‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 44 sur 87 · MÉDECINE · texte numérisé non relu

MÉDECINE

« Les Romains, dansle temps de leur plus grande splendeur, ne demandaient aux Césars que des Spectacles et des Bains. Déjà nous les surpassons quant au premier de ces avantages et quant au second, le S r Albert nous le procure par l'établissement qu'il a formé sur le quai d'Orsay, en face du Jardin des Tuileries. On peut considérer cet établissement sous deux points de vue, comme Bains ordinaires et comme Bains médicinaux : en tant que Bains ordinaires, nous n'aurions point à entrer dans de longs détails et nous nous bornerons à dire que cette maison réunit le plus de commodités, de propreté et d'agrément ; mais ce qui la rend infiniment recommandable, c'est la réunion de tous les moyens de curations qu'on trouve dispersés clans les différents Bains médicinaux du Royaume et de l'Etranger ; Bains dont la Chymie moderne imite parfaitement les différentes eaux, souvent même, elle ajoute à leur énergie. Le S r Albert a été merveilleusement secondé dans cette entreprise par les conseils des Médecins, Physiciens, Chirurgiens et chimistes qui tous formaient des voeux pour un semblable établissement, voeux que justifient déjà les heureux succès dus à ces Bains médicinaux. Aussi le S r Albert at— il obtenu les rapports les plus favorables, nous ajouterons les plus honorables, de la Faculté, de la Société Royale de Médecine, de l'Académie Royale des Sciences et de celle de

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Chirurgie. Ces compagnies juges-nés d'un pareil établissement ont décidé qu'il méritait la protection du Gouvernement et la Confiance du Public. Il suffit, pour lui assurer la dernière, de donner une idée de cette maison et d'inviter ceux qui s'intéressent aux choses utiles, à visiter cet espèce de temple d'Esculape qui manquoit à la Capitale. C'est principalement sous ce rapport que nous allons l'examiner.

Ce qui fixe particulièrement l'attention, c'est la manière industrieuse de s'être procuré l'eau la plus pure et conséquemment la plus convenable aux effets qu'on s'en promet. Une pompe aspire, au moyen d'un aqueduc qui se prolonge sous le quai d'Orsay, l'eau prise au-dessus de la rue de Belle- Chasse, et à trente pieds dans la Seine, c'est-à-dire, dans son courant : cette eau parvient à un réservoir considérable divisé en deux parties, dont l'une, remplie de sable, est destinée à sa clarification, en sorte que l'eau dont on se baigne est toujours de la plus grande lympidité, tandis que lors des débordemens, on est souvent forcé de suspendre l'usage des Bains parla quantité de limon que la rivière charie. Au moyen d'une multitude de tuyaux qui serpentent dans les corridors, l'eau, ainsi épurée, se distribue dans la totalité de la maison. Deux chaudières immenses servent à entretenir en tout tems de l'eau chaude, en sorte que la nuit même on y trouve constamment des Bains prêts ; attention qui surtout pour les personnes de ce quartier peut devenir très utile dans les cas d'accidens, qui exigent la promptitude de ce secours : tels que rétention d'urine, colique néphrétique, etc., etc.

Deux étuves, l'une pour les femmes et l'autre pour les hommes, sont échauffées par-dessous le marbre qui en forme le plancher et dans leur pourtour, de manière à y porter la chaleur au plus haut degré et à pouvoir la graduer à volonté. Mais ce qui mérite le plus d'être considéré, ce sont les douches descendantes et ascendantes qu'on administre dans ces étuves. La douche descendante a douze lignes d'épaisseur ; elle tombe de neuf pieds de hauteur et elle est poussée verticalement de six pieds de chasse. On peut diminuer à volonté le volume de cette colonne jusqu'au plus petit filet, tant par des tuyaux de différentes grosseurs, qu'en donnant plus ou moins d'où-

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verture aux robinets qui gouvernent la chute. Celte douche, de la plus grande utilité aux malades attaqués de douleurs rhumatismales, entorses, foulures, maladies de nerfs, exostoses, enkiloses, paralisies, sciatiques, humeurs froides, etc. est construite et administrée de la manière la plus adroite et la plus commode. La pièce où on la reçoit est précédée de deux autres ; dans la plus prochaine est une baignoire où l'on peut prendre un bain préparatoire, et dans l'autre est un lit où, la douche reçue, Ton se repose chaudement.

La douche ascendante n'offre pas moins d'utilité : nous citerons à ce sujet ce qu'en écrivit au S r Albert M. Louis, dont l'opinion devient une autorité respectable. Après avoir loué tous les détails de cet Etablissement, M. Louis ajoute : « Mais ce qui m'a paru mériter les plus grands éloges, c'est votre douche ascendante... 11 est important d'en faire connoître les avantages. Combien de malades, après de longs tourmens, ont péri des suites d'engorgemens carcinomateux dans l'intestin rectum ! Ils sont réduits par la pratique vulgaire, pour tout soulagement, à quelques injections en demi-laveraens, souvent plus fatigantes qu'utiles. Ils trouveront un moyen de guérison dans votre douche ascendante, par laquelle le mal pourra être lavé en une heure par plus de cent pintes d'eau minérale naturelle ou factice, appropriée au cas. Les Bains qu'on iroit prendre dispendieusement à Barège, lieu si renommé à juste titre, ne produiroient souvent aucun effet, faute de cette douche intérieure sur le mal même, et qu'on recevra chez vous avec le plus grand succès. Je puis en parler par expérience et analogie, ayant fait administrer ces doucheslocales, intérieurement, à plusieurs Dames dangereusement alfectées d'engorgemens squirrheux et qui menaçoient prochainement de dégénérer en ulcères cancéreux. Le succès le plus parfait a montré l'utilité de ce moyen ; on peut se promettre les mêmes avantages de votre douche ascendante, ordonnée suivant la diversité des cas : on fondra les engorgemens squirrheux; on donnera du ressort aux tuniques internes de l'intestin, gonflées par d'anciennes hémorroïdes, inaccessibles atout autre secours ; on pourra guérir les chûtes

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habituelles du rectum, maladie si commune, quelquefois très douloureuse, etc. »

On peut ajouter aux avantages de ces douches, que les malades peuvent les prendre l'hiver comme l'été, et qu'ils ne sont point obligés de languir, quelquefois des huit à neuf mois, à attendre la saison des eaux : voyages auxquels on ne se résout que très difficilement et presque toujours trop tard, parce qu'ils nous enlèvent à notre famille, à nos amis, à nos habitudes auxquelles il est si difficile de renoncer à un certain âge, ou parce que ces voyages et la résidence aux eaux entraînent des frais considérables, ou enfin parce qu'ils nous éloignent de nos affaires auxquelles on sacrifie si légèrement sa santé et même sa vie, comme si ce n'étoit pas notre plus importante affaire.

Un troisième genre de secours dont on est redevable au S r Albert, et qui ne mérite pas moins d'être connu que les précédens, ce sont des Bains de vapeur à l'instar de ceux qu'on trouve en Turquie, en Allemagne, et dans tout le nord. Les Voyageurs les vantent beaucoup ; mais si on en distrait ce qu'y ajoutent les descriptions un peu poétiques de ces Bains, peut-être aurons-nous peu de chose à désirer à cet égard. Nous n'avons au plus à regretter que l'usage de Masser en sortant des Bains. Cet usage, inconnu parmi nous, consiste à pétrir mollement les chairs, et il seroit facile de l'y introduire, si, comme on le prétend, il contribue à la santé. Les Bains de vapeurs du S r Albert sont d'une construction beaucoup plus simple que les Bains orientaux. Les baigneurs ne sont point confondus dans un même bâtiment, ayant à respirer leur exhalaison mutuelle. On a sa chambre particulière ; le malade est commodément assis dans une espèce de boîte à pans coupés, garnie de carreaux de fayence, où enfermé jusqu'au col, il reçoit la vapeur et la chaleur au degré prescrit par le Médecin, degré que dirige un thermomètre, dont la boule est en dedans et l'échelle en dehors. Une ouverture latérale sert à pouvoir tàter le pouls du malade s'il est accompagné de son Médecin. Dans tous les cas, deux personnes sont toujours auprès de lui pour lui essuyer le visage, et augmenter ou diminuer à sa volonté la chaleur et la vapeur

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au moyen d'une manivelle. Au sortir de ce Bain, le malade' essuyé avec des linges chauds et enveloppé d'un peignoir de coton, entre dans un lit bassiné où tout en entretenant la transpiration, il prend du repos. Ces Bains peuvent aussi n'être que partiels; les boîtes étant construites de manière à ce qu'un malade puisse n'y soumettre qu'un bras ou qu'une jambe, ou toutes deux ensemble; et cette commodité fait que les étrangers, qui font grand usage de ces Bains, préfèrent ceux-ci à ceux de leur pays, où tout leur corps est enfermé dans des étuves malsaines : toujours au même degré de chaleur et remplies d'exhalaisons désagréables et souvent dangereuses à respirer.

De tout teins, les plus habiles Médecins ont regardé ces Bains de vapeurs comme manquant à l'art de guérir. Les apprêts, les machines propres à les administrer avec succès étoient peu ou point connus, et exigoient une dépense considérable. Le S r Albert, animé du désir de porter son établissement au degré de perfection désirable, et encouragé dans son entreprise par les décrets de la Faculté des années 1769, et 1781, n'a rien épargné pour procurer aux malades cette ressource, qui, pour les gens en santé, devient une précaution salutaire; ces Bains donnant de la fluidité aux humeurs, facilitant les sécrétions et procurant une souplesse dans les membres et une légèreté infinie au corps.

Si le S r Albert n'a rien négligé pour l'administration des différentes douches et Bains de vapeurs dont nous venons de rendre compte, il n'a pas apporté moins de soins à rendre ses Bains simples les plus commodes et les plus agréables possibles. Des baignoires spacieuses sont placées dans des chambres gaies et propres dont la majeure partie jouit de la vue de la rivière et des Tuileries ; de petits parloirs, que chacun peut ouvrir de sa baignoire, donnent la facilité de se voir et de causer à deux, trois et même quatre personnes du même sexe qui feraient la partie de se baigner ensemble ; enfin toutes les commodités imaginables se trouvent dans cette maison.

On sait assez que différentes maladies exigent des Bains composés. Il suffit, pour se les procurer, d'en envoyer l'ordon-

nance au S r Albert, qui veille à leur préparation; on peut d'ailleurs, si on le désire, y envoyer à cet effet une personne de confiance.

Nous avons vu avec plaisir, que dès l'ouverture de son établissement, le S r Albert en avoit sacrifié une portion au soulagement des Pauvres qui lui sont envoyés par M" les Curés, les Médecins, ou les Chirurgiens. Ils sont traités avec le plus grand soin, la plus grande douceur, et cette espèce de fondation de bienfaisance n'avoit point alors de modèle. L'esprit de désintéressement, cpii porta le S r Albert à en donner l'exemple, l'a engagé aussi à établir des abonnements pour les Bains ordinaires en faveur des personnes que leur fortune force de calculer la dépense d'un certain nombre de Bains. On leur délivrera, pour un louis, douze cachets de Bains que les malades prennent alors aux jours et aux heures qui leur conviennent.

Le corps de logis des Hommes est absolument séparé de celui des Dames ; nous n'ajouterons pas que la plus grande décence règne dans cette maison. Le linge y est en abondance ; celui des Bains simples est différent de celui des Bains médicinaux et de celui qui sert aux Bains gratuits.

Nous avons cru devoir insister sur ces détails parce que cet établissement mérite d'être protégé du Public, il est le premier de ce genre qui ait réuni autant d'avantages précieux et il n'en existe pas qui offre plus d'agréments, où il y ait plus d'ordre, de propreté et dans lequel on reçoive des soins plus attentifs, chose précieuse, surtout pour les malades. »

Le 17 mars 1791, la P»évoIution française proclama la liberté du commerce et de l'industrie et supprima les corporations, maîtrises, jurandes, etc. La communauté des barbiers-baigneurs-étuvistes disparut avec les autres corporations. Immédiatement les établissements de bains se multiplièrent, au point (pi'en 181G, il existait à Paris, 200 baignoires publiques déplus qu'en 1789.

En 1817, l'emploi de l'eau de l'Ourcq, récemment amenée à Paris, fait diminuer le prix de l'eau ; l'usage de 20 mètres cubes d'eau qui coûtait 7200 francs par an, ne coûte plus que i 000 francs et le nombre des établissements s'accroît encore.

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En i832, il y a, à Paris, 3 8/|0 baignoires en place, sans compter tes baignoires mobiles pour les bains portés à domicile.

En i85o, le rapport Darcy signale qu'à Paris il est distribué annuellement 2116220 bains, soit une moyenne de deux bains par personne, sans compter les bains des hôpitaux. Le prix de ces bains varie suivant les établissements entre 4o et 80 centimes (1).

En Angleterre (2); dès i84i, les autorités avaient cherché à résoudre le problème des bains publics à bon marché, et l'année suivante, le premier bain-lavoir fut fondé à Liverpool par souscriptions particulières. Le prix de ces bains chauds avec deux serviettes variait entre t\o et 60 centimes ; avec une serviette, il était de 20 centimes. Les bains froids coûtaient de 10 à 3o centimes suivant la quantité de linge distribuée au baigneur.

Quelques villes anglaises imitèrent l'exemple de Liverpool et l'on dut promulguer, en 18/16, une loi réglementant les bainslavoirs.

En 1847, le gouvernement français envoya en Angleterre une commission d'ingénieurs français chargée de faire une enquête sur les bains à bon marché.

A la suite de cette enquête et du rapport de Darcy, l'Assemblée nationale vota le 8 février i85i un crédit de 600000 francs destinés à venir en aide aux communes, pour la création de bains et lavoirs à prix réduits sur le modèle de ceux existant en Angleterre. Quelques villes essayèrent de réaliser les projets de l'Assemblée nationale, mais avec peu de succès. Lille seule créa, en i852, l'établissement de la Tour de Cysoing où l'e bain ne coûtait que 3o centimes et qui donnait environ 18000 bains par an.

Enfin, en i853, l'Empereur créa rue Cafarelle (près du Temple) un modèle de bains et lavoirs semblable aux lavoirs anglais ; cette tentative échoua complètement (3).

(1) Baumann. Thèse citée, p. 25.

(2) Nous n'avons pas fait l'historique des bains en Angleterre parce que jusqu'en i84o, dans ce pays comme en France, les établissements de bains ont évolué depuis l'origine, d'une façon à peu près analogue.

(3) Baumann. Thèse citée, p. 25 et 26.

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