‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 49 sur 87 · ÉPOQUE DE LOUIS FLEURY · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LOUIS FLEURY

En i845, souffrant de l'asthme de foin, Fleury se souvient ■des principes du médecin allemand. Il se soumet lui-même ■empiriquement à la douche et guérit. Désormais il est conquis à l'hydrothérapie ; il établit à Bellevue un établissement médical, publie brochures sur brochures, livres sur livres et fonde l'hydrothérapie moderne. Nous sortirions du cadre de notre ouvrage si nous nous occupions des travaux de Fleury. Rappelons que son œuvre principale est le Traité thérapeutique ■et clinique a" hydrothérapie (i) et que la liste complète de ses ouvrages a été publiée parTartivel dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.

(1) Paris, Asselin, 1866, in-8°. Bibl. Nat. : Te 1 !, 7 .

« Connaître la composition chimique d'une eau minérale, disait Bergmann, c'est, pour ainsi dire, devancer l'expérience. » En effet, la clinique a permis de constater que les propriétés des eaux dans le traitement des maladies, ont un rapport direct avec les éléments qui les constituent. Aussi longtemps qu'une science encore élémentaire obligeait les médecins à prendre pour base de leurs notions thérapeutiques les effets cliniques des eaux minérales, les vertus de ces eaux ne pouvaient être appréciées avec certitude : la chimie ne pouvait servir de contre-épreuve à la clinique.

Pendant toute une période ancienne qui va de l'antiquité grecque jusqu'aux confins du xix e siècle, les propriétés chimiques ou pour mieux dire physico-chimiques des eaux minérales n'ont pu être déterminées avec précision : il en résulte que la thérapeutique moderne par ces eaux est une science dont les principes ont été profondément renouvelés depuis un siècle.

Les Anciens avaient néanmoins étudié avec le plus grand intérêt, parfois avec la plus grande sagacité, les eaux minérales naturelles. Nous insisterons surtout sur les auteurs errecs et latins, les médecins du xvi e et du xvn e siècle ayant reproduit pour la plupart, en les démarquant quelquefois, les observations de leurs devanciers. Seules les histoires locales, individuelles si l'on peut dire, des eaux .minérales les plus usitées,

EAUX MINÉRALES EN GRÈCE a3i

pourraient offrir de l'intérêt pour le lecteur. Nous ne pouvons aborder ce sujet ici : il a d'ailleurs été traité déjà avec une grande compétence par Alibert, Durand-Fardel(i), etc.

Nous reproduirons donc simplement les connaissances de l'antiquité sur cette matière.

§ i. — Eaux minérales en Grèce.

Les eaux thermo-minérales ont été connues de toute antiquité tant dans la Grèce continentale que dans les îles et dans l'Asie. Homère parle dans l'Iliade de la source du Scamandre qui mêle ses eaux fumantes à celles d'une autre source glacée (2). Hippocrate connaissait les effets de quelques eaux thermales, mais les recommandait peu :

Les plus mauvaises eaux après les eaux de marais et d'étang «sont celles qui sortent des rochers parce qu'elles sont nécessairement dures. Il en est de même de celles qui coulent des terres qui recèlent des eaux thermales, des mines de fer, de cuivre, d'argent, d'or, d'alun, de soufre, de bitume ou de nitre. Comme c'est la force de la chaleur qui produit toutes ces matières, les eaux qui sortent d'une pareille terre ne peuvent être que mauvaises, dures à digérer et échauffantes ; elles passent difficilement par les urines, et resserrent le ventre (3) ».

Les eaux de Scotussa en Thessalie, celles d'Aedepsus en Eubée, étaient fréquentées par les malades. Aedepsus constituait au 111 e siècle avant Jésus-Christ une station recherchée aussi bien pour les agréments qu'on y trouvait réunis que pour

(1) Voir: J.-L. Alibert. Précis historique sur les eaux minérales les plus usitées en médecine. Paris, Béchet, 1826, in-8°. Bibl. Nat. : Te^j?

Duraisd.-Fardki., Le Bret et Lefort. Dictionnaire général des eaux minérales et d'hydrologie médicale. Paris, Baillière, 1860, 2 vol. in-8°. Bibl. Nat. : Te' 5 5 7 .

(2) Iliade, XXII, 147.

/ (3) Hippocrate. Traité des airs, des eaux et des lieux, dans : Encyclopédie des sciences médicales. Hippocrate. Paris, i836, tome I 1 ' 1 ', p. 83.

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les soins de la sanlé(i). Pausanias signale aussi les eaux de Lébédos, de Téion visitées surtout au printemps et à l'automne^). On rencontrait encore des sources dans les asclepeions, autour des temples d'Esculape. Elles servaient sans doute à diverses médications. En général les eaux thermominérales de la Grèce étaient consacrées à Hercule qui le premier retrempa ses forces dans les sources sulfureuses des Thermopyles. Des offrandes étaient faites aux divinités protectrices des sources (coupes, statues, figurines, bas-reliefs, tablettes peintes). On trouvera dans le dictionnaire si souvent cité déjà de Daremberg et Saglio, la représentation de l'une de ces offrandes (Article Aquae).

§ 2. — Eaux minérales chez les Romains.

Les Romains fréquentaient les eaux thermo-minérales, plus encore que les Grecs. Les malades se portaient en foule dans toutes les stations de l'Italie, surtout dans les stations d'eaux froides. Ces stations étaient désignées sous le nom d'Aquae et les noms modernes de nombreuses localités où entrent les formes Aiguës, Aix, Ax ou Dax, rappellent l'ancienne désignation. En Gaule on fréquentait Aquae Sextiae (Aix en Provence), Aquae Gratianae ou Allobrogum (Aix en Savoie), Aquae Calidae (Vichy), Aquae Borvonis (Bourbonne-les-Bains), Aquae Nisineii (Bourbon-Lancy), Aquae Bormonis (Bourbon-L'Archambault), Ilixo ou Lixo (Luchon), Lixovius ou Lissoius (Luxeuil), Aquae Gonvenarum (Bagnères), Aquae Neri ou Neriomagienses (Néris), etc., etc. La plupart des stations thermales d'Europe fréquentées aujourd'hui étaient connues du monde romain.

Les sources chaudes, beaucoup moins fréquentées, por-

(i) Plutarque. Syrnp., IV, 4; id., Frat. am., 17.

(2) Galen. San. tu., IV, 4, t. VI, p. 2M, édit. Kuhn ; Daremberg. Notes de la traduction d'Oribase, p. 880.

taient le nom de Thermae ou Therma (0epu.â, ®lp\i.M ai ïu,epaïat, aujourd'hui Termini). Toutes ces sources étaient consacrées à des divinités et les malades guéris ou soulagés par les eaux adressaient des offrandes à ces divinités. Ces offrandes étaient des gobelets d'argent, voire des pièces de monnaie que l'on jetait dans les piscines et que Ton retrouve encore de nos jours.

Pouzzoles en Campanie, Statyelles en Ligurie, Aix dans la Narbonnaise étaient très fréquentés, mais les thermes les plus fameux étaient ceux de Baies qui attiraient un immense concours de baigneurs et qui étaient plus recherchés pour la vie licencieuse et agréable qu'on y trouvait, que pour leurs propriétés médicinales. Gicéron, Sénèque, Strabon, Josèphe, Horace ont célébré ce lieu de délices où l'on trouvait orchestre et théâtre (i).

La valeur thérapeutique des eaux minérales était par conséquent aussi appréciée à cette époque qu'elle l'est aujourd'hui. Les Romains les employaient en boissons, en bains, en douches (2) et l'on peut voir à ce sujet dans le livre XXXI de l'histoire naturelle de Pline, quelles connaissances merveilleuses l'expérience leur avait données pour la cure des différentes maladies.

Pline s'exprime ainsi:

« Mille localités voient jaillir les eaux en veines propices, là froides, ici chaudes, ailleurs chaudes et froides comme à Dax et dans les Pyrénées où elles sont peu distantes les unes des autres. Ailleurs tièdes ou légèrement chaudes, elles guérissent les maladies ; et, de tous les animaux, l'homme est le seul pour qui elles s'élancent du globe.

Par elles, des noms divers ont grossi la liste des Dieux ; pour elles, on a bâti des villes, par exemple Pouzzole en Campanie, Statyelles en Ligurie, Aix dans la Narbonnaise. Mais

(1) Voir l'article de René Brian dans le Dictionnaire de Daremberg et Saglio, cité plus haut.

(2) Horat. Episl., I, i5, 8; Plin., Hist. nat., XXXI, 3a ; Strab, V, 228.

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c'est à Baïes surtout qu'elles coulent en abondance. Point d'eau médicinale qui présente plus de ressources, puisqu'elle est ici sulfureuse, ici alumineuse, là saline, plus loin nitreuse ou bitumeuse, ou enfin mêlée de sel et d'acide.

Quelques-unes exhalent des vapeurs qui sont elles-mêmes un remède: leur température est si haute qu'elles chauffent les bains et font bouillir l'eau froide dans les baignoires ; celles-ci se nomment à Baïes, Posidiennes, du nom d'un affranchi de Claude. On y fait aussi cuire les aliments. D'autres (et ces dernières appartiennent à Crassus) bouillonnent au sein même de la mer: ainsi l'on voit sourdre dans les flots des moyens de santé.

Ces eaux suivant leurs espèces sont bonnes aux nerfs, aux pieds, aux hanches, aux luxations el aux fractures. Elles sont laxatives, elles guérissent les plaies, dissipent les maux de tète et d'oreilles. Les eaux Cicéroniennes sont bonnes pour les yeux... Les eaux de Sinuesse, situées aussi en Campanie, font cesser la stérilité des femmes et guérissent les hommes de la folie.

Celles de File d'Aenaria guérissent la pierre, ainsi que la source dite acidulé, à quatre milles de Téanum Sidicinum, et celles de Stabies, qu'on nomme demi-acidules, et dans le canton de Venafrum celles qui proviennent de la fontaine Acidulé. On se guérit encore de la pierre en buvant les eaux du lac de Vélia...

Près de Borne, les eaux de l'Albula, qui sont tièdes, guérissent les plaies ; celles de Cutilies, chez les Sabins, sont très froides et pénètrent si vivement le corps qu'elles semblent y faire l'impression d'une morsure : l'estomac, les nerfs, le corps entier s'en trouvent très bien.

Les Thespiens ont une source qui rend les femmes fécondes. Il en est de même en Arcadie du fleuve Elate. La source du Linus dans cette même contrée fait adhérer le fœtus à la matrice et s'oppose aux avortements ; au contraire, le fleuve Aphrodisius, en Pyrrhée, donne la stérilité.

L'eau du lac Alphion est bonne contre le vitiligo (?) (i).

(i) <c Lacus Alphion vitiligines tollit. »

Selon Varron, un ex-préteur nommé Titius en avait le visage si couvert qu'on eût dit un masque de marbre.

Le Cydnus, en Cilicie, guérit la goutte. A Trézène, au contraire, la mauvaise qualité des eaux donne à tous les habitants des maux de pieds. Tongrcs, ville de la Gaule (Spa), a une fontaine fameuse dont l'eau pétillante de bulles

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Fig. 22. — Les bains d'Apone, près de Padoue. à la fin du xv c siècle.

a une saveur ferrugineuse, sensible seulement lorsqu'on achève de la boire. Cette eau est purgative, chasse la fièvre-tierce et dissipe les affections calculeuses. Chauffée, elle devient trouble et rougit. Les eaux Leucogées, entre Naples et Pouzzole, sont bonnes pour les maux d'yeux et pour les pieds, etc., etc. »

Les médecins romains croyaient que l'eau de pluie est la meilleure des eaux, étant la plus légère de toutes, « puis-

qu'elle s'élève dans l'air et y séjourne ». Ce principe admis, les eaux de puits et de neige devaient être rejetées, « parce qu'elles se trouvaient dépouillées des parties les plus ténues et les plus légères (i) ».

Pline préférait, au contraire, « l'eau de puits, dont l'usage est général dans les villes, mais de ces puits qui ne reposent jamais et où l'eau, puisée sans cesse, s'atténue et s'épure dans la terre qui la fdtre ». Il trouvait parfaite l'eau de certains lacs.

L'empereur Néron, soucieux d'obvier aux inconvénients qu'on attribuait à l'eau de neige, avait pris l'habitude de faire bouillir cette eau, de la mettre dans des flacons de verre et de la faire rafraîchir dans la neige (2).

D'ailleurs, dit Pline, le vrai moyen de corriger l'eau malsaine est de la faire bouillir jusqu'à réduction de moitié (3).

Mais de toutes les eaux du monde la plus célèbre par sa fraîcheur et ses effets salutaires était l'eau Marcia, autrefois nommé Auféïa, et la source même, Pitonia. Celle-ci se trouvait à l'extrémité de la chaîne qui hérisse la Pélignie. Elle traversait le territoire des Marses et le lac Fucin, se dirigeant vers Rome ; bientôt elle se perdait, puis reparaissait dans le territoire de Tibur d'où elle était amenée à Rome par un aqueduc d'une longueur de neuf mille pas. Cet aqueduc était dû à la munificence de l'un des rois, Ancus Marcius. Quintus Marcius Rex, dans sa prêture, avait rétabli les conduits ; Agrippa, dans la suite, fit de même.

Rome possédait encore une autre eau excellente, amenée elle aussi par dérivation ; cette eau s'appelait l'eau Vierge, mais à l'époque de Pline des particuliers avaient détourné ces deux sources dans leurs maisons de la ville et des faubourgs.

(1) Pline l'Ancien-. Histoire naturelle, livre XXXI, § 2, 3, 4, etc. Traduction Ajasson de Grandsague (légèrement modifiée). Paris, Panckoucke, i833.

(2) Pline. Hist. nat., livre XXXI, § xxm.

(3) Pline. Hist. nat., livre XXXI, § xxm.

Pline recommande les eaux sulfureuses pour les maladies de nerfs, les alumineuses dans les paralysies ; les bitumeuses,les nitreuses, comme celles de Cutilie, se prennent en boisson et sont purgatives. 11 prescrit des bains de courte durée dans les eaux minérales et les fait suivre de frictions à l'eau froide ou à l'huile.

Oribase rapporte aussi deux passages très précieux sur les eaux minérales. Nous les publions in extenso:

Des eaux minérales naturelles. — Tiré d'Hérodote ; du livre sur les agents médicaux externes.

« Comme les eaux minérales présentent chacune en particulier une grande différence dans leurs propriétés, il faut abandonner ce sujet à ceux qui en ont fait l'expérience, car il est impossible de faire une exposition fidèle de chacune de ces. eaux, attendu que nous ne faisons pas usage de toutes, et qu'on ne peut pas faire connaître ces eaux en se servant simplement d'étiquettes, comme on le fait pour les médicaments composés. Les eaux minérales froides conviennent contre toute espèce de fluxion, contre les maladies de la vessie, contre le mal de tète et contre les ulcères malins. Comme les eaux minérales chaudes ou froides, qu'on prend en boisson, ne sont pas susceptibles d'une classification générale, nous en parlerons en traitant chaque cas en particulier. Pour toutes les eaux minérales, on observera une certaine mesure de temps : par exemple, si on se propose de continuer le traitement par ces eaux pendant trois semaines, on commencera par se baigner pendant une demi-heure et on augmentera peu à peu la durée du bain, de manière à arriver exactement à deux heures vers le septième jour ; on s'en tiendra à cet espace de temps jusqu'à la fin de la seconde semaine ; après cela, on diminuera de nouveau dans la même proportion et on s'arrêtera à la mesure par où l'on avait commencé, en redescendant en sens inverse : en effet, il ne convient pas, ni de rester longtemps dans l'eau dès le commencement de la

cure, ni de s'en tenir jusqu'à la fin au même espace de temps, parce qu'il est utile de commencer et de quitter le traitement dans des proportions déterminées, de la même façon que nous augmentons les exercices pour revenir ensuite au point de départ. Si ces bains ne produisent pas tout l'effet qu'on s'en était promis, il faut y recourir à plusieurs reprises.

Dans les accès de maladies, le bain doit être pris sans étalage : ainsi, après avoir amené les malades aux eaux, on leur fera prendre un bain entier, si presque toutes les parties du corps sont en proie à de fortes douleurs; si, au contraire, il n'y a que certaines parties qui souffrent, on leur fera plonger ces parties dans l'eau; quand leurs douleurs se seront apaisées, on leur ordonnera de s'en aller, et si ensuite ces paroxysmes reviennent de nouveau, on leur fera prendre encore un bain et on administrera ainsi ces eaux de la même manière que les fomentations et les cataplasmes qu'on applique à l'extérieur : on déterminera donc aussi la mesure de leur emploi suivant que les circonstances sont plus ou moins pressantes. J'ai connu certains malades qui poursuivirent cette méthode de traitement pendant tout le cours d'une journée et qui en recueillirent un bien-être très prononcé : ils furent, du moins, rapidement délivrés des paroxysmes de ce genre, qui, chez eux, étaient auparavant longs et difficiles à enlever, et leur état général s'améliora en même temps.

S'il est possible de tenir dans l'eau les parties souffrantes, en mettant les autres à couvert, il n'est pas trop mauvais de continuer pendant un long espace de temps l'emploi de ces eaux et d'y recourir plusieurs fois par jour, mais il faut faire ce traitement avant le repas : en effet, quand on a le corps rempli de matériaux nouveaux, il n'est pas sans inconvénient d'employer un traitement qui agit si fortement. Si les forces abandonnent les malades, on leur donnera quelque peu d'aliments.

Comme la plupart des eaux minérales se trouvent dans des endroits à la fois marécageux et brûlants, et par conséquent sujets à produire des maladies, le temps opportun pour s'y rendre est la partie du printemps et de l'automne qui se

rapproche de l'hiver, quoiqu'on puisse aussi recourir à leur action pendant l'été, si elles sont situées dans des endroits salubres et si elles sont froides. Puisque beaucoup de gens du monde croient que les eaux minérales chaudes contribuent à conserver la santé et que, pour cette raison, ils en usent sans mesure et sans direction, à leur détriment, bien entendu, ainsi que cela est naturel, il importe de leur faire abandonner cette fausse opinion ; toutefois, s'il y a de ces eaux à portée, on peut s'en servir au lieu de bains ordinaires.

Sur les bains minéraux naturels. — Tiré d'Antyllus, dit premier livre sur les moyens de traitement.

L'action des bains minéraux naturels est beaucoup plus efficace et plus énergique que celle des bains artificiels, mais il y a plusieurs espèces d'eaux minérales, suivant les propriétés du sol qu'elles traversent; aussi elles sont ou alcalines, ou salines, ou alumineuses, ou sulfureuses, ou bitumineuses, ou vitrioliques (chargées de sulfate de cuivre), ou ferrugineuses; d'autres, enfin, sont composées de ces diverses propriétés, quand plusieurs qualités (c'est-à-dire plusieurs substances) sont mêlées ensemble. Toutes les eaux minérales sont douées de propriétés desséchantes et échauffantes, et, en général, elles sont très énergiques. Les eaux alcalines, ou contenant du sel, sont utiles dans les fluxions du côté de la tète et de la poitrine, ainsi que dans un excès d'humidité de l'orifice de l'estomac, puis dans l'hydropisie et les tumeurs qui viennent à la suite des maladies, enfin quand la composition élémentaire du corps favorise la production de la pituite; les eaux alumineuses conviennent contre les crachements de sang et contre la tendance de l'orifice de l'estomac à produire des vomissements ; elles sont utiles aux gens démesurément incommodés par les hémorroïdes, ainsi qu'aux femmes dont l'écoulement menstruel se fait irrégulièrement, et qui sont sujettes aux avortements. Les eaux sulfureuses ramollissent les nerfs, font prédominer la chaleur dans la composition élémentaire, et apaisent les douleurs; mais elles affaiblissent

aio EAUX MINÉRALES

et retournent l'orifice de l'estomac. Les eaux bitumineuses causent de la plénitude dans la tête et font du tort aux organes des sens, mais elles réchauffent d'une manière persistante, et, si on s'en sert pendant longtemps, elles ramollissent, surtout la matrice, la vessie, ou le côlon. Les eaux vitrioliques sont éminemment utiles pour la bouche, les amygdales, la luette et les yeux. Les eaux qui participent aux propriétés du fer peuvent produire de l'effet contre les maladies de l'orifice de l'estomac et de la rate. Les eaux douées de propriétés mixtes agissent selon la prédominance des qualités qui s'y trouvent mêlées. On n'emploiera les eaux minérales naturelles que lorsqu'elles sont calmes et reposées; car la vapeur qui s'en élève lorsqu'elles sont agitées, étant douée de propriétés alourdissantes et étourdissantes, incommode la tête ; pour cette raison, on doit aussi y entrer sans faire trop de mouvements, afin que, venant frapper le corps dans un état de relâchement, les substances puissent agir efficacement en imprégnant le corps de leurs propriétés; chez ceux, au contraire, qui entrent dans l'eau en se donnant beaucoup d'agitation et de trouble, le corps se resserre et ne se laisse pas pénétrer par les propriétés de l'eau ; il ne convient donc pas de nager, ou de se plonger dans les bains minéraux. Se placer sous un filet d'eau minérale est une pratique à laquelle on ne doit recourir que pour les eaux dont les propriétés sont profitables à la tète; ceux donc qui s'exposent à des filets d'eau sourdant de bitume ou de soufre, peuvent aisément se faire du mal. »

Après ces quelques citations, nous pourrions invoquer l'autorité de Baccius et de tant d'autres. Mais jusqu'à l'avènement de la chimie moderne, tous les ouvrages signalés dans les bibliographies spéciales sont, ou bien des compilations sans intérêt de préceptes antiques, ou bien des essais physicochimiques élémentaires et très fréquemment faux. La médecine elle-même, était aussi au rudiment, et les observations cliniques citées dans les ouvrages mériteraient confirmation. Nous négligeons donc l'étude de l'époque intermédiaire à la période antique proprement dite que nous venons d'étu-

EAUX MINÉRALES CHEZ LES ROMAINS afti

dier et à la période moderne que nous n'avons pas à étudier.

Nous indiqueronscependantquelques références aux lecteurs que cette étude intéresserait (i).

(i) Baccius (A..). De thermis. Venetiis, 1571, in-fol. Bibl. INat. : Te'j 4 .

J. Banc. La mémoire renouvelée des merveilles des eaux naturelles. Paris, Scvestre, i6o5, in-8». Bibl. Nat. . Te||g.

H. de Rochas. Traicté des observations nouvelles et vraye cognoissance des eaux minéralles. Paris, i634, in-8». Bibl. Nat. : Te 1 ! 9 .

Le Givre. Le secret des eaux minérales acides, etc. Paris, Ribou, 1667, in-12». Bibl. Nat. . Te 1 !? .

Du Clos. Observations sur les eaux minérales de plusieurs provinces de France... faites en l'Académie... des sciences... Paris, 1675.

Boyle (Rob.). Short Memoirs for the Natural Expérimental Ilistory of Minerai Waters. London, i684> in-4».

Fr. Hoffmann. Opuscula de aquis mineralibus, earumque salutari virtute, l\ , 1728, in-8».

Juvet. Mémoire sur les eaux minérales. Paris, 1757, in-12». Bibl. Nat. : Te^f .

Monnet. Traité des eaux minérales avec plusieurs mémoires de chimie relatifs à cet objet. Paris, 1768,111-130. Bibl. Nat. : Te 1 ^ 9 .

Monro (D.). Treatise on Minerai Waters. London, 1770, 3 vol. in-8°. Bibl. Nat. . Te 1 ! 9 .

Raulin. Des eaux minérales en général. Paris, 1772-1774, 2 vol. in-12. Bibl. Nat. : Te 1 !?.

Hoffmann (G. -A ). Taschenbuch... (Manuel pour les eaux minérales...) Weimar, 1794, in-8». Bibl. Nat. ■ Te 1 ^.

Voir aussi : J. Anglada. Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux sulfureuses et des eaux thermales. Paris, Gabon, 1827-1828, 2 vol. in-8°. Bibl. Nat. : Tel*.

Mac-Auliffe. i(>

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