A. — ÉPOQUE ANCIENNE
§ i. — D'Hippocrate a l'école anglaise.
Nous serons bref sur les applications de l'eau froide ou chaude dans l'antiquité, nous étant suffisamment arrêté sur cette question dans notre premier chapitre.
Rappelons cependant que chez les Hébreux, aux portes mêmes de Jérusalem, dans le petit village de Siloë (Sihvân), existait une piscine où les lépreux se plongeaient pour se guérir. Depuis le temps d'Ezéchias, l'eau était amenée dans cette piscine par un long tunnel qui avait servi à détourner la source de la Vierge.
Chez les Grecs, Hippocrate sait que l'eau froide peut être un agent calmant, susceptible de déterminer la crispation des parties, de diminuer ou d'arrêter la sueur et de combattre l'inflammation. Dans le Traité de l'usage des liquides (i), il attri-
(i) Encyclopédie des sciences médicales. Hippocrate. Tome II, p. q5. Paris, 1837.
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bue à l'eau chaude la propriété de rétablir la peau dure, de relâcher ce qui est trop tendu, soit nerfs, soit muscles. « Elle dissipe les ecchymoses, elle donne issue à la matière de la sueur. L'eau est bonne, employée en lotions, dans les maux du nez, dans ceux de la vessie, quand on a des vents. Elle fait repousser les chairs, elle les rend molles. Elle sert aussi à les fondre, à les diminuer. Elle fait revenir la bonne couleur ; d'autres fois, elle la fait perdre. Elle procure le sommeil en calmant les douleurs à la tête et ailleurs ; elle relâche dans les spasmes et dans les tétanos, elle apaise les maux d'oreille, ceux des yeux et beaucoup d'autres pareils.
Quand elle est chaude, elle peut faire sur les plaies l'effet de la poix, pourvu qu'il n'y ait pas d'hémorragie et qu'on n'en soit pas menacé. On l'emploie en cas de fracture, de luxation, et dans tous ceux où l'on applique des bandages. »
llippocrate sait aussi qu'il ne faut pas jeter de l'eau chaude sur les membres glacés. « On a vu, dit-il, des pieds glacés se séparer en les trempant dans l'eau chaude. »
Quanta l'eau froide, il est difficile de connaître ses indications et ses contre-indications, et Ton doit être très prudent quand on l'emploie. En tous cas elle n'est pas bonne pour le rectum, ni pour la matrice, ni pour la vessie ; « quand on pisse du sang ayant des frissons ».
Mais c'est à Rome surtout, comme nous l'avons dit déjà, que l'hydrothérapie eut le plus grand succès ; ce fut un des premiers dons que la médecine grecque fit au monde romain, et nous savons avec quel empressement les fils de Romulus accueillirent, malgré Caton, cette nouveauté étrangère.
« La République romaine, dit Andral, allait finir, épuisée par les luttes d'Octave et d'Antoine, lorsque parut à Rome un étranger, venu de Rithynie, qui s'imposa tout d'abord à la société romaine, par l'éloquence de sa parole, la hardiesse de sa pensée, l'ascendant de son langage et de ses manières. C'était Asclépiade. A peine arrivé dans la capitale de l'empire romain, il devint l'ami des personnages les plus importants ; Cicéron lui-même le tenait en grande estime.
Asclépiade commença par attaquer de front les Anciens et surtout Hippocrate. Tout d'abord, il jeta dans le monde des
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idées nouvelles sur la constitution du corps(i), sur la cause des phénomènes dont ce corps est le siège ; puis de sa manière de comprendre l'anatomie et la physiologie humaines, il déduisit une théorie nouvelle de la médecine, il institua un nouveau système [thérapeutique]...
L'eau à toutes les températures et sous toutes les formes [d'application] en lotions, allusions, bains, douches, etc., était employée par Asclépiade dans le traitement dune foule de maladies. C'est par l'eau froide appliquée sur la peau sous forme de lotions, d'affusions, de doue/tes, de bains prolongés, qu'il traitait et guérissait les plus rebelles des maladies, les névroses (2). »
La tradition d'Asclépiade fut transmise par Thémison, son disciple direct, à l'école méthodique dont Thémison est le fondateur.
Les médecins de cette secte faisaient grand usage d'eau froide et de glace intus et extra.
Ils traitaient par l'eau froide les maladies dites de laxum ou de relâchement ; celles de striction ou de resserrement étaient au contraire justiciables de l'eau chaude.
L'école pneumatique ou vitaliste fondée par Athénée (de Cilicie) conseillait les bains froids quotidiens et proscrivait les bains chauds.
Hérodote, l'un des pneuinatistes, plongeait dans l'eau pendant plusieurs heures, parfois pendant une journée entière, les malades atteints de fièvres intermittentes.
Il conseillait aussi l'usage de l'eau froide, intus et extra, dans les maladies fébriles. D'ailleurs, au dire d'Oribase, il était l'auteur de divers travaux sur l'emploi des sudorifiques dans
(1) Asclépiade appliquait à la médecine le système philosophique d'Épicure. D'après sa doctrine, l'ensemble de l'Univers, comme le corps humain, était le résultat de la combinaison de corpuscules ou atonies, dernier terme de la divisibilité de la matière. Ces atomes, doués d'une activité propre, combinés entre eux en diverses proportions, se mouvaient dans des espaces vides ou pores. De la juste proportion des atomes avec les pores résultait l'état de santé ; de la disproportion des atomes avec les pores, du resserrement ou du relâchement de ces derniers, naissaient toutes les maladies. (D'après Andral et ïartivel.)
(2) Union médicale. Paris, i8ô3, p. 2G6 et 279.
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certaines maladies, sur l'utilité de la natation et de divers autres exercices physiques.
Archigène (d'Apamée, en Syrie), disciple d'Agathinus, avait abandonné, au moins dans quelques cas, l'eau froide préconisée par son Maître.
D'après Suidas, son biographe, il avait pour habitude, au moment de la plus grande intensité des maladies aiguës, de faire laver fréquemment les malades avec de l'eau tiède ou chaude (i).
Après la conquête de l'Egypte, l'hydrothérapie ne jouit plus de la même vogue comme moyen curatif. Les Egyptiens avaient importé à Rome un grand nombre de recettes médicamenteuses et pendant plusieurs siècles la médecine romaine fut envahie et dirigée par les polypharmaques.
Avec Celse et Galien, l'hydrothérapie devient opportuniste. L'eau froide surtout n'est plus administrée qu'avec réserve et circonspection. L'on se souvient des conseils du grand Hippocrate que l'on copie si souvent, et pour Galien, l'eau froide n'est guère qu'un adjuvant de la saignée.
« Il ne faut pas oublier, dit-il, que le froid peut être dangereux et empêcher la coction des humeurs épaisses ; trop énergiquement employé, il ébranle d'une manière fâcheuse les parties faibles du corps, produit souvent des accidents tels que la dyspnée et les convulsions. »
Enfin l'école arabe, qui innova si peu, conseille avec Razès, (860) l'eau sous forme de boisson, de bains entiers ou partiels, de fomentations pour les brûlures et les hémorroïdes.
Au xvi e siècle, l'eau était employée surtout par les chirurgiens pour le traitement des plaies.
En France et en Italie, quelques charlatans accompagnaient ces pansements d'opérations cabalistiques. Ils attribuaient, à la grande admiration de la foule, les bons effets de l'eau aux
(1) Voir : Tartivel, art. Hydrothérapie (p. 712) dans : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Que le lecteur nous pardonne d'insister sur ces petits détails I Nous verrons par la suite que c'est la tradition autant que l'observation scientifique qui, en hydrothérapie, a conduit aux pratiques les plus modernes telles que, par exemple, l'emploi de la méthode de Brand dans le traitement de la fièvre typhoïde.
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•enchantements et aux sortilèges. Au siège de Metz (i553), Ambroise Paré eut le désagrément de voir les blessés lui préférer un empirique du nom de Doublet, chirurgien de Monsieur de Nemours, qui conjurait avec ostentation l'eau, le linge et la charpie destinés aux pansements.
« Je ne veux laisser à dire, s'écrie Ambroise Paré, qu'aucuns guarissent les playes avec eau pure, après avoir dit dessus certaines paroles, puis trempent en l'eau des linges en ■croix et les renouvellent souvent. Je dy que ce ne sont les paroles ni les croix, mais c'est l'eau qui nettoyé la playe, et par sa froideur garde l'inflammation et la fluxion qui pourraient venir à la partie offensée (i). »
Quelques années plus tard, le chirurgien d'Henri IV, Joubert,eut à combattre les mêmes superstitions; mais il est moins tendre qu'Ambroise Paré pour « les idiots » qui en étaient victimes.
« C'est Nature proprement qui guérit les playes, ulcères, •et fractures. Le médecin ne fait par ses remèdes, que luy ayder en quelque chose, etoster ce qui l'empescheroit : comme sont au mal proposé, la fluxion, douleur, inflammation, et autres accidens qui surviennent à l'arcbusade. Or l'eau froide fréquemment appliquée, empesche tout cela de sa froideur...
Pour dire ce qui m'en semble, on peut guérir parfaictement l'arcbusade, et autres playes telles que dessus, avecques de l'eau simple : et il n'y aura ne enchantement, ne miracle, ainsi que la plupart des idiots se sont persuadés. Car l'eau froide a tout ce qui est requis à l'entière curation, et peut servir à l'intention de chaque temps, pourvu que Nature soit autrement forte, sa chaleur vigoureuse et le corps bien ■charnu (2). »