‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 29 sur 87 · CAUTÉRISATION · texte numérisé non relu

CAUTÉRISATION

S k. — Cautérisation.

L'usage des cautères actuels est extrêmement ancien, ainsi (|ue nous l'apprend Hippocrate qui raconte que les femmes guerrières Scythes n'ont pas de mammelle droite « parce que, pendant leur enfance, leurs mères ont soin de la brûler, en y appliquant après l'avoir fortement chauffée une machine de fer fabriquée à cet effet en forme de mammelle (i) ». Les Scythes nomades portaient pour la plupart à cette époque des cicatrices de brûlures sur les épaules, les bras, les poignets, la poitrine, les hanches et les reins, cicatrices qu'Hippocrate attribuait à l'application de cautères (2).

Hérodote dit, lui aussi, que les Libyens, peuples d'Afrique qui vivaient de leurs troupeaux, avaient l'habitude de brûler avec de la laine grasse le sommet de la tète ou les tempes de leurs enfants, dès qu'ils avaient quatre ans. Ils prétendaient prévenir ainsi « les fluxions de sérosité qui viennent de la tète (3) ».

Les Arabes, puis les Turcs et les Egyptiens cautérisaient avec un fer chaud, une mèche ou du linge enflammé, les malades souffrant de maux de tète ou « de fluxions d'humeurs sur quelques parties du corps ».

« Il est évident, dit Prosper Alpin, par les cicatrices dont la plupart des Arabes sont couverts, qu'ils ont été cautérisés en différentes régions, par exemple en plusieurs endroits de la tête, comme au sinciput, à l'occiput et ailleurs, aux tempes, derrière les oreilles, au cou, sur la poitrine, aux côtés, aux hypochondres, au-dessous du nombril, à l'épine du dos, et aux articulations des bras, des mains, des jambes et des pieds. » Alpin affirme aussi que les habitants de l'Egypte

(1) Hippocrate. Dos airs, des eaux et des lieux, in : Encyclopédie des sciences médicales, op. cit., t. I er , p. g3.

(2) Id., ibid., p. Ç)5.

(3) Hérodote. Livre IV.

,,o LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA CHALEUR

regardent l'opération du cautère comme un spécifique admirable dans plusieurs maladies qui résistent aux autres remèdes. « Leur coutume, dit-il, n'est pas de se servir de fer, d'or, de quelque autre métal rougi, ou de bois enflammé, mais de coton ou de linge enflammé. Lorsqu'ils ont quelque partie du corps à cautériser, ils prennent un morceau de linge d'une coudée de long et de trois doigts de large ; ils prennent une quantité suffisante de coton qu'ils enveloppent de cette bande, «t à laquelle ils donnent la forme d'une pyramide, en cousant artistement la bande sur le coton ; ils appliquent la base de cette pyramide sur l'endroit où ils veulent faire l'opération, observant qu'elle touche partout bien exactement ; ensuite ils mettent le feu au sommet ou à la petite extrémité, qu'ils laissent brûler jusqu'à ce que le linge et le coton soient entièrement consumés; mais, de peur que la chaleur ne cause de l'inflammation ils appuient continuellement un fer sur la chair qui est autour de la base du cône, et cela pendant tout le temps que la peau brûle. J'oubliais de dire qu'en construisant cette pyramide de coton, ils pratiquent depuis son sommet jusqu'à sa base un petit canal, par lequel le feu puisse pénétrer du sommet du cône à la peau. Cela fait, ils mettent de la moelle d'animaux sur l'endroit où ce cautère a été appliqué jusqu'à ce que l'escarre tombe. Ils ont recours à ce remède dans plusieurs maladies invétérées, soit aux genoux, soit aux articulations et à d'autres parties du corps, surtout lorsque ces maladies sont causées par une chute d'humeurs froides, par une intempérie de la même nature, ou par quelque fluide engendré dans la partie même, ou qui y a été porté de quelqu'autre partie, et qui y est en stagnation (i). Cette manière de cautériser guérit et dissipe ces maladies opiniâtres, corrige la faiblesse des parties, résout les humeurs grossières, discute les flatulences, réchauffe les articulations, les dessèche puissamment et les fortifie (2). »

(1) Arthrites tuberculeuses, hydarthrose, etc.

(2) Dictionnaire de James. Ouvrage cité. Art. Causlica.

Cf. : P. Alpini de medicina Aegyptiorum libri quatuor. Editio ultima. Parisiis, i645, 99 a.

Page 1