‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 28 sur 87 · OPS · texte numérisé non relu

OPS

FiG. I. — Fumerolle de Baies (Pouzzole), d'après un manuscrit de l'ancien fonds français, écrit en i3r)2. (Bibliothèque Nationale; anciennement n° 7671, actuellement n" i3i3).

iou

§ 2. — Les fumigations et les estuves d'Ambhoise Paré.

A. Paré dont les œuvres ne sont souvent, et quoi qu'on en ait dit, qu'un reflet des Anciens, A. Paré est l'inventeur d'un certain nombre de boites à fumigations dont nous reproduisons quelques dessins (fig. 2 et 3, p. io5et 106). Ces gravures sont accompagnées dans le texte d'A. Paré d'un commentaire amusant et précieux tout à la fois, puisqu'il nous renseigne sur le mode de chauffage des étuves publiques au xvi e siècle:

Des estuves. — « Les estuves sont seiches ou humides. Les seiches sont faites avec une évaporation d'air chaud et sec, qui en eschauffant tout le corps, ouvre les pores d'iceluy, et

Fig. 2. — Étuve humide d'Ambroise Paré.

A. Marmite dans laquelle on faisait bouillir les plantes. B. Baignoire close. C. Second foiid de baignoire percé de trous pour le passage de la fumée.

esmeut sueurs. On peut exciter et faire telle évaporation d'air chaud et sec en plusieurs manières : communément et publiquement est faite, tant en ceste ville, qu'en autre lieu où sont estuves publiques, avec un fourneau vouste' sous lequel on fait cjrand feu,k fin que ledit fourneau estant eschauffé, puisse faire telle évaporation. Toutesfois chacun en fait faire particulièrement, avec telle industrie et artifice.

FUMIGATIONS ET ESTUVES io5

On peut mettre en une cuve des pierres de grais rouges et ardentes, entre lesquelles sera assis nud le patient bien couvert, et l'exhalation seiche desdits grais estant ainsi enclose en ladite cuve, eschauffera etesmouvera sueurs : toutesfois de peur que les grais ne bruslent la cuve, les faut poser sur tuilles ou lames de fer. Et davantage, faudra avoir diligemment esgard au patient, et l'entrevoir de fois à autre : car il est advenu quelques fois qu'iceux, par nonchalance des assistans ou gardes, estans délaissés seuls, venans subitement à s'esvanouïr par trop grande dissipation des esprits, causée par la chaleur de l'estuve, et tombant sur les pierres ardentes, ont esté retirés demy-morts et bruslés.

Aucuns prennent telles estuves seiches en un four, après qu'on a tiré hors le pain: mais elles sont fort incommodes, à cause que le malade n'y peut pas demeurer à son aise.

Les estuves humides sont faites avec une vapeur ou fumée chaude et humide : telle vapeur se fait par décoction des racines, feuilles, fleurs et semences des herbes, lesquelles on fait bouillir avec eau ou vin, ou tous les deux ensemble, en une marmite bien close et lutée, et l'ébullition et vapeur de telle décoction est conduite par tuyaux et canaux de fer-blanc, lesquels s'insèrent en une cuve ayant deux fonds, dont le second est troué et percé en plusieurs endroits, à fin que ladite vapeur ait sortie de toutes parts, et puisse eschauffer et ouvrir les pores du corps pour suer. La cuve sera bien garnie de couvertures par-dessus : le patient aussi, ayant la teste couverte et hors de la cuve, s'asserra sur une petite selle dans ladite cuve, et suera à volonté, avec telle chaleur qu'il luy plaira. Car la chaleur est modérée par le bénéfice d'un trou estant au haut des tuyaux, lequel on destoupe lors que la chaleur est trop grande, autrement non : telle vapeur est fort plaisante à sentir, et donne plaisir en suant, comme tu peux voir par ceste figure (fig. 2).

« Si l'on n'a tels tuyaux, on peut faire telles estuves humides, ainsi qu'il s'ensuit. Faut faire cuire les herbes en un chauderon, puis les mettras aux pieds du patient en la cuve, estant bien couverte par-dessus: et pour exciter vapeur humide, faut mettre pierres de grais ardentes dans le chau-

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deron : car elle bouillira en la décoction, et excitera grandes vapeurs humides qui esmouveront sueurs (1). »

Pour encores mieux faire, tu pourras user de ce tonneau (fig. 3), dedans lequel le patient sera nud, et assis au milieu sur un ais pertuisé à l'endroit des parties génitales. Puis y aura un chauderon entre ses jambes, où l'on posera les pierres eschauffées : et par la petite fenêtre, tu arroseras les dites pierres de la liqueur susdite (eau-de-vie et bon vinaigre meslée ensemblément par parties égales) la fumée de laquelle le patient recevra commodément sur la partie affectée. Mais il faut que ledit patient soit bien clos et couvert dedans le tonneau, de peur que la vapeur ne se perde : et que la petite fenestre soit pareillement bien close.

Telle évaporation pénètre, incise, discute, liquéfie, mollit et ressout grandement toutes duretés scirrheuses (2). »

Fig. 3. — TonDeau pour fumigations d'Ambroise

Parc.

§ 3. — Fumigations mercurielles et sulfureuses.

A la fin du xv e siècle, les fumigations mercurielles étaient déjà employées contre «la maladie vénérienne». En i5o2, Jacques Catanée, de Lacu-Marcino, en i5o6, Angelo-Bolognini assurent en avoir obtenu des effets merveilleux (3).

Au dire d'Astruc qui donne de ces fumigations la description suivante, l'administration devait en être très pénible :

« Les parfums se composaient avec du mercure éteint avec de la salive ou de la térébenthine, ou bien avec du cinabre et d'autres choses grasses et huileuses, propres à s'enflammer, à brûler longtemps, à jeter de la fumée : i" des résines ou des gommes, comme l'encens, le mastich, l'oliban, la myrrhe,

(1) A. Pake. Œuvres. Édit. Malgaigne, t. III, p. 6oi, 602.

(2) A. Paré, Œuvres. Édit. Malgraine, t. II, p. 568.

(3) Cf. article : Fumigations, par L. Hahn, in : Dictionnaire encyclopédique deî sciences médicales. Paris, i883.

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le styrax, le benjoin, l'opoponax, la gomme de genièvre, etc.; 2 des aromates, comme la noix muscade, le macis, etc.; 3° des bois résineux, comme ceux d'aloès, de genièvre, de pin, de santal, etc. Ayant pulvérisé ces différentes drogues, on les réduisait en trochisques avec la gomme adragante, ou bien on en faisait un opiat avec la térébenthine. Lorsqu'il fallait s'en servir, on plaçait le malade assis ou debout, et entièrement nu, dans un pavillon ou archet, et on l'obligeait de tenir la tête dedans, ou on lui permettait de la mettre en dehors, suivant ses forces. On mettait à ses pieds un réchaud plein de charbons ardents, sur lesquels on jetait à diverses reprises, par une fenêtre pratiquée exprès, quelques trochisques ou tablettes de parfum, et on laissait le malade exposé tout entier à la fumée qui s'en exhalait, jusqu'à ce qu'il suât abondamment, à moins qu'il ne fût en danger de tomber en défaillance. Ensuite, on le couchait dans un lit chaud et on le couvrait bien, afin de le faire suer encore davantage. Une heure ou deux après, on l'essuyait et on lui donnait de la nourriture. On réitérait cette pratique pendant quelques jours de suite, jusqu'à ce que la salivation parût. »

Fracastor, qui paraît avoir été un clinicien remarquable, n'aimait pas les fumigations de cinabre et ne les administrait que localement sur le bras, la jambe, pour guérir des ulcères chroniques, des gangrènes locales, etc.:

« Quelques-uns sont dans l'usage de traiter leurs malades parles fumigations de styrax, de cinabre, de minium et d'encens mêlés ensemble. Mais elles ont quelque chose de trop acre et de trop irritant, et l'effet n'en est pas certain; elles attaquent la respiration, et la rendent laborieuse et difficile. Si l'on m'en croit, on ne les emploiera jamais pour le corps entier ; mais elles peuvent être fort utiles pour les membres infectés de pustules et d'ulcères rebelles (i). »

(1) J. Fkacastor. Syphilis ou le mal vénérien arec la traduction en françois et des notes. Paris, 1796, chez le C" Lucet, p. 76, lib. II, v. aC5 et suiv.

M. Fournier apprécie comme il suit ce passage : « On ne dirait ni mieux, ni autrement de nos jours, et cette appréciation de Fracastor sur les fumigations mercurielles pourrait être donnée comme le dernier mot de la science contemporaine. » (Trad. Fournier. Paris, 1869, in-8°.)

ioS LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA CHALEUR

Benedictus Victor (i) et Fallope (i5G4) condamnent eux aussi les fumigations. Fallope voudrait même les voir bannir de la thérapeutique.

Suivant toute vraisemblance, les accidents observés à la suite de ces fumigations étaient dues aux fortes doses de cinabre employées (4 gros à i once = 3 gr ,75 à 3o grammes) ainsi qu'à la fréquence des fumigations (2 par jour). M. Hahn dit aussi que l'imperfection des appareils était très dangereuse et que les médecins provoquaient souvent la suffocation du malade en lui prescrivant de rentrer la tête sous "le couvercle de la machine. C'est, en effet, ce qui ressort d'un passage du Musa Brasavole (i534) qui, méconnaissant la vraie cause de la mort du malade, l'asphyxie, l'attribuait à l'apoplexie (2).

Ces accidents rendirent prudents et peut-être pusillanimes quelques praticiens, dès le xvi c siècle (3), et les fumigations ne furent reprises qu'au xvn c siècle, grâce aux perfectionnements apportés dans les appareil s par Gla uber (4) etLalouette(5).

Jusqu'à Lalouette on s'était servi pour les fumigations, soit de cinabre, soit de réalgar et d'orpiment, associés au cinabre. Lalouette remit en vogue les vapeurs mercurielles. Enfin l'appareil de d'Arcet (6) rendit pratiques et souvent très efficaces les fumigations hydrargyriques.

Les fumigations sulfureuses eurent moins de vogue que les vapeurs de mercure ou plutôt elles répondaient à une maladie moins généralisée que la syphilis. On les employa cependant avec succès du xvi c au xix" siècle, depuis Glauber (1659), jusqu'à Gales (i8i2)(7), contre la gale.

(1) Benedictus Victor. De morbo gallico liber. In A. Luisinius. Aphrodisiaeus sive de lue venerea. Éd. Bœrbaave, Lugd. Batav., 1728, in-fol., col. 634, 635.

(2) là., ibid., col. 687.

(3) Nicolas Massa et Alex. Traj. Petronius, par exemple.

(4) Glauber. Pharmacopœa spagyrica. Amstelodami, i654-i66g.

(5) Lalouette. Nouvelle méthode de traiter le mal vénérien. Paris, 1776, in-8°.

(6) DArcet (J.P.J.). Description des appareils à fumigation. Paris, 1818, in-4°.

(7) Gales (S.-C). Essai sur le diagnostic de la gale, sur ses causes et sur les conséquences médicales pratiques à déduire des vraies notions de cette maladie. Th'ese, Paris, 1812, n° i5i.

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