‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 43 sur 87 · BAINS DE SANTE · texte numérisé non relu

BAINS DE SANTE

L'établissement des bains de santé, que le sieur Poitevin a construits sur la rivière de Seine, est un de ces projets qu'on ne sçauroit trop célébrer et approuver. Ces bains sont si supérieurs aux autres, que nous avons cru devoir les ordonner à ceux de nos malades, à qui ils pouvoient être salutaires. Nous avons suivi, en cela, l'exemple de la plus grande partie de nos confrères. Les avantages authentiques que l'on a retirés de cette heureuse invention, ont engagé le Parlement à accorder au sieur Poitevin des lettres-patentes propres à le maintenir dans la pleine possession de son privilège. Les magistrats, la faculté de médecine, l'académie des sciences, MM. les premiers médecins du Roi et de la Reine, etc. ont accordé au sieur Poitevin les plus grands éloges, et se sont exprimés, sur son entreprise, de la façon la moins équivoque. On ne peut point en effet apporter plus d'attention et de soins, que le fait le sieur Poitevin, relativement à la pureté de l'eau, à l'ornement

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des chambres, à la décence, à la propreté, à l'ordre et la promptitude du service. Il sacrifie même ses intérêts, et n'épargne rien pour parvenir à satisfaire le public. Aussi a-til mérité le suffrage de tout Paris, qui y a accouru, avec la plus grande confiance, et qui y a éprouvé les plus grands succès. Une pareille conduite met cet établissement au-dessus de tout ce que la jalousie et la calomnie peuvent inventer, pour en retarder ou en traverser l'utilité.

Le sieur Poitevin avertit qu'il tiendra des bains chauds, pendant tout l'hiver, excepté seulement quand la rivière sera glacée, ce qui est assez rare. On y trouvera la température convenable ; le service s'y fera avec la même exactitude et les mêmes avantages, que dans le reste de l'année (i). »

Chez Poitevin, le prix du bain était encore excessif: 3 livres 6 sols (6 fr. 6o) ! En province, les prix quoique moins élevés, l'étaient aussi (2).

En 1766, à Troyes, si l'on voulait prendre un bain chaud, il fallait donner « 36 sols et 6 sols au baigneur pour une chambre avec lit et 20 sols et l\ sols au baigneur, pour des chambres sans lit (3) ».

A Paris, le privilège de Poitevin avait été accordé pour 27 ans. En 1780, un sieur Barthélémy Turquin, inventeur des bains chinois, créa sur la Seine des bains froids à l'usage de la classe riche. Deux ou trois personnes pouvaient prendre place dans une même baignoire, disposée dans la Seine defaçon que le courant y passât. Toutes les baignoires reposaient sur une planche placée dans l'eau à une certaine profondeur. Le prix de ce bain chinois était encore fort élevé: 1 livre f\ sols (2 fr. 4o) (4).

En vertu même du privilège de Poitevin, ces bains furent bientôt supprimés, mais Turquin obtint en compensation, du prévôt de Paris, l'autorisation de créer une école de natation

(1) P. [fjo. Le nom de Poitevin est orthographié quelquefois dans divers actes Poithevin et même Poidevin.

(2) Gazelle des Tribunaux. Paris, tome XX, 1780, n° 39. p. igi.

(3) Rousselet. Récit sur les bains de santé. Troyes, 1766.

(4) Baumann. Les bains populaires. Thèse, Paris, 1892, in-4°.

BAINS ET ÊTVVES EN FRANCE i8ç>

(1787). Cette école qui fut le premier établissement de bain froid analogue à ceux que nous avons maintenant, fut installée en aval du pont Royal, au bout de la rue du Bac : on l'appela la Grenouillère II était en outre spécifié dans l'autorisation accordée au sieur Turquin qu'il avait le droit d'installer d'autres écoles de natation sur la Seine, mais à la condition que les officiers et soldats invalides pourraient venir s'y baigner gratuitement une fois par semaine, et que chaque année a5 jeunes mariniers de la ville y prendraient gratuitement des leçons de natation (i).

En 1780, le succès de Poitevin fit diminuer le nombre des baigneurs-étuvistes. Il n'y en avait que 8 ou 10 pour tout Paris, et les établissements de bains ne possédaient pour toute la ville que 200 baignoires.

Mais bientôt, grâce à l'invention de la machine à vapeur, de grands progrès sont réalisés. Vers 1784, la compagnie des eaux des frères Périer commence la distribution des eaux élevées de la Seine par les machines à vapeur de Chaillot et du Gros-Caillou.

Une des principales conduites de cette distribution est posée de 1784 à 1786, le long des anciens boulevards, depuis la rue du Faubourg-Saint-Honoré, jusqu'à la porte Saint-Antoine. Cette conduite peut alimenter deux nouveaux établissements de bains publics qui se fondent l'un au Waux-Hall d'Eté, l'autre dans l'enclos du Temple (2).

Immédiatement le prix des bains baisse au-dessous môme du prix des bains Poitevin.

Au Waux-Hall d'Été, le 9 mai 1790, le bain n'est plus que de ko sols (4 francs) par billet et de 3o sols (3 francs) en prenant un abonnement de 6 cachets (3).

Les bains parisiens comprennent alors 3oo baignoires environ.

O) Baumann. Ouvrage cité, p. 23 et 2^.

Voir aussi : II. Napias. Les Établissements de bains froids à Paris, Bulletin de la Société de médecine publique et d'hygiène prof., 1877, t. I.

(2) Gikaud. Article cité, dans ouvrage cité, p. 43.

(3) Journal de Paris, n° 129, dimanche 9 mai 1790 : voir annonce des bains du Waux-Hall d'Été (1° page).

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En 1785, le Corps municipal justement ému de cette situation encore peu conforme à l'hygiène, s'occupe de former un établissement de bains chauds à 2/i sols; le sieur Cuignard, successeur de Poitevin, demande la préférence « pour exécuter un projet aussi utile », et sous les auspices du Bureau de la Ville, il obtient le privilège d'établir ces bains entre le Pont- Neuf et le Pont-Royal, et à la pointe de l'île Saint-Louis.

La même année J785, Albert dotait Paris de bains médicinaux comprenant ctesT5âîns de vapeur et des douches ascendantes. On peut lire dans le Journal de Paris du 6 mai une de ses réclames qui, à notre connaissance, n'a pas été publiée et que nous reproduisons in extenso, vu son importance.

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