BALNÉATION CHEZ LES HÉBREUX 12Î
dier d'abord les pratiques balnéaires du peuple juif dont la tradition écrite est relativement riche.
§ 2. — Balnéation chez les Hébreux.
La thérapeutique du livre sacré est peu recommandable en général, quoiqu'on aient dit la plupart des auteurs qui ont écrit sur la médecine juive.
Nous nous rallions, pour notre part, à l'opinion que P. Garnault émettait récemment à la Société d'Anthropologie à propos des origines de la circoncision(i). Il est impossible d'admettre que les peuples anciens aient poursuivi dans leurs premiers essais thérapeutiques, un but hygiénique, car l'idée d'hygiène est une idée absolument contemporaine. Elle résulte de l'immense accroissement des notions fournies par la science et du classement même de ces notions suivant le déterminisme général des phénomènes.
Rien de pareil dans la médecine hébraïque : les lois de Moïse n'ont pas été promulguées dans un but hygiénique ; elles ont eu quelquefois et par hasard des effets hygiéniques.
«Pour un primitif, la maladie et la mort ne sont jamais des événements naturels, mais sont toujours produites par des esprits. Il faut choisir, entre apaiser leur courroux, ou faire intervenir d'autres esprits, plus puissants, pour les combattre. Telle est l'idée mère de toute la thérapeutique médicale ou chirurgicale antique. »
Aussi l'application d'un remède est-il toujours accompagné d'une prière, d'une incantation, d'un sacrifice propitiatoire.
C'est ainsi que le Lévitique(2) ordonne au sacrificateur chargé
(1) Bulletin de la Société d'anthropologie, 1901. Voir extrait dans : France médicale, 1901, p. 3oi.
(2) Lévitique, chapitres ik et i5.
Cf. : La Sainte Bible qui contient l'Ancien et le Nouveau Testament d'après la version de J.-F. Ostervald. Paris, Société biblique britannique et étrangère, 1879.
Voir aussi dans la France médicale, 1902, n os G, g, II, 12, i3, i5, etc., D. Schapiro : Obstétrique des anciens Hébreux d'après la Bible et le Talniud, comparée avec la Tocologie gréco-romaine.
de purifier un lépreux guéri : i" de se munir de deux passereaux ; 2° d'en éfforgerun « sur un vaisseau de terre, sur de l'eau vive » ; 3" de tremper le passereau vivant, du bois de cèdre, du cramoisi et de l'hysope dans le sang du passereau défunt ; 4° d'asperger sept fois le malade de la solution ainsi obtenue; 5° de laisser aller le passereau vivant; 6" de faire laver au malade ses vêtements et de lui faire raser son poil ; 7° de le faire se laver lui-même. Après une mise en quarantaine de sept jours, le sujet devait raser à nouveau « tout son poil » et « laver ses vêtements et sa chair ->. Puis le malade offrait des agneaux au Seigneur-Dieu, se faisait oindre d'huile le cartilage de l'oreille droite et le gros orteil du pied droit. Et il était déclaré pur.
Des prescriptions aussi étranges aboutissaient heureusement aux mêmes mesures de propreté, lorsqu'il s'agissait de purifier « un homme qui perd » ou une femme « souillée » par la menstruation.
Voici, en effet, les prescriptions de Moïse au sujet des femmes menstruées :
Toute femme qui devient hémorragipare, c'est-à-dire dont le sang coule de la chair, est impure pendant sept jours, et quiconque touche une femme pareille devient aussi impur jusqu'au soir.
Tout meuble qui sert à cette femme de couche ou de siège devient impur. Celui qui touche à sa couche doit laver ses vêtements et se laver dans l'eau le soir pour se purifier. De même, quiconque touche à son siège doit aussi laver ses vêtements et le soir faire des ablutions (1).
« En outre, selon la loi mosaïque, toute femme, après l'expiration de ses jours d'impureté, devait, avant de reprendre son existence coutumière, se purifier dans de l'eau vive. Les détails de ces ablutions générales, sans lesquelles la femme, d'après la décision des théologues, restait toujours impure
(1) Lévitique, XV, ig, 23.
Voir : Sciiapieo. Obstétrique des anciens Hébreux, d'anrùs la Bible ctleTalmud, etc. r dans : Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine, igoa, tome I er , n° i, p. gg.
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pour son époux (i) étaient très minutieux (2). Aussi, dans les centres populeux, il y avait toujours un établissement spécial
Fig. 7. — Piscine des anciens Hébreux.
Reconstituée par Dandré Bardon (Costumes des anciens peuples. Paris, 1772).
connu sous le nom de « mikvah », où les menstruées se rendaient le soir pour l'accomplissement des devoirs rituels de
(1) Ioré Déa, Hilkhot Nidda, S > 97 (note de M. Schapiro).
(2) Talmud B, Traité Nidda, p. 66 b (note de M. Schapiro).
i 2 6 LA THERAPEUTIQUE PAR L'EAU
la « tebilah ». Ce n'est qu'à partir de ce moment que la vie conjugale était permise (i). »
Bardon a reconstitué dans ses livres sur les costumes des anciens peuples (2), la piscine où se lavaient les Hébreux avant et après les sacrifices.
C'était « un grand vase d'airain goudronné enrichi d'ornements et de guirlandes. Quatre tètes d'ange, de bœuf, de lion et d'aigle, placées au bas, formaient autant de robinets qui fournissaient au bassin de la piscine, l'eau pour les purifications ; car tous ceux qui avaient contracté quelque impureté légale, soit par l'attouchement des morts, par l'usage des viandes défendues, par la lèpre ou quelque souillure et accident involontaires, étaient obligés de se purifier. Les femmes mêmes après leurs couches venaient se laver dans la piscine du Tabernacle. Elles portaient alors à l'autel des agneaux, des pigeons, des tourterelles pour offrande, et le prêtre qui se trouvait en exercice achevait de les purifier par une aspersion d'eau lustrale. On purifiait de même les victimes à immoler et les portions de celles qui étaient immolées. Tous les Israélites, pour leurs purifications, avaient chez eux de grands vases pleins de cette eau lustrale, qu'ils conservaient avec grand soin (3). »
La piscine du temple de Salomon, construite sur le modèle de celle de Moïse, était une grande cuve ronde placée au milieu d'un grand bassin. Elle mesurait cinq coudées de profondeur. C'est dans le bassin qu'on venait se purifier (4) (Voir
fig. 7, p. 125).
§ 3. — Ba.lnéothérapie chez les Grecs.
Les Grecs, au contraire des Hébreux, virent dans le bain un
(1) Schai'iro. Article cité, p. io3.
(2) Bardon (Dandré). Costumes des anciens peuples. Paris, Jombert, 1772, tome I°r, 2<= partie, planche X (Biblioth. Nat. Inventaire G, 7987).
(3) Id., ibid., p. g.
(4) Fargier. De l'usage du bain chaud chez les anciens. Thèse pour le doctorat en. médecine. Bordeaux, 1898, n° 6^.