‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 36 sur 87 · DESCRIPTION D'UN BAIN ROMAIN 1Î · texte numérisé non relu

DESCRIPTION D'UN BAIN ROMAIN 1Î

Le caldarium contenait encore la baignoire (calida lavatio ou alveus). Cette baignoire était souvent disposée en gradins (descensio), et l'on y descendait par des degrés, ou bien elle était destinée à une seule personne (solium), ou bien encore c'était une piscine de grande dimension où l'on pouvait nager (natatio calida piscina). Le musée du Louvre possède plusieurs baignoires en marbre provenant des thermes de Rome qui ont à peu près la forme de nos baignoires actuelles. Il en existait aussi en bronze.

Une voûte cintrée couvrait toute la longueur du caldarium qui, pour cette raison, est désigné aussi sous le nom de concamerata sudatio. Au-dessus du labrum, était percé dans le toit un jour fermé par une plaque que l'on pouvait ouvrir pour faire sortir la vapeur.

Le troisième acte du bain se passait dans le frigidarium ou piscine froide, où le baigneur pénétrait au sortir du tepidarium. Cette piscine (piscina, cisterna, ^jypà Seçqjtivi], baptisterium) était en général assez grande. Celle du frigidarium des anciens bains à Pompéi mesure 4 m ,5o de diamètre et i m , 1 7 de profondeur. On y descendait par des degrés et l'eau pouvait en être facilement renouvelée.

Dans les établissements importants, il existait, en outre de ces trois salles, un vestiaire (apodyterium) et quelquefois une salle spéciale pour le massage (destrictarium, unctorium).

Le baigneur était essuyé dans Yunctorium et les garçons de bain répandaient à flots l'huile sur son corps. Cette opération se pratiquait quelquefois avant le bain chaud, mais ordinairement après le bain froid, immédiatement avant de se rhabiller, afin de faire passer la transpiration (1). Les garçons de bain employaient pour cet usage un instrument particulier, la strigilis, sur lequel nous aurons à revenir par la suite. Ils essuyaient et massaient avec des linges en toile de lin. Les malades employaient aussi une éponge. Habituellement la strigilis et la fiole d'huile (ampulla) ou même tout un nécessaire de toilette (cista), comportant : strigilis, XV-uQs; (ampulla), boîte d'on-

,(1) Galen. Méth. tnéd., vol. X, p. £79.

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guents, (alabastrum), peigne et aiguille, était confié à un esclave qui accompagnait le baigneur.

Vers la fin de la République, apparaît clans les usages romains le bain de vapeur (i). Mais c'était une installation indépendante et qui ne faisait pas partie des agencements normaux du bain.

Agrippa semble avoir introduit ce genre de bain, qui était constitué surtout par une étuve sèche (laconicum).

Les habitués du laconicum dédaignaient la façon commune de se baigner ; ils transpiraient à sec dans l'étuve, puis prenaient ensuite un bain froid (2) ou une douche froide (3).

Le laconicum doit son nom à l'Italie ; car en Grèce il était de tradition universelle et n'avait rien de propre à Lacédémone ; Hérodote le nomme : 'EXÀ^tx-f; mipÊrj ; partout ailleurs il est dit TOptort^piov (A).

Le laconicum ne jouait pas le même rôle thérapeutique que le tepidarium. Au dire de Celse, ce dernier permettait au baigneur de se délasser et de reprendre ses forces (I, 3). Le laconicum, au contraire, constituait une cure énergique contre les suites des excès de table ; car les bains d'eau très chaude et les fortes transpirations du bain de vapeur passaient pour activer la digestion. Pline le Naturaliste (H. X. XXIX, II) blâme même, à ce propos, l'inconséquence des médecins, qui tantôt demandent la guérison aux bains froids, tantôt recourent aux bains chauds parce qu'ils sont persuadés qu'ils cuisent les aliments dans le corps. Sénèque partageait l'opinion générale et croyait que l'étuve combattait la cruditas et renouvelait la soit (5).

(1) Cicéron, ad Ait., IV, 10, 2.

(?.) Martial (VI, /(2) décrit le bain d'Etruscus, puis continue (vers 16) :

Ritus si placeant tibi Laconum,

Gontentus potes arido vapore

Cruda Virgine Marciavc mergi.

Ceux qui prenaient le bain de vapeur n'usaient donc pas d'autres bains. (3) Suet. Oct., 82 . Sudabat ad jlammam, dc'mdc perfundebatur egelida aqua vel sole multo te/jefacta.

(V) Aristotiî. Probl., II, ch. 11, 29 et 32.

(.">) Sénèque. Ép., XV, 3, GXXII, 6.

DESCRIPTION D'UN BAIN ROMAIN i!,,j

Dans les grands bains, le laconicum s'adosse à un des petits côtés du tepidarium ou du caldarium, mais dans un isolement complet, et séparé par une muraille, disposition indispensable à raison de sa température élevée et fort supérieure à celle du tepidarium. C'est une voûte à la façon des bains de vapeur russes ; la forme la plus convenable à lui donner, selon Vitruve, est celle d'une coupole, circulaire à la base et hémisphérique au sommet. Le jour y pénètre par une ouverture percée au haut de la voûte. Au-dessous, des chaînes soutiennent un disque de bronze (clipeus), qu'on peut à volonté faire monter ou descendre pour régler la température...

On a reconnu un laconicum dans les bains découverts en 1877 et dans ceux de la villa de Julia Félix à Pompéi, dans les bains de Wroxeter et de Caerwent (1).

En outre du laconicum, toutes les autres salles que peuvent comprendre les grands établissements ne sont plus qu'affaire de confort et de luxe :

Salles d'attente pour la suite des baigneurs,

Salles pour les esclaves cjui gardent les vêtements,

Salons de conversation,

Restaurants,

Boutiques, etc.

Les thermes qui se rattachent à l'organisation des gymnases grecs possèdent : vestiaire pour les joueurs de palestre, xystes, colonnades, et toutes les salles cpie nous décrirons plus loin, lorsque nous traiterons de la gymnastique antique.

Signalons ici, à titre documentaire, que la gravure dite « peinture des thermes de Titus » reproduite par Daremberg, dans sa traduction d'Oribase, ainsi que dans le dictionnaire Dechambre, n'est pas, comme on l'a cru longtemps, la copie d'une peinture antique. C'est une restitution erronée, imaginée par un architecte du xvi e siècle, Giov. Antonio Rusconi, et composée en i553 pour être gravée sur bois et servir de vignette de titre à l'ouvrage Joli. Antonii Sicci Cremensis de Balneis compendium ex Hippocrate et Galeno...

(1) Voir le plan de ces derniers dans Marquardt. Ouvrage cité, p. 34 A -

lSo BALNÉOTHÉRAPIE

L'heure consacrée pour le bain était la huitième ou la neuvième heure (i). Mais certaines personnes se baignaient plus tôt, à la cinquième heure (2), par exemple, avant le déjeuner de midi (prandium). Les établissements publics ouvraient en général à la huitième heure pour fermer à la tombée de la nuit; quelques-uns restaient au bain après la dixième heure; certains même, comme les empereurs Commode et Gallien prenaient six, sept et huit bains dans un jour, ou, pour mieux dire, y passaient une grande partie des jours et des nuits, y mangeant et y buvant, quittant le bain pour la table, et après tous les excès, revenaient chercher dans l'étuve ou dans une eau brûlante un moyen de réagir contre les effets de leur intempérance (3).

L'habitude de prendre le bain chaud au sortir de table causa plus d'un accident mortel (h).

A Pompéi on a trouvé dans l'ancien petit bain un millier de lampes, luxe superflu si l'on ne s'était baigné après le coucher du soleil (5).

c. — Chauffage des bains romains.

Le chauffage des bains romains était à la fois très simple et très perfectionné. Il consistait dans le chauffage du sous-sol et des murs des étuves, et le général Morin dans une note à l'Académie des Inscriptions a donné d'utiles renseignements sur cette question (6)

Le plus souvent (voir flg. i/i) un foyer (A) placé au-dessous d'une première pièce recevait le combustible. Ce foyer était

(1) 8 e heure ;= 2 h. 3i en été, i h. ag en hiver.

9 e heure = 3 h. 46 m. 3o s. en été, 2 h. i3 m. 3o s. en hiver.

(2) 5 e heure= 10 h. 44 ni. 3o s. en été, 11 h. i5 m. 3o s. en hiver.

(3) Daremberg et Saglio. Ouvrage et article cités.

(4) Horat. Ép. I, 6, 61 ; Juven., I, i43 ; Pers., III, 98.

(5) J. Marquardt. Ouvrage cité, tome I, p. 3ig.

(6) Voir : Note sur les appareils de chaullage et de ventilation employés par les Romains pour les thermes à air chaud, lue à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, dans la séance du 17 novembre 1871.

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