

Mais lorsqu'il n'y a pas de fièvre hectique et que les tubercules sont peu avancés, il n'est pas rare que la maladie soit enrayée par le séjour dans une localité élevée, pourvu qu'elle soit exposée au Levant ou au Midi ». Il recommandait comme station d'altitude, Mornex (A97 à 566 mètres) (1).

Après lui Biagio Gastaldi (2), Jourdanet (3), Guilbert (4), Pietra-Santa (5) et Schnepp précisèrent peu à peu les connaissances sur la valeur de la cure d'altitude.

(1) Ouvrage cité, p. 48.

(2) Gastaldi (Biagio). Inlluenza salutare del clima délia montagna nella cura délia lisi pulmonare incipiente. Torino, 1860, in-8°.

(3) Jourdanet. Le Mexique et l'Amérique tropicale, hygiène, climats, maladies. Paris, i864.

(4) Guilbert. De la phtisie dans ses rapports avec l'altitude et avec les races au Pérou et en Bolivie, et du soroche ou mal des montagnes. Thèse, Paris, 1863, n° 162.

(5) Pietra-Santa. Mémoire lu à l'Académie de médecine de Paris (janvier 1 865), intitulé : Influence de l'air des Pyrénées sur la phtisie pulmonaire.

Jourdanet avait été précédé lui-même dans ses recherches par quelques médecins, entre autres, par Newton (i), Mùller(2), etPoncet (3).

C'est pourtant à l'intérêt qu'inspiraient ses travaux, aux polémiques que soulevait son esprit agressif, que nous sommes redevables de l'immense enquête qui se continue encore aujourd'hui, sur l'action thérapeutique de l'air des hauts sommets.

Dans le cours de l'année qui précéda les travaux de Schnepp, Jourdanet avait dit (4) que sur le haut plateau de l'Anahuac, aussi bien que sur les altitudes de l'Equateur, de la Nouvelle- Grenade, de la Bolivie, du Pérou on constatait une remarquable immunité des habitants à la tuberculose et que la phtisie acquise au niveau de la mer s'améliorait sur les hauteurs. 11 s'écriait même dans un élan d'enthousiasme : « Le jour où les hommes le voudront, le ciel de l'Anahuac éteindra la tuberculisation du poumon (5). »

En 1862, Guilbert dans une thèse parisienne vantait également l'iniluence du climat des Cordillières sur la marche de la phtisie et faisait ressortir la différence qu'offrait sous ce rapport, l'habitation de la côte américaine du Pacifique: Bolivie, Pérou, etc. Tuberculeux lui-même, Guilbert avait dû aux altitudes des Cordillières un mieux-être équivalant à une guérison.

Nous citerons encore avant d'arriver aux travaux quasi-contemporains dont l'étude ne doit pas être faite ici^ le mémoire de Schnepp paru en juin i865 dans les Archives de médecine (6),

(1) Newtox. Mecl. tojjogr. of Ihe city of Mexico. New-York, i848.

(2) MOller. Monatsblatt. lïir Medizinisch. Statistik , 1 85^, n» 6, 4i.

(3) Pokcet. Mémoires de méd. milit. i863, mars, 226.

(4) Ouvrage cité. Cet ouvrage est une seconde édition de :

Jourdanet. Les altitudes de l'Amérique tropicale comparées au niveau des mers, au point de vue de la constitution médicale. Paris, 1861, in-8 u .

(5) Ouvrage cité, p. 398.

(6) La phtisie, maladie ubiquitaire, devenant rare à certaines altitudes, comme aux Eaux-Bonnes. Presse scientifique des Deux-Mondes, Paris, i865, n° 2, p. 86, et Archives générales de médecine, juin et juillet i865.

ga CLIMATOTHÉRAPIE

parce qu'il renferme une explication théorique de l'action de la cure d'altitude qui est fausse et doit être rejetée.

Schnepp prétend que la raréfaction de l'air atmosphérique des hauts sommets constitue un avantage à raison de l'exercice plus grand qu'il demande à l'appareil respiratoire. Il explique de cette manière les guérisons obtenues. La science moderne a démontré au contraire que la principale influence de l'altitude sur l'organisme humain porte sur l'appareil circulatoire, puisque le séjour dans les hautes régions de l'atmosphère provoque l'hypercythémie.

Un autre facteur essentiel de la cure d'altitude n'était pas connu des anciens : la pureté de l'air des hautes montagnes. Il est bien parlé, incidemment, dans les ouvrages que nous venons de citer, « d'air pur des sommets », mais cette appellation était presque une figure de rhétorique et ne répondait à aucune conception scientifique véritable avant les travaux de Pasteur.

Rappelons un fait trop peu connu : ce savant s'est vivement intéressé aux études sur l'air des altitudes et il a eu la eloire d'établir, le premier, la pureté microbienne de cette atmosphère.

Ayant rempli à moitié 80 ballons d'une infusion de levure de bière sucrée, préalablement bouillie, il ferma les ballons ainsi stérilisés et vides d'air, à Paris, et partit pour les Alpes.

Avec toutes les précautions voulues, il ouvrit ses ballons, laissa entrer l'air et referma la pointe à la lampe.

Vingt ballons furent ouverts à la campagne, près de Dôle : huit se mirent à fermenter, vingt autres furent remplis d'air sur le Jura (85o mètres); cinq fructifièrent.

Les vingt derniers furent transportés sur la mer de Glace, au Montanvert (2000 mètres). Un seul s'altéra légèrement.

A Paris, les vingt ballons ouverts à l'École normale fructifièrent tous sans exception (1).

Ces résultats si curieux furent confirmés plus tard par Miquel et Freudenreich ainsi que l'établit le tableau suivant:

(1) IUgnard. Ouvrage cité.

LA CLIMATOTHÉRAPIE ET L ATMOSPHÈRE DES MONTAGNES g3

Nombre des bactéries trouvées dans io" 3 d'air analysé à des époques fort voisines:

i° A une altitude variant de 2000'" à /1 ooo™. 2 Sur le lac de Thoune (55o m )

3° Au voisinage de l'hôtel Bellevue (56o"

li° Dans une chambre du même hôtel.

5° Au parc de Montsouris 7 Goo,o

6° A Paris (rue de Rivoli) 55 000,0 (1).

On le voit, la connaissance du mode d'action et des indications de la cure d'altitude est une acquisition scientifique récente. Elle est la conséquence des recherches de Jour-

Tableau publié par les médecins américains

(emprunté à M. Regkard)

Pays de montagnes.

Arizona. .

Colorado.

Idaho.

Montana.

Nevada.

New-Mexico.

Utak.. . .

Wioming.

Connecticut.

Columbia. .

Maine. .

Massachusetts.

New-Jersey.

New- York. .

1 980 mètres.

Pays de plaines.

Tableau publié par les médecins suisses (emprunté à M. Regnard)

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