MÉDECINS DU XVIII- SIÈCLE ET LA BALNÉOTHÉRAPIE
Ajoutons que le Diable à Paris de 1869 (1) contient un chapitre intitulé Paris dans l'eau orné de vignettes par Bertall et cjui constitue une série de documents du plus haut intérêt pour le sujet qui nous occupe.
§ 7. — Les médecins du xviii c siècle et la balnéothérapie.
Au xvm e siècle, la balnéothérapie devient peu à peu scientifique. Il y a beaucoup d'erreurs dans les ouvrages que nous allons citer, mais, pour la première fois depuis l'avènement du christianisme, les bains et leurs effets sont étudiés avec méthode.
James , dans son dictionnaire universel de médecine, publié en France en 1746, recommande les bains de vapeur dans l'anasarque, les tumeurs œdémateuses, le relâchement paralytique des membres, la vérole, les tumeurs des testicules, etc. (2).
Fait nouveau dans l'histoire de la balnéothérapie, il essaie d'appuyer sa thérapeutique sur la physiologie, et s'il recommande « ces vapeurs chaudes », c'est qu'elles possèdent « dans un degré éminent la vertu de faire sortir la sueur, d'ouvrir les vaisseaux de la peau, de ramollir les parties dures, de relâcher celles qui sont roides et tendues, et même de dissoudre les humeurs tenaces et visqueuses ».
De même Wainwright, cité par James, étudie, à propos du bain chaud, le pouvoir absorbant de la peau, et mesure la quantité de sueur produite chez l'homme dans les conditions ordinaires.
En 1767, l'Académie royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux proposa un prix sur la question suivante:
« Quelle est l'action des bains, soit d'eau douce, soit d'eau de mer ; et quelle est leur utilité ? » Maret, médecin-chirurgien de la Faculté de médecine de Montpellier, agrégé au collège
(1) Le Diable à Paris. Paris et les Parisiens à la plume et au crayon par Gavarni- Grandville, etc. Paris, J.-lIetzel, éditeur, 186g, p. 157 et suivantes.
(2) Article : Balnea.
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de médecine de Dijon, remporta le prix. Il présentait la question d'une manière toute nouvelle, se référait le moins possible à ses devanciers et rompait résolument avec la tradition (i). 11 étudiait les effets des différentes sortes de bain sur les appareils de l'économie, nerveux, circulatoire, etc. Ses moyens d'investigation étaient basés sur la méthode expérimentale et s'il s'est placé quelquefois dans des conditions peu naturelles pour observer, nul travail plus méritoire que le sien n'a paru sur cette matière.
Nous renvoyons le lecteur à ce mémoire ; nous nous bornons à reproduire ici les conclusions de l'auteur. J Pour Maret, le bain chaud est :
Un apéritif puissant (2),
Un échauffant (3),
Un atténuant efficace mais septique (4),
Un diaphorétique (5),
Un sudorifique infaillible, mais capable d'épuiser. Le bain froid « dans le temps que dure l'immersion » esl :
Tonique (6),
Astringent (7),
Répercussif (8),
Fortifiant,
Eccoprolique (laxatif),
(1) Voir : Maret. Mémoire sur la manière d'agir des bains d'eau douce et d'eau de mer et sur leur usage. Paris et Bordeaux, 1769.
(2) Apéritif, signifie qui ouvre le passage, qui rétablit la liberté dans les voies biliaires, urinaires, etc.
(3) Echauffant, se dit d'une substance alimentaire ou médicamenteuse qui excite la nutrition, accélère la circulation et accroît la chaleur animale.
(4) Atténuant, susceptible de rendre les humeurs plus ténues, moins épaisses ; septique veut dire, à cette époque, qui produit la putréfaction.
(5) Diaphorétique, susceptible d'amener une transpiration plus forte qu'à l'état naturel et moins considérable que la sueur.
(6) Tonique, capable de ramener la tonicité.
(7) Astringent, qui a la propriété de déterminer une sorte de crispation dans les parties avec lesquelles l'agCDt est en contact et de diminuer ou d'arrêter une évacuation quelconque en resserrant les orifices par lesquels elle s'opère.
(8) Répercussif, topique qui, appliqué sur une partie malade, fait refluer à l'intérieur les liquides qui tendent à l'engorger, ou arrête le développement d'un exanthème ou de toute autre altération morbide.
MÉDECINS DU XVIII' SIÈCLE ET LA B ALNÉOT HÉ HAP1E Ig g
Diurétique,
Tempérant (i),
Analeptique (2),
Rafraîchissant (3),
Carminatif.
Après la sortie du bain, c'est :
Un apéritif puissant,
Un échauffant modéré,
Un atténuant efficace,
Un diaphorétique et un sudorifique de la plus grande énergie.
Le bain tiède est :
Calmant (sédatif),
Emollient (à),
Rafraîchissant,
Délayant (5),
Edulcorant (adoucissant),
Apéritif,
Analeptique,
Diurétique, Les bains chauds partiels (pédiluves, manuluves) sont :
Calmants,
Atténuants,
Diaphorétiques, Les bains froids partiels (demi-bains, pédiluves, aspersions, fomentations) sont :
Rafraîchissants,
Calmants,
Répercussifs,
Toniques,
Astringents,
(1) Tempérant, capable do modérer l'activité de la circulation.
(2) Analeptique , qui relève les forces.
(3) Rafraîchissant, apte à calmer la soif et à diminuer la température du corps.
(4) Emollient, capable de relâcher, de détendre et d'amollir les parties enflammées.
(5) Délayant, se dit de tout médicament auquel on attribue la propriété d'augmenter la liquidité du sang et des humeurs, en diminuant leur densité.
aoo BALNEOTHERAPIE
Dérivatifs et révulsifs, eu égard aux parties baignées et à celles qui ne le sont pas.
Diurétiques,
Eccoprotiques.
Les bains partiels d'eau tiède (demi-bains, pédiluves, manuluves, fomentations) sont :
Émollients,
Calmants,
Légèrement apéritifs,
Diaphorétiques,
Dérivatifs et révulsifs, eu égard aux parties baignées
et celles qui ne le sont pas.
Ces diverses épithètes nous semblent un peu rébarbatives
aujourd'hui. Qu'on y réfléchisse! Si l'on rétablit leur sens
d'après notre terminologie actuelle, combien sont vraies et
exactes les observations de Maret !
Nous citerons encore un article du Journal de Paris qui prouve que les conseils du bon sens ne sont pas toujours suivis. Sous l'influence de J.-J. Rousseau et du médecin suisse Tissot, auteur d'un ouvrage extrêmement populaire au xviii" siècle, Y Avis au peuple sur sa santé (i), on avait pris l'habitude de plonger les enfants dans un bain d'eau froide dès leur naissance (2). Cette pratique ridicule était une des causes des épidémies de sclérème qui régnèrent à cette époque et qui firent des centaines de victimes. L'article que nous citons, aurait dû suffire à dessiller les yeux des médecins sur les dangers qu'offre l'esprit de système ; mais il n'eut aucun retentissement.