ILES BAIXS ET L'AVÈNEMENT DU CHRISTIANISME 1G
Décoction de mauve, de graine de lin ou de fenurjrec.
Si 'l'inflammation est accompagnée de fluxion, on fera bouillir dams l'eau du plantain, de la renouée, de l'écorce de grenadier, des roses ou des sommités de ronce, etc., etc.
§ 5. — Les bains et l'avènement du christianisme.
Les thermes furent délaissés peu de temps après l'avènement du christianisme et les auteurs ecclésiastiques prirent texte ou prétexte des actes immoraux qui s'y passaient quelquefois, pour faire disparaître ces admirables instruments d'hygiène qu'avait légués l'antiquité païenne. « On est même allé jusqu'à prétendre, dit Daremberg, que les chrétiens n'avaient pas besoin de bains aussi multipliés, parce que l'eau de la rédemption leur avait enlevé leur mauvaise odeur naturelle » (Voy. Casalius, De thermis et balneis veterum, dans Gronovius, Thés, antiq. grsec, t. IX, p. 643).
Cependant, les premiers chrétiens fréquentaient les bains publics. Saint Jean l'évangéliste sortit de ceux d'Ephèse, un jour qu'il y avait rencontré l'hérétique Cérinthe (i).
Dans leur lettre aux chrétiens d'Asie, les fidèles de Lyon et de Vienne mettaient au nombre des fléaux dont la persécution les accablait, la privation du bain (2). De même, l'austère Tertullien usait du bain chaud (3), et saint Augustin, après la mort de sa mère, se baigna « pour calmer sa douleur (4) ».
Les premiers chrétiens usaient des bains après le coït et sans cette purification, ils n'auraient osé ni se mettre en prière, ni entrer dans le temple. « Pourquoi cours-tu au bain après le péché ? dit saint Chrysostome. N'est-ce pas parce que tu te regardes comme plus immonde que toute espèce de fange (5). » Saint Cyrille de Jérusalem parle dans le même
(1) S. Iren. Adv. hœres., III, 3.
(2) Ap. ëuseb. Hist. eccl., V, 1.
(3) Apologet., XLII.
(4) Confess., IX, 12.
(5) « Quare ad balneum post peccatum curris ? Nonne quia immumliorem omr luto te ipsum censés ? (Homil., XVIII, in 1 ad Cor.).
Mac-Auliffk. 11
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sens (Catech. VI) et Théophilacte nous apprend que cette pratique dura depuis le iv e siècle jusqu'au xi" (i).
Le pape Grégoire le Grand raconte, sur l'autorité de Maxirnianus, évèque de Syracuse, qu'un certain Curialis qui, le samedi saint, avait défloré une jeune fille (pascali sabattù virgunculam depudicarat), se leva de grand matin et s'empressa d'aller au bain, comme s'il devait laver dans l'eau la tache de son âme, ac si aqua balnei lavaret maculam peccati.
L'abbé Martigny prétend, d'ailleurs, que les premiers chrétiens se baignaient après chaque espèce de péché (2).
Quoi qu'il en soit, il est difficile de dire à quelle époque exacte on a cessé de prendre des bains à la manière romaine. Les bains en quatre actes subsistaient encore au vi e siècle, ainsi que l'établit la lettre suivante de Théodoric, roi des Ostrogoths, à son architecte.
Cette lettre signalée déjà par Daremberg, se trouve dans l'ouvrage anonyme intitulé : De balneis, etc., qui parut à Venise en i553. Elle a été reproduite par nos soins, et dans le texte même, dans la France médicale du 25 juin igo3, n" 12.
Nous devons à l'obligeance de M. Maquet, professeur agrégé au lycée Voltaire, et latiniste éminent, la traduction que nous publions ici :
Théodoric, roi des Ostrogoths à l'architecte Louis.
Si, pour la gloire de notre clémence, nous voulons conserver les merveilles fameuses des anciens (car c'est un appoint pour la gloire royale qu'il n'y en ait pas à disparaître sous notre règne), avec quel zèle il convient de réparer ce qui fréquemment s'offre encore de façon évidente à nos yeux. J'ai plaisir en effet à mentionner les vertus de la salutaire source Aponon. Nous voyons une source verdàtre à forme de tonneau, bouillonnant en de creuses crevasses, et un cratère
(1) In Cor., I, c. G.
(2) Martigny (abbé). Dictionnaire des antiquités chrétiennes. Paris, Hachette,.
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(1 eau jaillissante que couronne un bourrelet circulaire, qui a une remarquable disposition naturelle. Cette eau, bien qu'exhalant, comme toutes les eaux chaudes, des nuées de vapeurs, présente aux regards humains une transparence si agréable que tout le monde veut en tâler la douceur, même quand on sait qu'elle brûle. A l'orifice très plein, il se forme comme une boule et la surface de l'eau bombe au-dessus de son niveau. Le liquide en décoide avec tant de calme, il retombe avec tant de fixité, pour ainsi dire, qu'on ne croirait pas à un jaillissement si l'on ne sentait qu'il sort de là quelque chose avec un sourd murmure. Et, par des ouvertures froides, il vient des eaux tellement surchauffées qu'après un parcours circulaire, que l'art a allongé, elles doivent revenir au plus à l'état tiède. Oh génie admirable du maître qui a si bien plié les ardeurs d'une nature en fureur à la commodité de l'homme, que ce qui, à l'origine, pouvait donner la mort, procure, une fois savamment dompté, et plaisir et santé. Il est intéressant de voir ce mystère : un liquide qui exhale des vapeurs de feu, du feu qui est sans cesse en accord avec l'eau, et de la chaleur qui vient par le cours d'un ruisseau dont le rôle naturel serait de l'éteindre. Les philosophes ont bien raison de dire que les éléments sont unis par des liens mutuels et qu'on voit tenues par un accord merveilleux, des choses en conflit pour notre intelligence, à cause de l'opposition de leur nature. Voici, à coup sûr, une substance humide qui produit des vapeurs de feu. Bientôt quand elle est parvenue aux beaux bâtiments des Thermes, l'eau embrase l'air grâce à ses propriétés spécifiques, puis elle devient maniable au toucher quand une fois elle a été recueillie dans les piscines. Elle peut ainsi, non pas tant causer un plaisir délicieux que procurer un agréable traitement, à savoir des soins sans tourments, des remèdes sans frisson, une guérison sans frais, des bains efficaces contre les diverses douleurs. Aussi les anciens ont-ils nommé ces bienfaits d'un nom grec: Axsvov, pour que le malade connût la cause d'un tel remède en n'ayant aucun doute sur son nom.
Mais entre autres avantages de cette station, nous avons appris ce fait stupéfiant qu'une seule et même source semble
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se prêter à des services différents. Tout d'abord en se brisant sur la pierre qui la reçoit, elle communique à la première cabine une température d'étuve, puis elle descend tempérée dans la cuve, perd sa chaleur dangereuse et se ramène à une douce tiédeur. Bientôt, entraînée dans la salle voisine, et engourdie dans l'intervalle, sa tiédeur augmente d'agrément, et enfin, perdant même sa tiédeur, elle arrive à la piscine de Néron aussi fraîche qu'on l'a sentie brûlante auparavant.
Elle est bien digne de porterie nom de son parrain, car elle s'associe la teinte verte des émeraudes(i) ; car, transparente par sa couleur d'élément cristallin, elle donne naissance en plein repos à certaines ondes tremblotantes. En outre pour rendre la piscine plus pure, il arrive, par une stupéfiante règle de chasteté, que si une femme descend dans l'eau où se soignent les hommes, elle se brûle. La cause en est dans cette curieuse constatation (2) qu'on ne peut soupçonner ce lieu, si riche en eaux chaudes, d'être incapable de tous les bienfaits, ce qui ne serait pas, si les deux sexes s'e.n servaient en commun pour un seul usage. Cette régularité du courant nous donne un moyen de comprendre le phénomène. C'est le flot de pureté d'une source qui jaillit en ébullition après s'être infiltrée par des fissures cachées à travers les veines en feu de la terre. Car si cette chaleur était un feu naturel, elle ne disparaîtrait pas sans perte de substance. Mais l'eau est un corps sensible, et, de même qu'elle absorbe un feu étranger, de même elle reprend facilement sa fraîcheur naturelle. Sa force eurative prouve encore un autre genre de soulagement. En effet, au chevet de la source étincelante, la nature prévoyante s'est pratiqué une ouverture. On a disposé au-dessus un siège percé en forme de cuvette pour les besoins naturels et où prennent place les malades atteints de diarrhée. Dès qu'ils s'y assoient en état d'excessive faiblesse, ils se trouvent ranimés par le bon effet de cette vapeur ; leurs entrailles fatiguées se
(1) Probablement allusion au monocle d'émeraude de Néron.
(2) Je traduis ainsi exhibitio ?