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CAUTÉRISATION

D'Euriphonde Cnide à Hérodote le médecin (i), les cautères avaient eu durant toute l'antiquité une réputation excellente et d'ailleurs assez méritée. Les guérisons étaient nombreuses qui leur étaient dues, aussi bien dans les affections des voies respiratoires que dans le rhumatisme et la goutte. Les anciens Japonais et Américains employaient aussi le feu contre diverses maladies, mais chez aucun peuple la cautérisation n'eut autant de vogue que chez les Arabes et les Arabistes, sous l'influence sans doute d'Albucasis qui en avait fait une panacée :

« Ils cautérisaient dans l'empyème, ils enfonçaient un fer rouge dans les abcès du foie, dans le bas-ventre des hydropiques; ils ouvraient la vessie urinaire avec un scalpel rougi au feu, pour faire l'extraction de la pierre; ils se servaient d'un cautère actuel contre l'hydrocèle et contre les ulcères de l'intestin rectum; ils ont osé consumer par le feu les polypes des narines ; ils brûlaient les téguments dans les hernies ; ils traitaient par le fer rouge les fistules à l'anus et les chûtes du fondement, consumaient par ce moyen les fongus, les varices, les tubercules, les ulcères rongeants de la verge; ils corrigeaient l'union contre nature des narines, des doigts, des lèvres, du vagin à l'aide du feu; ils brûlaient le frein de la langue trop long (2). »

Une réaction se produisit dès le xvn" siècle et le feu rencontra de plus en plus de détracteurs, si bien qu'en 1755, Louis pouvait écrire :

« Depuis la découverte de la circulation du sang la doctrine fondamentale de l'art de guérir a changé de face... les chirurgiens ont cultivé l'anatomie, les opérations se sont perfectionnées, parce que les maîtres de l'art ont mieux connu le corps humain et les maladies qui l'attaquent; ils ont inventé beaucoup d'instruments nouveaux; le feu a inspiré de l'aversion ; on s'est servi des cautères potentiels dans tous les cas où l'instrument tranchant ne pouvait avoir lieu. Les progrès de

(1) Cf. Oribase. Ouvrage cité, t. II, p. 407.

(2) Mémoire sur l'emploi du cautère actuel, par un anonyme ; prix de l'Académie de chirurgie, édit. de 1819, t. III, p. 33o.

ii2 LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA CHALEUR

la chimie, qui a multiplié les caustiques, ont peut-être contribué à l'omission de la pratique de cautériser avec le cautère actuel, etc.. (i). »

Cependant l'avis de Louis n'était pas partagé par tous ses confrères et bien que la mode fût aux caustiques, en 1754, l'Académie de chirurgie proposa, comme prix, la question suivante :

« Le feu ou cautère actuel n'a-t-il pas été trop employé par les anciens et trop négligé par les modernes? »

Percy formula une réponse impartiale et juste ; il remporta le prix (2).

Bientôt la thérapeutique par la chaleur devait s'enrichir de la galvano-caustie dont la vulgarisation appartient à Middeldorf de Breslau (i854) (3) et de l'invention par le D r Paquelin, du thermo-cautère (187D).

§ 5. — L'incubateur de Guyot (4).

Paré, pour certaine plaies de guérison difficile, employait la chaleur « par la réverbération de quelques fers échauffés au feu ».

Le marquis d'Avret ayant reçu sept mois auparavant un coup d'arquebuse près du genou, avec fracture de l'os, et la cuisse étant fort « enflée, apostumée et ulcérée », la jambe « fort tuméfiée et imbue d'un humeur pituiteux », A. Paré fit appliquer autour de la jambe des briques chaudes sur lesquelles on jetait « une décoction d'herbes nervales cuites en vin et vinaigre ». Sur la cuisse et la jambe à la fois, il fit faire des fomentations d'une décoction de sauge, de romarin dans

(1) Louis. Prix de l'Académie de chirurgie, t. III, p. 284. Édition de 1819.

(2) Percy. Pyrotechnie chirurgicale pratique, ou l'art d'appliquer le feu en chirurgie. Metz, 1794.

(3) Cf. : Ciniselli. Sulla Elettro-puntura nellacura degli aneurismi..., in-4°. Pièce (1860). Bibl. Nat. . Tegî.

(4) Cf. : Richet. Do l'emploi du froid et de la chaleur dans le traitement des. affections chirurgicales. Paris, 1847 (Thbse d'agrégation).

INCUBATEUR DE GUYOT n3

du vin blanc mélangé d'autres liquides. Son malade guérit dans l'espace d'un mois.

Vers 1SA0, un médecin de Paris, Jules Guyot, songea à remettre en pratique, en les perfectionnant, ces procédés du vieux chirurgien.

Conduit par des vues théoriques particulières (i), il croyait que la température extérieure devait être un des plus puissants modificateurs de l'organisme sain, et que l'organisme malade devait trouver de nombreux moyens de guérison dans la température ambiante convenablement modifiée.

Fig. !\. — Appareil incubateur de Guyot appliqué au genou (figure extraite du Traité de

l'Incubation).

« Je pensais, dit-il, qu'en soumettant à une espèce d'incubation, semblable à l'incubation cpii détermine le développement primitif des organes, les tissus désorganisés ou altérés, cestissus devaient reprendre toute leur énergie d'organisation, ou du moins être placés dans les meilleures conditions possibles pour se rétablir dans leur état normal. » Il crut observer que les plaies sans pansement soumises à une température maintenue au-dessus de -+- 3o" guérissaient mieux et plus vite que celles qui restaient soumises à la température ambiante, avec ou sans pansement. Aussitôt il fit construire des appareils et publia des observations de guérisons.

Son livre suscita des polémiques violentes. Tour à tour

(i) J. Guyot. Traité de l'incubation et de son influence thérapeutique. Paris, i84o. Mac-Auliffe. 8

appelé « rénovateur de la chirurgie » ou « charlatan », Guyot

ne mérita ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

Nous reproduisons clans les figures 4, 5 et 6, p. n3, n4et n5, l'appareil incubateur du membre inférieur et l'appareil incubateur du visage de J. Guyot (i).

Climats chauds.

Ce chapitre devrait comprendre l'étude historique des climats chauds. Depuis Hippocrate qui voulait guérir par la chaleur ce qui avait été causé par le froid, la médecine ancienne et moderne a presque toujours conseillé (2) les voyages dans les pays chauds aux cachecti-

Fig. 5. — Incubateur de Guyot.

Appareil pelvien appliqué avec son dôme, ses sarraux et son qiies et Surtout aUX IU-

nr , •, lh f m T m -,''!i pi k h ^ berculeux. Mais dans

(Figure extraite du traite de I Incubation.) *-.^i v*

la lutte contre la tuberculose, l'action des climats chauds n'a été étudiée que

(1) On construit aujourd'hui des étuves d'air sec surchauffé pour la cure de certains ulcères et contre les rhumatismes (appareils de Tallerman et de Krause).

Cf. . G. Si.monot. De la chaleur en thérapeutique et des hains locaux d'air sec surchauffé en particulier. Paris, Carré et Naud, 1898. Bibl. Nat. : Te 7 348.

(2) Nous avons signalé au chapitre climatothérapie quelques médecins qui ont fait exception à cette règle.

TUERMOTHÉRAPIE AU JAPON

tout récemment. Les premières publications avec statistiques ayant trait à cette importante question, datent de la fin [du xix e siècle. En 1875, Williams a publié sur ce sujet une brochure que nous signalons aux intéressés (1).

Fig. G. — Incubateur de Guyot.

Appareil incubateur du visage appliqué au nez (figure extraite du Traité de l'Incubation).

La thermothérapie au Japon.

Enfin nous empruntons à une revue française publiée au Japon et dont il ne parvient à Paris que de rares exemplaires, un article du D r K. Mioura intitulé : De l'application localisée de la chaleur en médecine populaire japonaise.

(1) Ch.-Th. Williams. Étude sur les ellets des climats chauds dans le traitement de la consomption pulmonaire basée sur l'analyse de a5i observations. Traduction de l'anglais et notes par Nicolas-Duranty. Paris, Baillière et fils, 1875, in-8°.

Voir aussi: Gouraud. Op. cit.

n6 LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA CHALEUR

« En thérapeutique, nous pouvons employer différentes températures sous différentes formes : de la fomentation tiède jusqu'à la moxibustion. Tantôt encore on préférera la chaleur humide et tantôt la chaleur sèche. Dans le premier cas, on emploiera la fomentation et les cataplasmes, dans le second la cassette, la pierre chaude, etc. L'usage du sel chauffé constitue en vertu de la qualité hygroscopique de cette matière une méthode intermédiaire. Je décrirai ici différentes espèces de chauffeurs dont on fait usage au Japon en médecine populaire.

i° Le kwaïro « réchaud ou cassette chaude de poche » est à présent l'appareil dont l'emploi est le plus répandu, tant à cause de sa simplicité que de la modicité de son prix. C'est une cassette de cuivre, laiton ou fer-blanc, de forme quadrangulaire et de grandeur variable (habituellement 12 centimètres de long, 7 centimètres de large et 2 centimètres d'épaisseur). Au couvercle, percé de plusieurs trous, elle est recouverte d'étoffe. Le kwaïro présente une légère courbure, suivant le grand axe, pour lui permettre d'épouser la forme du corps ; en dedans est une traverse destinée à porter un paquet de poudre de charbon, en forme de cigare. Ce charbon pulvérisé était préparé autrefois avec une solanée (aubergine) et revenait par conséquent à un prix assez élevé ; mais, aujourd'hui, on a inventé une préparation plus simple au charbon de cannabis saliva et de Paulownia imperialis. On met donc le feu à une extrémité de cette espèce de cartouche et après l'avoir introduite dans la cassette, on ferme la coulisse-couvercle ; puis on l'enveloppe d'un morceau de drap ou d'autre étoffe.

2 Ondjakou « pierre chaude ou pierre à chauffer ». Elle était anciennement plus à la mode qu'aujourd'hui, où le kwaïro a pris sa place. On fait usage, comme ondjakou, de plusieurs espèces de pierre. Il y a d'abord une pierre blanche ou grisâtre plus ou moins poreuse (espèce de grès ou de tuf), puis une pierre tachetée de noir et vert comme la peau d'un serpent (serpentine). On fait aussi usage d'un morceau du sel impur qui se dépose par couches à la suite de l'évaporation de l'eau salée. Quelle que soit la pierre, on l'expose au feu et lorsqu'elle a été suffisamment échauffée, on la met dans une boite de bois qu'on enveloppe de drap.

THERMOTHÉRAPIE AU JAPON 117

3° « La cendre chaude » : Haï-ondjakou et le shio ondjakou « sel chauffé », enveloppés dans un papier épais, peuvent remplacer la pierre chaude.

4° Le hinoshi « carreau de tailleur » n'est pas d'un usage répandu. Quelques vieilles femmes font métier de traiter les maladies avec le hinoshi. Ce qui sert de « carreau » au tailleur japonais est un réchaud rond de métal à la sole plane et lisse ; il est pourvu d'un manche de bois. On y met un peu de braise et on l'applique sur la peau enveloppée de linge.

5° You-tampo ou mieux tampo « bassinoire » est une bouteille de porcelaine ou de faïence, avec ou sans pied d'une longueur de 20 à 25 centimètres et d'un diamètre de i3 à iô centimètres qu'on remplit d'eau chaude. On se sert aussi d'une bassinoire faite d'un disque fermé qu'on échauffe en le plongeant dans l'eau bouillante.

6° Cataplasme . — Pour faire les cataplasmes on emploie le riz, la bouillie de Fagopyrum escidentum et le konniakou, bien connu comme aliment. C'est une préparation de Conophallus konjak (Aroïdée) qu'on vend sous la forme de cubes.

7 Kiou « Moxibustion ». — Le moxa ou mogousa est préparé avec la fibre de Yarthemisia vulgaris. On pile l'herbe séchée dans un mortier, en enlevant toutes les parties vertes, et on continue jusqu'à ce qu'elle soit devenue comme de la ouate. Puis on ajoute un peu de soufre et on forme un bâton cylindrique, qu'on coupe en petits morceaux. Pour appliquer le moxa, on mouille une extrémité de la pièce et on la fixe sur la peau ; puis on met le feu à l'autre bout. La moxibustion produit une brûlure superficielle et circonscrite, qui détruit la peau jusqu'au tissu sous-jaeent.

Une autre méthode d'application du moxa consiste aie poser par-dessus une couche de « rriiso » [miso-giou). Le miso est une espèce de pâte, aliment ordinaire du peuple japonais. On l'obtient par la fermentation de fèves et de riz dans beaucoup de sel. L'application du moxa, avec intercalation de miso, agit sur la peau comme un cataplasme constamment chauffé.

Tels sont les procédés principaux de l'application localisée de la chaleur. La moxibustion exceptée, les effets de toutes ces méthodes sont presque identiques. On voit, après un cer-

n8 LA THÉRAPEUTIQUE PAU LA CHALEUR

tain temps, que les artères se dilatent, que la circulation du sang s'accélère, que la sécrétion de la peau augmente et que celle-ci se chauffe et devient molle. L'excitabilité des muscles et des nerfs augmente d'abord pour diminuer ensuite, etc.

L'emploi thérapeutique de la chaleur a d'abord sa place dans toutes les affections douloureuses de toutes les parties du corps : qu'elles soient d'origine nerveuse ou d'origine inflammatoire. Dans les affections nerveuses, par exemple, dans un cas de névralgie, de colique, de cardialgie, etc., la chaleur atténue l'intensité de la douleur. Dans la diarrhée, elle limite le mouvement péristaltique rebelle de l'intestin. Dans l'inflammation, elle favorise la maturation de l'abcès et la résorption des produits inflammatoires, surtout dans les affections chroniques des articulations, des os et du péritoine, etc.

De plus, même pour une personne bien portante, le kwaïro ou ontljakou serait très agréable par les temps froids. Il est certain qu'en hiver l'un ou l'autre de ces appareils garnirait très confortablement les manchons des dames (i). »

(i) Revue française du Japon, !\' année, nouvelle série, juin i8g5, Futsu-Gaku-Kaï Tokyo, p. 286.

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