‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 33 sur 87 · BALNEOTHÉRAPIE CHEZ LES GRECS · texte numérisé non relu

BALNEOTHÉRAPIE CHEZ LES GRECS

admirable instrument thérapeutique et s'en servirent dès l'origine.

Hésiode, dans son « Traité des Œuvres et des Jours », nous montre des femmes se baignant dans les établissements qui leur étaient réservés :

« La peau délicate de la jeune nymphe, dit-il, qui n'a point encore ressenti les feux de la blonde Vénus, serait pénétrée du souffle impétueux de Borée, sans le soin qu'elle prend de se purifier par un bain salutaire et de répandre sur son corps une huile parfumée... Ne te baigne point, ajoute-t-il plus loin, dans l'eau où ta femme s'est purifiée. Cette impureté serait sévèrement punie par les dieux. »

Fig. 8. — Bains grecs de femmes. Reconstitution d'après l'antique.

D'une façon générale, les Grecs primitifs considéraient le bain et les onctions comme le soulagement le plus efficace après un travail fatigant. Ils pratiquaient le bain par aspersion d'eau tiède et le bain naturel.

Rappelons que Nausicaa, avant de mener Ulysse à son père, le roi des Phéaciens, l'avait fait baigner par ses femmes.

« Elles mènent Ulysse dans un lieu couvert, comme la princesse l'avait ordonné, mettent près de lui le linge, la tunique et les autres habits dont il avait besoin; lui donnent la fiole d'or, où il restait encore assez d'essence, et le pressent de se baigner dans le fleuve. Alors Ulysse prenant la parole leur dit :

Jeunes filles, éloignez-vous un peu, je vous prie, afin que je nettoie moi-même toute l'écume et l'ordure de la marine

dont je suis couvert et que je nie parfume avec cette essence ; il y a longtemps qu'un pareil rafraîchissement n'a approché de mon corps. Mais je n'oserais me baigner en votre présence ; la pudeur et le respect me défendent de paraître devant vous dans un "état si indécent. — En même temps, les suivantes s'éloignent et vont rendre compte à Nausicaa de ce qui les

obligeait de se retirer.

Fig. i). — Bains jurées de femmes. Recoastitution d'après l'antique.

Cependant Ulysse se jette clans le fleuve, nettoie l'écume qui était restée sur son corps, essuie sa tète et ses cheveux et se parfume ; il met ensuite les habits magnifiques que la princesse lui avait fait donner... (i). »

Homère nous apprend encore comment on préparait un bain chaud à son époque et décrit souvent des bains par aspersion :

« La reine en même temps donne ordre à ses femmes d'aller promptement faire chauffer un bain. Elles obéissent et mettent sur le feu un grand vaisseau d'airain; elles le remplissent d'eau et mettent dessous beaucoup de bois; dans un moment le vaisseau est environné de flammes et l'eau commence à frémir... (2) »

« Quand tout fut prêt, dit ailleurs Ulysse en parlant d'une nymphe de Circé, elle me mit au bain et versa l'eau sur ma tête et sur mes épaules, jusqu'à ce qu'elle eût dissipé la las-

(1) Homère. L'Odyssée. Traduction de M me Dacier. Paris, Garnier frères, p. 96. (3) Même ouvrage, p. ia3.

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situde qui me restait de tant de peines et de travaux que j'avais soufferts. Après qu'elle m'eut baigné et parfumé d'essences, elle me présenta une tunique d'une extrême beauté (i). »

Le sentiment de pudeur qu'éprouvait Ulysse à se baigner devant les femmes de Nausicaa ne lui était pas familier, non plus qu'aux autres personnages homériques. Le texte du poète est, à ce point de vue, d'une précision remarquable, bien qu'il ait été très discuté par quelques-uns de ses scholiastes : les servantes, les filles de la maison, quelquefois la maîtresse de maison elle-même donnaient le bain.

Dans la période posthomérique, les bains chauds ne jouirent plus de la même faveur. Leur invention était attribuée à Médée qui les utilisait, si l'on en croit James, dans un but thérapeutique, ce qui donna lieu à la fable qu'elle faisait bouillir des hommes vivants. Le nouveau remède aurait d'ailleurs coûté la vie à Pélias, roi de Thessalie, qui en avait voulu éprouver les effets sur ses vieux jours.

A Athènes, la fréquentation des bains chauds fut considérée longtemps comme un signe de mollesse, et les anciennes lois ne permettaient pas d'en établir dans l'enceinte de la ville, tandis que les bains froids et l'exercice de la natation étaient recommandés par les éducateurs. A Sparte, les bains chauds n'étaient autorisés qu'exceptionnellement.

Ils soulevèrent au v" siècle les protestations des défenseurs athéniens de l'antique discipline (àp-/au îcaiSeia), mais l'habitude fut bientôt prise dans la ville de Minerve, de se baigner tous les jours au moins, avant le principal repas qui terminait la journée (Ssïicvov). Les bains devinrent le rendez-vous des hommes oisifs (yplfixWoi), et des lieux de plaisir où l'on soupait quelquefois et où l'on se livrait, avant et après le souper, aux exercices et aux distractions de toute espèce ; aussi se plaignait-on qu'ils fussent plus fréquentés par les jeunes gens que les palestres, au grand détriment des bonnes mœurs(2).

(i) Même ouvrage, p. i58.

(3) Dakemberg et Sagi.io. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments. Paris, Hachette, 1S77, Balneum.

Mac-Auliffe. q

BALIS'EOTHERAPIE

Les bains grecs n'étaient pas à l'origine adjacents au gymnase. Ils étaient, ou publics (Suborna, or t \i.s<y.zûo'nx) (voir fig. 10), ou privés (fSia, îSionaà). D'autres encore étaient des entreprises particulières où l'on entrait en payant une légère redevance (Ê-f/.su-cpsv). Un baigneur ((3aXaveûç) fournissait au besoin l'huile, les terres grasses, la soude et les autres ingrédients destinés, à remplir le rôle de savon.

Fig. io. — Bains publics d'hommes.

D'après Tischbein. Vases d'Hamilton. T. I er , pi. 53.

Daremberg et Saglio reproduisent dans leur dictionnaire des antiquités grecques et romaines, deux représentations de bain fort anciennes (i) où l'on voit des hommes et des femmes recevant des douches d'eau jaillissant des fontaines à mufles d'animaux. Les vêtements des baigneurs sont accrochés à des arbres, ceux des baigneuses à un barreau transversal qui court le long d'un portique. Nous reproduisons nous-même l'une de ces figures (voir fig. n).

Mais les bains se pratiquaient surtout en Grèce, dans de

(i) Cf. . là., ibid.

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grandes vasques circulaires (lovvqp, Xsur^pisv) montées sur un pied rond ou sur une colonnette. Les baigneurs ou baigneuses se tenaient près de ces vasques et s'y lavaient (fig. 8 et 9, p. 127 et 128).

Les Grecs du v e siècle employaient les étuves sèches, qu'au dire d'Hérodote, on rencontrait dans presque toutes les villes, alors que le bain chaud en baignoire, tel que nous

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