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École anglaise

De Joubert et de tant d'autres qu'il serait trop long de citer,

(1) Ambroise Paré. Œuvres complètes. Édition Malgaigne, t. I, p. 97.

(2) Joubert. Est-il possible de guérir un acqucbusade avecques de l'eau simple et froide? dans Traité des Arcbusades. Lyon, de Tournes. i63i, p, 33i et 334.

nous passons à Floyer, véritable fondateur de l'école anglaise d'hydrothérapie.

Floyer (i) préconisait l'eau froide dans les cas où les anciens, grecs, romains et arabes l'avaient trouvée utile. Son disciple Smith (a) est plus connu en France' où son principal traité a été traduit (3). C'est un empirique audacieux qui fait de l'eau commune une panacée, sinon la Panacée même. lien fait boire aux nourrices pour leur donner du lait, aux femmes enceintes pour fortifier l'enfant dans la matrice, etc., etc. L'eau est un remède miraculeux, souverain, toujours efficace ; nous ne trouverons pas plus d'enthousiasme chez les plus fervents disciples de Priessnitz, le génie de l'eau froide.

Hancocke, qui n'était pas médecin, eut l'idée d'appliquer l'eau froide d'une façon plus physiologique. C'était pour lui non seulement le meilleur des sudorifîques, mais le meilleur moyen de combattre les fièvres continues ou intermittentes ; c'est ainsi qu'il la désigne dans son livre le Grand fébrifuge, comme le seul remède qui ait fait ses preuves contre la peste.

D'après cet auteur (4), l'eau froide agit contre l'indigestion, les rhumes, lagravelle, l'angine, l'asthme et le rhumatisme (5).

Chisholm (6), plus réservé qu'Hancocke, employait l'eau froide ou vinaigrée en affusions ou lotions, dans la fièvre typhoïde, le typhus et la fièvre jaune.

(i) J. Floyer. 'SV/poXojsîa, or The historyof cold bathing... London, 1706, in-8°. Bibl. Nat. : Te 1 ; 6 .

(2) J. Smith. The curiosities of common water. London, 1723, in-8°. Bibl. Xat. . Te 1 ^ 8 .

(3) J. Smith. Traités des vertus médicinales de l'eau commune. Paris, I725,in-I2°. Bibl. Xat. : Te'f ■

(4) J- Hancocke, Febrifugum magnum. London, 1722, in-S°. Bibl Nat. : Te^'. Une traduction de ce livre se trouve dans: Smith, Traité des vertus médicinales de l'eau commune, etc. Paris, 1725, in-12 .

(5) Après Hippocrate et Galien, Gastaldy d'Avignon préconisait au xvni e siècle l'eau froide contre les rhumatismes. Voir : Thèse de Crispin Jacquet soutenue à Avignon le 6 mai 1718. Mais c'étaient les médecins anglais qui avaient enseigne cette pratique il Gastaldy.

(G) C. Chisholm. An essay ofthe malignantpcstilcntial lever. London, i7g5,in-8°. Bibl. Xat. : Tdjr.

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Laissons ici la parole à Tartivel qui, élève de L. Fleury, a fait clans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, un excellent historique de l'hydrothérapie :

« En 1797, parait à Londres (1) l'ouvrage dans lequel James Currie expose les résultats de ses recherches et de ses expériences poursuivies pendant un espace de douze années sur l'emploi de l'eau froide en affusions, lotions, immersions, dans le traitement d'un grand nombre de maladies.

A la suite d'un premier essai tenté en 1786, pendant une épidémie qui sévit sur un grand nombre de soldats de la garnison de Liverpool et qui présentait la plupart des symptômes de la fièvre typhoïde, Currie déclare que, encouragé par le succès, il n'a plus depuis lors traité les fièvres continues qu'au moyen des affusions froides, qui lui ont toujours donné les meilleurs résultats. Le livre de Currie conquiert à cette médication un grand nombre de prosélytes, si bien que, dans les trois royaumes et dans les colonies anglaises, la méthode des affusions froides est universellement adoptée pour combattre le typhus, la fièvre jaune, el, en général, toutes les fièvres continues.

Currie a recours à la même méthode de traitement dans les fièvres intermittentes. Il administre l'affusion froide tantôt pendant le stade de chaleur de l'accès, tantôt une heure environ avant le début de ce dernier. Il voit, dans le premier cas, l'accès se terminer immédiatement, mais reparaître les jours suivants, si aucun remède n'est employé pendant l'apyrexie ; dans le second cas, il a constaté que les accès étaient quelquefois prévenus par l'affusion et que la maladie était complètement guérie après quatre ou cinq affusions de ce genre.

Currie a fait usage du thermomètre pour apprécier la température des malades avant et après l'affusion. Il remarque qu'il se produit, après chaque application de l'eau froide, une diminution de la chaleur dont l'accumulation dans le sang est. suivant lui, la cause de la fièvre.

(1) J. Currie. On tlie eficcts of water cold an warm as a remedyin fever discases. London, 1797, in-8°. Bibl. Nat. . Tel 1 , .

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L'afï'usion, d'ailleurs, ne doit jamais, sous peine d'accidents graves, être administrée pendant le frisson du début, ni au moment où le malade est en pleine transpiration. Les mêmes règles sont applicables à l'administration de l'eau froide à l'intérieur pendant les accès de fièvre intermittente.

Currie déclare qu'il a encore employé avec succès les affusions froides dans les fièvres éruptives, particulièrement dans la variole et la scarlatine. Enfin il a fait usage du même moyen, ainsi que des immersions froides, dans plusieurs affections convulsives, telles que le tétanos idiopathique, le trismus, les convulsions des enfants, les attaques hystériques, pendant les paroxysmes de ces maladies (i). »

Nous retrouvons les mêmes idées, quelques années plus tard, chez Bateman, le dernier représentant célèbre de cette école anglaise qui jeta un si vif éclat. Avec lui, les observations sont plus rigoureuses encore, l'étude clinique est plus précise :

« Nous ne possédons en médecine, dit Bateman, aucun agent, du moins autant que mon expérience particulière me l'a appris, qui agisse sur les fonctions de l'économie animale avec autant d'efficacité, de sûreté et de promptitude, que l'application de l'eau froide sur la peau pendant la chaleur la plus forte de la fièvre scarlatine ou de toute autre fièvre. Ce moyen réunit en lui-même toutes les propriétés médicales qui sont indiquées dans cet état maladif, et que nous devions à peine nous attendre a priori posséder : car ce moyen est non seulement le fébrifuge le plus efficace, le febrifugum magnum, comme un auteur respectable l'appelait il y a longtemps (Hancocke); mais c'est dans le fait, le seul sudorifique et le seul calmant qui ne trompera pas l'attente du praticien dans ces circonstances. J'ai eu, dans un grand nombre de cas, la satisfaction de voir s'améliorer sur-le-champ les symptômes et s'opérer un changement rapide dans la physionomie du malade, à l'aide de lotions froides faites sur la peau. Dans

(i) A. Tartivel. Article: Hydrothérapie, dans: Dictionnaire encyclopédique des -ciences médicales.

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l'espace de quelques minutes, le pouls a diminué de fréquence, la soif s'est affaiblie, la langue s'est humectée, une transpiration générale s'est établie, la peau est devenue douce et moite, et les yeux se sont ranimés; et ces signes caractéristiques de l'amélioration des symptômes ont été promptement suivis du calme et d'un sommeil réparateur. Sous tous ces rapports, l'état du malade offrait un contraste complet avec celui qui précédait l'emploi des lotions froides, et sa langueur était remplacée par un certain degré de vigueur. A la vérité, lorsque la chaleur morbide s'est ainsi dissipée, elle est sujette à se reproduire, et à faire reparaître avec elle les symptômes alarmants; mais la répétition de ce remède est suivie, comme la première fois, des mêmes effets salutaires.

En partie à cause de la difficulté de bien manier les affusions d'eau froide, et en partie à cause des effets terribles de ce remède dans l'esprit des mères et des garde-malades, imbues de vieux préjugés, je me suis contenté de conseiller de laver la peau avec de l'eau froide ou avec de l'eau et du vinaigre, plus ou moins fréquemment et d'une manière plus ou moins étendue, en prenant pour guide la violence de la chaleur.

Au commencement de la maladie, l'affusion d'un vase d'eau froide sur le corps nu est sans doute le moyen le plus efficace; mais par une petite modification, tous les avantages d'une réduction de la température morbide, que l'on est en droit d'attendre à la période suivante, peuvent être produits par de simples bains. Dans les cas les moins violents, on retire beaucoup d'avantage du soin de laver les mains et les bras, ou la face et le cou (i). »

Ces principes thérapeutiques se répandirent dans toute l'Europe et lorsqu'en i8o5, l'Italien Giannini eut adopté les idées de Currie, l'hydrothérapie fut considérée désormais par

(i) Th. Bateman. Abrégé pratique des maladies de la peau, classées d'après le système nosologique du docteur Willan... par Thomas Bateman. Traduit de l'anglais sur la 5 e ... édition, par Guillaume Bertrand. Paris, Plancher, 1820, p. 117, in-8°. Bibl. Nat. . Ii. i85/J.

Dans une note (p. 118 et 119) le traducteur, Bertrand, de Montpellier, dit qu'il emploie depuis dix ans l'hydrothérapie froide contre les fièvres typhoïdes.

la plupart des médecins, comme l'un des plus puissantsremèdes connus (i).

§ 3. — École allemande et française.

Cependant, en Allemagne, dès le début du xvm e siècle, Fr. Hoffmann avait appuyé de sa grande autorité la thérapeutique par l'eau (2).

Il envisageait moins cet agent physique comme fébrifuge que comme dissolvant universel.

Dans son esprit c'était, intus et extra, le remède par excellence des maladies aiguës et chroniques, celles-ci étant le résultat de l'obstruction des organes par l'impureté et la stagnation des humeurs.

Sous l'influence d'Hoffmann, les deux Hahn (3) et Theden employèrent l'eau dans les affections chirurgicales et dès l'apparition du livre de Currie, l'eau préconisée déjà contre l'érysipèle devint un adjuvant des traitements médicamenteux dans les fièvres.

En 1821, Hufeland dont l'esprit était toujours ouvert aux nouveautés, mit au concours dans son Journal de médecine et de chirurgie pratique (li) la question de la médication par l'eau froide. Il publia en 1822 les trois meilleurs mémoires dont celui de Frôlich qui remporta le prix.

« La méthode de Frôlich consiste à faire, dans les vingtquatre heures, de trois à cinq applications d'une durée d'une à quatre minutes, jusqu'à l'apparition du frisson. En général, dit Frôlich, on voit la fréquence du pouls diminuer de 10 à 20

(1) G. Giankini. Délia natura délie febbri. Milano, i8o5-i8og, 2 vol. in-8". Bibl. Nat. : Td,™ .

De la nature des fièvres. Paris, 1808, a vol. in-8° (Iraduction Ileurteloup). Bibl.

Nat. . Tdjl.

De la goutte et du rhumatisme. Paris, 1810, in-ia. Bibl. Nat. : Td^J.

(2) Voir: Fr. Hoffmann. De aqua medicina universali. Ilal.e, 1712.

(3) Hahn. Unterricht von Kraft und VVùrckung des friscben Wassers. Breslau et Leipzig, 17^9, in-8°. Bibl. Nat. : Te 1 ".

(t\) Journal der practischen Arzneikunde. Iéna, 83 vol. in-8°. Bibl. Nat. : T^.

ÉCOLE ALLEMANDE ET FRANÇAISE aai

pulsations par minute, la température du corps s'abaisser de A à 5 degrés Fahrenheit, parfois dès la première application, en môme temps cpie disparaissent la sécheresse de la peau et de la langue, la soif, le délire, etc.

Reuss et Pitschaft (concurrents de Frolich) emploient l'eau froide, à titre de sédatif ou d'antiphlogistique, dans une foule •de maladies : les fièvres éruptives, les fièvres catarrhales, le typhus, les inflammations du cerveau ou de ses membranes, la manie, l'apoplexie, la mélancolie, la nymphomanie, le delirium tremens, l'épilepsie, les contractures, la migraine, l'amaurose ; dans les plaies de tête, les fractures, les luxations, les maladies des yeux, les angines, l'érysipèle, les brûlures, le panaris, la pourriture d'hôpital, les inflammations de l'intestin, l'iléus, les hernies étranglées, les pertes séminales, l'obésité, etc. (i). »

En France nous avons vu cpi'A. Paré et L. Joubert se servirent de l'eau froide, l'un au xvi e , l'autre au xvir 3 siècle poulie traitement des plaies.

Pendant le xvm e siècle, qui fut le siècle des vapeurs, deux moyens de traitement étaient recommandés contre les crises. Avec Pomme, Tissot etGrimaud préconisaient l'hydrothérapie; Raulin (2) préférait les médicaments, mais se servait aussi quelquefois de l'eau froide, en particulier de pédiluvcs.

Après ces précurseurs, Tanchou (3) tente d'appliquer le même agent d'une façon plus physiologique. Il insiste sur l'action à la fois excitante et sédative de l'eau froide et montre qu'on en peut tirar suivant les modes d'application des effets excitants, toni t s ou résolutifs.

De leur côté, les chirurgiens n'oublient pas les conseils d'Ambroise Paré. Lombard et Percy, chirurgiens de la Répu-

(1) Tartivel. Article cité.

(2) Voir : Raulin. Traité des affections vaporeuses du sexe. Paris, Hérissant, 1708, in-8°.

Pomme. Sur les affections vaporeuses des deux sexes... Paris, 1760, in-12. Bibl. Nat. : Tdp.

(3) Tanchou. Du froid et de son application dans les maladies. Paris, 182/i, in-8".

aaa HYDROTHERAPIE EN GENERAL

blique et de l'Empire, appliquent l'eau à la guérison des plaies et des autres affections chirurgicales. Quelques thèses sont soutenues à Paris et sont écrites dans le même esprit: la plus célèbre est celle de Cornuel (i). En i835, Josse d'Amiens fait connaître (2) sa méthode d'affusion continue et d'irrigation froide dans l'érysipèle, les phlegmons, les plaies simples ou contuses compliquées ou non, les fractures comminutives et les brûlures. Enfin, derrière Auguste Bérard qui vante l'irrigation continue contre l'inflammation (3), viennent se ranger de i836 à i85o: Jobert (de Lamballe), Baudens, Alquié, Blandin, Jules Cloquet, Breschet, Sédillot, Amussat.

Bientôt un parti adverse se forme qui est dirigé par Malgaigne, Velpeau et Nélaton. La lutte persisterait peut-être, si la découverte de l'antisepsie n'avait stérilisé ces discussions.

B. — ÉPOQUE DE PRIESSNITZ.

Les débuts de Priessnitz dans la vie tiennent du roman. Né en l'année 1799, de cultivateurs très modestes dans les montagnes de la Silésie autrichienne, il employa sa jeunesse aux champs et à la garde des bestiaux. Dans ces contrées à demi sauvages, la médecine consistait généralement en applications mystérieuses de l'eau de certaines sources. Ces applications employées pour les animaux malades étaient souvent suivies, avec le concours du repos, du retour des forces ou de la santé même. La manière d'appliquer l'eau n'était pas indifférente, non plus, dit-on, que les paroles cabalistiques qui devaient accompagner. Priessnitz, ayant fait une attention particulière au modus faciendi des plus experts, devint lui-même un des

(1) Cornuel. Dissertation sur les effets thérapeutiques de l'eau douce appliquée à la surface du corps. Thèse, Paris, 181g, n° 225, in-4°.

(2) Josse. Mélanges de chirurgie pratique... Paris, i835, in-8°. Bibl. Nat. : TeijJ.

(3) A. Bérard. Mémoire sur l'emploi de l'eau froide comme antiphlogistique dans le traitement des maladies chirurgicales. Paris, i835.

Le lecteur trouvera un historique détaillé de cette période ancienne de l'hydrothérapie dans l'article déjà cité de Tartivel et, surtout, dans le Traité thérapeutique et clinique d'hydrothérapie par Louis Fleury.

ÉPOQUE DE PRIESSNITZ aaî

premiers dans cet art, quoiqu'il négligeât le sortilège. Ses succès de vétérinaire lui avaient permis de monter un cabaret, lorsqu'un accident, dont il fut victime, faillit lui coûter la vie. Il eut deux côtes brisées par une roue de voiture qui passa sur lui. Le cas parut hors des ressources de l'art (i) et le malade fut condammé par les chirurgiens du pays à mourir ou à rester infirme. « Priessnitz ne se résigna point à cette sentence. De lui-même, il imagina de dilater le thorax par une forte inspiration. Un bandage de corps solide fut appliqué dans cette position et lestement fixé avant le besoin d'expiration. Alors, tenant sa glotte fermée, le malade imita brusquement le mouvement d'un homme qui s'efforce de résister à une grande envie de rire. L'effet qui s'ensuivit fut le redressement des côtes.

Ce succès ne fut pas seulement pour Priessnitz l'avantage d'une guérison envers et contre la Faculté en même temps qu'un triomphe éclatant aux yeux des villageois de Gi'ccffenberg. Dans le repos forcé qu'il dut prendre en attendant la consolidation de sa cure, sa tète organisée pour la médecine travailla. Les problèmes en cette matière devenaient un jeu pour lui à mesure qu'ils se présentaient et que son attention s'y fixait. On accourait chez lui pour tous les cas pathologiques. Maux de dents, foulures, entorses, brûlures, fractures même, tout cela par ses soins ou ses conseils venait à prompte guérison. Priessnitz, entièrement remis lui-même, sortit de son lit pour marcher à une des plus brillantes conquêtes qui aient jamais été. Laissant là les soins du cabaret, il se livra entièrement à l'art de guérir, et se fit d'abord médecin ambulant. L'eau pure était son seul remède, les compresses et les éponges, son seul bagage (2). »

Poursuivi pour exercice illégal de la médecine, Priessnitz dut mettre entre la police et lui, la frontière voisine; il passait d'Autriche en Prusse et vice versa, mais l'évidence des cures était là et la reconnaissance des populations abritait le fugitif.

(1) La fracture était comminutive.

(2) Guettet. Feuilleton : Priessnitz, fondateur de l'hydrothérapie, dans : Gazette médicale, i85i.

Un joui* les médecins des environs crient à l'imposture sous prétexte que Priessnitz n'emploie l'eau que pour leurrer les yeux, que les véritables remèdes sont des produits pharmaceutiques cachés par l'eau et dissous dans les éponges. Priessnitz répond par un défi de montrer cette assertion mensongère ; l'eau est analysée, les éponges coupées en petits morceaux ; l'eau est trouvée pure, les éponges ne contiennent aucun médicament.

A partir de ce jour, Priessnitz s'installe librement à Grœffenberg où il attire par ses talents les malades du monde entier.

En i8/j3, il reçoit 2 3£o malades; en iSM, 2720; en iS45, 3 4oo ; en 18/46, 5 000 malades.

De 18/1G à sa mort (26 novembre i85i) ce dernier nombre de malades se maintient annuellement et Priessnitz laisse à ses héritiers une fortune cpii s'élève à plus de 10 millions.

Le système de Priessnitz est basé sur la théorie des humeurs peccantes dont l'organisme humain est imprégné à l'état de maladie. « Or, l'eau est le meilleur véhicule pour expulser au dehors par toutes les voies des sécrétions (voies urinaires, voie cutanée) ces humeurs peccantes : d'où la conclusion que la meilleure médication à employer pour la guérison de toutes maladies est la médication par l'eau à l'intérieur et à l'extérieur.

Priessnitz s'attachant à ce qui frappe plus particulièrement les sens, considère comme l'organe sur lequel doit spécialement porter l'action de ses moyens curatifs, celui de tous qui a le plus d'étendue, les téguments extérieurs. C'est à la peau qu'il rapporte la principale cause des maladies, parce qu'en négligeant de la cultiver, et l'accoutumant à être tenue trop chaudement, la plupart des hommes en ont tellement diminué l'activité, qu'elle retient en grande partie des substances qui devraient être rejetées au dehors, si ces fonctions s'exerçaient d'une manière normale. Il voit en elle le moyen qui conduit le plus sûrement à la connaissance de l'état intérieur, et c'est sur sa constitution qu'avec le secours des renseignements fournis par le malade, il fonde le diagnostic. Elle est enfin la voie par laquelle il agit sur l'organisme d'une manière à peu

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près nouvelle. Suivant qu'elle rougit avec plus ou moins d'énergie après l'application des agents avec lesquels il la met en contact, elle lui fournit aussi des signes pronostiques, le plus ou moins de difficulté qu'on éprouve à ranimer la vie en elle et par conséquent à faire cesser la principale cause des maladies, étant, de toutes les circonstances, celle qui conduit le plus naturellement à l'appréciation des résultats probables du traitement (i) ».

On peut rapporter tout l'appareil hydriatique à deux catégories. La première comprend les moyens qui agissent sur la peau entière et toute l'économie animale. Ce sont :

i° La sudation, soit par des couvertures de laine, soit par des linges mouillés ;

2° Le bain froid, le demi-bain dégourdi et les ablutions froides ;

3° La douche ;

4° L'ingestion de l'eau dans l'estomac (2).

La seconde catégorie comprend les moyens dont l'action n'intéresse qu'une portion des téguments, une partie limitée du corps. Ce sont :

i° Les bains partiels, comme ceux de siège, de pieds, de tète, de jambes, de bras, de mains, d'yeux, etc. ;

2 Les fomentations réfrigérantes ou échauffantes ;

3° Les lavements froids et les injections froides.

La sudation était pratiquée de la manière suivante :

A l\ heures du matin, les malades étaient réveillés, dépouillés de leurs vêtements et enveloppés dans une grande couverture de laine qui ne laissait que la tête libre. Ils étaient alors couverts d'un lit de plume, bordés avec soin et restaient ainsi immobiles jusqu'à l'apparition de la sueur. Dès que la sueur avait paru, un homme de service ouvrait la fenêtre pour purifier l'air de la chambre et faisait boire au patient, chaque fois qu'il le désirait, une petite quantité d'eau froide. La sudation durait, suivant les malades, de 3 à 6 heures.

(1) Heidenhain et Ehrenberg. Exposition des méthodes hydriatiques de Priesnitz. Paris, 18^2, Baillière, in-120, p. t,. Bibl. Nat. : Te'jj 8 .

(2) Cette classification est tirée de l'ouvrage d'Heidenhain et d'Ehrcnberg.

Mac-Auliffe. i5

2a 6 HYDROTHÉRAPIE EN GÉNÉRAL

Chez quelques-uns, cette sudation s'obtenait difficilement. Pour ceux-là, Priessnitz avait recours au drap mouillé pardessus lequel il faisait rouler une couverture de laine. Dès que la sudation était obtenue par ce moyen infaillible, le drap mouillé était remplacé par la couverture de laine.

Lorsque le malade avait sué aussi longtemps qu'il lui avait été prescrit de le faire, on lui dégageait les pieds, on lui mettait ses chaussures, on lui lâchait un peu sa couverture dont il s'entortillait comme d'un manteau, puis il se rendait aux cuves pour le bain froid.

La cuve était une piscine de 20 à 3o pieds (6 à 9 mètres) de circonférence, dont la température variait de 6° à 9 Réaumur (7°,5 Celsius à n°,25) et dont l'eau se renouvelait sans interruption.

Dépouillé de sa couverture, le malade se mouillait la tète et la poitrine, puis sautait dans la cuve où il se mettait à nager ou du moins à s'agiter le plus vivement possible. Au bout de dix minutes, rarement plus, il sortait du bain, était enveloppé à nouveau, puis ramené dans sa chambre où, après avoir été essuyé, il s'habillait en diligence tant pour se promener que pour boire de l'eau.

Quelques personnes ne pouvaient se soumettre tout d'abord à ce régime. Priessnitz leur prescrivait alors le demi-bain dégourdi. Ce bain était pris dans une baignoire où l'eau ne dépassait pas six pouces (o m ,i2) de hauteur, et dont la température variait entre io° et ili" (12°, 5 C. à i6°,5).

Le malade commençait par se mouiller la tête et la poitrine, puis il s'asseyait dans la baignoire et se baignait tout le corps avec de l'eau. La durée de la balnéalion était de 5 à 6 minutes pendant lesquelles le servant versait sur le corps du malade de l'eau tiède ou même de l'eau froide.

Pour ceux dont la sudation était jugée inutile, Priessnitz employait aussi le bain dégourdi, au sortir du lit, afin de les habituer peu à peu aux basses températures. Ces bains servaient encore à amener la fièvre, réaction salutaire suivant le thérapeute de Graefenberg.

Malgré leur foi en la méthode hydriatique, quelques malades ne pouvaient supporter les bains. Priessnitz ordonnait alors les

ÉPOQUE DE PRIESSNITZ 337

•ablutions froides. C'était toujours une excellente introduction au traitement proprement dit, surtout chez les enfants et chez les sujets « qui ont énervé leur peau, en faisant usage de vêtements trop chauds, ou en portant de la flanelle ». On les pratiquait avec une éponge ou simplement avec le plat de la main.

Le bain pris, suivait la promenade au grand air, pendant laquelle on buvait de l'eau à la source même.

La quantité d'eau à boire variait suivant les individus, et, sauf prescription formelle du Maître, il était recommandé de boire suivant ses besoins.

Après la promenade, de retour à Graefenberg, on déjeunait avec du lait froid, du pain et du beurre, puis on partait pour la douche.

Cette douche était constituée par un jet d'eau tombant de 12 à 20 pieds (3 m , 60 à 6 mètres) sous la forme d'un filet de deux à quatre pouces (o m ,o5 à o m ,2o) de diamètre.

Les malades devaient s'exercer à s'exposer eux-mêmes au filet d'eau dont il fallait garantir certaines parties comme le creux de l'estomac. L'on ne devait jamais doucher la tête qu'après avoir commencé par la couvrir avec les deux mains. Les douches d'œil s'obtenaient en exposant la partie malade « à l'eau qui rejaillit après être tombée sur les bras, tenus horizontalement ». Dès qu'elle était prise, on s'habillait rapidement et l'on revenait à la maison pour le déjeuner.

Parmi les applications locales, celle dont l'effet se rapprochait le plus des applications au corps tout entier, était le bain de siège.

« Il se prend, disent ïïeidenhain et Ehrenberg, dans de petites baignoires rondes, garnies de pieds et d'un dossier, où l'on met assez d'eau froide et quelquefois d'eau dégourdie, pour qu'elle puisse s'élever jusqu'à environ deux travers de doigt au-dessus de l'ombilic. Se propose-t-on seulement de stimuler et de fortifier les organes digestifs et génitaux, on y reste depuis dix minutes jusqu'à un quart d'heure; mais si l'on a en vue, comme dans les maladies fébriles, de diminuer l'action des vaisseaux, de détourner les congestions de la tête ou de la poitrine, on y demeure une demi-heure, une

heure entière, ou même plusieurs heures, en ayant soin de changer l'eau dès qu'elle s'est mise en équilibre de température avec le corps. Pendant le bain, on se frotte doucement le ventre avec la main ; quand on en sort, on se frotte également les fesses, le bas du sacrum et les cuisses, qui sont presque engourdis par le froid, et si l'on peut prendre de l'exercice,. la chaleur normale ne tarde ordinairement pas à se rétablir. »

Pour les bains de pieds, l'eau devait s'élever tout au plus jusqu'aux chevilles. En général on les cessait dès que l'eau s'était échauffée et il était prescrit d'en aider l'action par des frictions continuelles sur les pieds.

Priessnitz avait encore recours aux immersions d'une articulation pour dériver le mal fixé sur une autre.

Des fomentations froides étaient employées contre les maladies du cerveau.

Les fomentations échauffantes ou excitantes consistaient en de véritables pansements humides qui étaient appliqués par exemple sur le ventre dans les maladies aiguës et chroniques des organes digestifs.

Quant au régime, Priesstniz ordonnait une alimentation abondante dont étaient proscrits les condiments, les acides, la moutarde et le poivre, à l'exception du sel. Les viandes rôties, les poissons, les légumes, les laitages, les fruits constituaient le menu de Graefenberg. Jamais Priessnitz ne prescrivait la diète absolue. Parmi les élèves les plus célèbres du << Génie de l'Eau froide », signalons Wertheim, Engel, Bachelier, Scoutletcn, Schedel, Baldou, Lubanslcy, Paul Vidart (de Divonne), Andrieux (de Brioude), Lemarchand (du Tréport), L. Fleury, etc.

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