‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 52 sur 87 · DU FROID COMME MODIFICATEUR GÊNÉBAL AMBIANT 2J · texte numérisé non relu

DU FROID COMME MODIFICATEUR GÊNÉBAL AMBIANT 2J

danger, du moins hors le temps chaud, seule époque où Ton puisse d'ailleurs l'employer chez les animaux ; puisque (chose qui n'est pas indifférente à notre sujet) l'époque du rut ne se reproduit ordinairement chez eux qu'avec la chaleur et disparaît avec elle.

Mais cette infécondité se réduit la plupart du temps à une question de médecine. En effet, l'action fécondante de l'utérus et de ses annexes n'est souvent qu'enchaînée par une irritation propre aux organes génitaux et le plus souvent même à un organe étranger qui accapare la vitalité de ces viscères. Qu'est la chlorose des jeunes filles, par exemple, si ce n'est une altération du sang, suite d'une ou de plusieurs irritations viscérales élevées à un degré capable de suspendre même le flux menstruel ? Guérissez la maladie et l'appareil génital reprendra ses droits. C'est un point de pathologie sur lequel M. Broussais a souvent fixé mon attention, et que j'ai déjà maintes fois vérifié dans la pratique. Souvent, en effet, j'ai vu après nombre d'années d'infécondité et d'irritation des intestins, du cœur, des poumons, etc. ; irritations encore aggravées par la privation, par le chagrin profond qu'éprouvent, de leur stérilité, certaines femmes chez qui la philogéniture estforte ; et trop souvent aussi par une funeste médication, par l'abus des ferrugineux, etc. ; souvent, dis-je, j'ai vu ces affections céder à un traitement rationnel ; et, pour comble de bonheur, leur disparition être bientôt suivie de fécondité, quelquefois même d'une fécondité excessive. — J'ai connu, entre autres exemples de cet ordre, une dame qui, après s'être ainsi lamentée pendant neuf années d'un mariage infécond, mit ensuite neuf enfants au monde, presque dans le même espace de temps. De telle sorte qu'elle finit bientôt par se lamenter dans un sens tout à fait opposé ... (i) ».

Si l'on accepte pour vraies les observations du capitaine Parry, d'ordinaire très rigoureuses, le froid intense pourrait rendre plus actives quelques-unes de nos fonctions de relation. L'audition, par exemple, serait plus exquise sous les climats sévères que dans nos contrées. Soumis, dans l'île Melleville, à

(i) La Corbière. Op. cit., p. 1 4 1 et suivantes.

un froid extrême, Parry(i), rapporte avec étonnement ce curieux phénomène :

« La distance à laquelle les sons se faisaient entendre en plein air et pendant les grands froids fut toujours un objet de surprise pour nous. Nous entendions souvent, par exemple, des personnes causer du ton ordinaire de la conversation, à la distance d'un mille, et j'entendis un homme chanter sur le rivage, quoique j'en fusse encore beaucoup plus éloigné. »

Dans le même ordre d'idées, La Corbière prétend établir que l'odorat s'émousse dans les pays froids (2) et que la mimique, ce « kaléidoscope animal », subit la même influence...

Au début du xix e siècle, les médecins faisaient jouer, ajuste titre d'ailleurs, un rôle important à l'action des agents physiques sur le corps humain. L'étude du terrain était faite sous le couvert de celle des tempéraments ; elle avait conduit à des interprétations excellentes et dont la véracité apparaît de nouveau aujourd'hui.

Jusqu'à ces derniers temps, la méthode expérimentale de Claude Bernard, méthode de laboratoire, qui a fait ses preuves, mais qui a étudié lés organismes dans des conditions artificielles, faisait la loi en médecine.

Avec les travaux de l'école de Lyon (3) une méthode nouvelle, essentiellement clinique, s'est juxtaposée à l'ancienne méthode.

Il y a un lien entre la méthode de Sigaud et les travaux de Borden (4), de Broussais, de Macquart et même du vieil Hippocrate. Elle étudie, elle aussi, le terrain, la capacité biologique des individus en prenant pour base scientifique et si nous osons dire, pour fil conducteur, un procédé nouveau, l'exploration externe du tube digestif.

(1) Voyage fait en 1819 et 1820, sur les vaisseaux de S. M. britannique, pour découvrir un passage du Xord-Ouest de l'océan Atlantique à la mer Pacifique, sous les ordres de William Edward Parry, etc. Paris, chez Gide fils, 1822.

(2) La Corbière. Op. cit., p. 1/17.

(3) Cf. : Sigaud. Traité clinique de la digestion, op. cit.

Léon Vincent. Traité de l'exploration manuelle des organes digestifs. Paris, Doin,

(4) Borden (Th.). Recherches sur le tissu muqueux et traité du pouls. Paris, 1767, in-8°.

DU FROlli COMME MODIFICATEUR GÉNÉRAL AMBIANT 2 5 7

La belle page de clinique que nous allons citer el qui a été écrite par Laurain, en 1803, fait songera ces travaux récents:

Action dit froid sur l'homme robuste et sur le faible.

L'effet tonique du froid est toujours proportionné à la force de la constitution. Bien loin de l'affaiblir, quand il n'est pas excessif, il entretient, par la réaction qu'il sollicite, les organes sur un ton qui est souvent dangereux, et qui devient quelquefois la cause excitante des maladies inflammatoires. C'est a juste titre que les anciens, dit Macquart, ont prononcé que les gens robustes se trouvent plus forts en hiver qu'en été, et que l'homme faible est au contraire en meilleur état dans cette dernière saison. En effet, celui-ci s'expose-t-il à un froid même léger, il est loin d'en être fortifié. Moins la vie est active., et plus elle s'offense du froid. Son action délétère sur les corps vivants semble croître en même proportion que décroit l'énergie vitale. Un corps délicat se resserre, pâlit, semble chercher à se dérober à l'impression du froid; il réagit faiblement, un corps plus débile finirait par y succomber. Lavacra frigida, a dit Sanctorius, corpora robusta calefaciunt, debilia réfrigérant (i). Les hommes forts éprouvent, après un séjour plus ou moins prolongé dans le bain froid, une sensation douce de chaleur, avec un accroissement de forces musculaires. Les personnes faibles n'éprouvent rien de semblable ; elles ont de la pesanteur et de l'engourdissement dans les mouvements, et parviennent difficilement à se réchauffer.

Qu'une personne se trouve affaiblie momentanément par la privation d'un stimulus habituel, elle devient alors plus sensible au froid. Ainsi un individu qui, habitué au repas du soir, se couche sans avoir pris de nourriture à cette époque, 11e s'échauffe dans son lit que fort difficilement. Nous sommes aussi plus sensibles au froid avant de prendre des alimenta, et dans les moments qui suivent cet acte, que dans tout autre

(i) Ailleurs, il dit : Frigus cxternum prohibet pcrspirationem in debili, in robuslo \cro auget. Aph. OS. (Note d'A. Laurain.)

Mac-Auliffe. 17

temps de la journée, parce que l'extérieur est alors moins vivifié par les forces vitales. La pâleur, l'affaissement des parties, le pouls concentré, etc., dénotent assez que cet état existe. Voilà pourquoi il est bon qu'une personne infirme, peu faite aux impressions du froid, ne s'y expose pas quand la digestion commence. Cette fonction, qui peut, chez elle, nous donner une légère image de la maladie, nous fait une loi de ne jamais la troubler; il faut alors du calme et du recueillement. Quand l.'estomac, devenu centre actif, est un point de départ d'émanations vitales, que la peau se colore, que le pouls se développe, acquiert de l'amplitude, le froid est alors moins sensible. Le centre gastrique est dans ce cas-ci un foyer de réaction, comme le système musculaire, le devient dans la locomotion (i).

Page 1