LOCAL CURATIF
a. — Phleamasies, érysipèle, furoncles, goutte, rhumatisme, phlébite, croup, etc.
Nous avons vu que l'eau froide sous toutes ses formes,
-(1) La Corbière. Op. cil., p. 2'iÇ).
(2) La Corbière. Op. cil., p. 2Ô3.
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hydrothérapie proprement dite, boissons, injections, lotions et ablutions, fomentations ou applications, douches, irrigations, affusions, immersions et bains, a été vantée depuis la plus haute antiquité, particulièrement contre l'inflammation. Il en est de même de la neige et de la glace.
L'école de Broussais faisait du froid et des émissions sanguines le remède héroïque contre les phlegmasies. Depuis Avicenne et Giannini, Broussais (i), Rayer (2), Tanchou (3) se sont servis du froid contre l'érysipèle. Ils prescrivaient surtout l'oxycrat, c'est-à-dire un mélange d'eau et de vinaigre que l'on appliquait en compresses tous les quarts d'heure en ayant soin de rendre de plus en plus froide l'eau dont on se servait.
Les pansements humides, froids et émollients ont joui d'une grande faveur auprès de certains médecins, au début du x(x c siècle, contre les furoncles, les dartres (4) et le phlegmon.
Ad inflammationem frigida confert, et partes quee inflammationem patiantur refrigendse... (5) dit formellement le père de la médecine. Fidèle à ce principe d'Hippocrate, Dupuytren joignait l'emploi des bains généraux et locaux et des topiques résolutifs froids contre les abcès. Il blâmait l'usage des cataplasmes émollients chauds, comme étant propres à entretenir la fluxion locale (6).
Pendant de longs siècles, le « froid intérieur », sous forme de boissons froides et de glace, a été vanté contre l'arthritisme et la goutte. Hancockius (7), Maret (8), Pomme (9), Ronde-
(1) Broussais. Cours île pathologie, tome I er , p. 117. Paris. i83s, 33, 36.
(2) Rayer. Abrégé du Dictionnaire des sciences médicales, article Erythème.
(3) Tanchou. Du froid et de son application dans les maladies. Paris, 1824, p. io3 et suivantes.
(4) Cf. . Brandis (J.-D.). Erfahrungen ùber die Amvendlung der Kâltc in Krankheiten. Berlin, i833, p. !S et suivantes.
La Corbière (observation du D'' Marcel Gaubert). Op. cit., p. 3lG.
(5) De affect., S 5.
(6) Cf. : Tavernier. De l'érysipèle pblegmoneux, etc., in : Journal des connaissances médicales, décembre 1 833, p. 1 43 .
(7) Hancockius. l'ebrifugum magnum. Op. cil.
(8) Maret. Mémoire sur les bains d'eau douce, etc. Op. cit.
(9) Pomme (M.). Réfutation de la doctrine médicale de Brown, etc., et Traité des. affections \aporeuscs des deux sexes, etc. Paris et Arles, 1760 et 180G.
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let(i), Hoffmann (2), etc., se sont fait les champions de celle médication.
Plus audacieux, Hippocrate faisait appliquer le froid extra ■contre ces deux diathèses :
« Le froid appliqué aux tumeurs des articulations, dit-il, aux douleurs sans ulcération, aux parties affectées de goutte, dans certaines convulsions, non seulement diminue, soulage la douleur, mais même il l'emporte, etc. (3). »
« Hermann van der Heyden (4) conseille l'immersion des pieds et des jambes aux arthritiques, et rapporte avoir observé plusieurs succès de ce remède, que Th. Bartholin (5) assure avoir vu employer utilement par un grand d'Espagne. Sueberger (6) n'est pas moins explicite et insiste surtout sur la neige et la glace ; Scudamore (7) recommande les applications de compresses imbibées d'eau froide ; M. Broussais (8), tout en la soumettant à des restrictions peut-être un peu excessives, conseille néanmoins aussi la glace (9). »
Hydrothérapie. — Comme nous l'avons dit, au chapitre hydrothérapie, Gastaldy d'Avignon conseillait, au xvni siècle, l'eau froide contre les rhumatismes et, le 6 mai 17 18, Crispin avait soutenu dans la même ville une thèse intéressante où il se faisait le propagateur des idées de son maître et de quelques médecins anglais contemporains sur la thérapeutique par le froid contre la diathèse rhumatismale.
Au xvin c siècle encore, Homberg (10) prétend que la gué-
Ci) Rondelet (D r Rondibilis, de Rabelais). Melh. Curand. omnium morb. Lugdun., 1583, 5 vol. in-8°.
(2) Hoffmann* (Fred.). Ue aqua med. universal. et de aqua frigid. potend. salut. Halle, I7"40.
(3) Hippocrate. Apborismes, livre 5, apli. a5.
(4) Hermann van der Heyden. Discnrsus aqu. frig. pot. doloris sistensis, etc. •Gandoni, ioiy, in-8°.
(5) Th Bartholin. Sur la neige, chap. xxvm, 1O70.
(6) Suebkrger. Méth. import, contre les douleurs des articulations. (Note de La •Corbière )
(7) Scudamore. Traité delà goutte et des rhumatismes, trad. Paris, i823, in-8°.
(8) Broussais. Op. cit., t. I, p. 17O.
(g) La Corbière. Op. cit., p. 3 19 et 3so.
(10) Homberg. Histoire de l'Académie royale des sciences de Paris, 1770.
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rison du rhumatisme ne dépend pas moins du bain froid que du bain chaud, et Tissot(i) dans son Avis au peuple affirme que les bains de rivière et surtout de mer ont pu seuls débarrasser quelques malades qui avaient vainement essayé de la chaleur et de toutes les autres méthodes de traitement du rhumatisme. Reuss et Brandis (2) professaient la même opinion.
En i836, Berigny proposa le froid contre la phlébite.
« Ayant quelquefois employé le bandage roulé dans cette sorte de maladie, nous avons été à même de constater que les cas qui résistaient à ce traitement mécanique cédaient bientôt et instantanément à l'immersion du membre malade dans l'eau froide ou glacée pendant douze ou vingt-quatre heures, ou un temps plus ou moins long, selon l'intensité de la maladie. Peut-être même serait-ce un moyen aussi sûr et plus prompt de guérison que de combattre par ce traitement toutes les leuco-phlegmoniesl... (3). »
Avant la découverte du sérum antidiphtérique, il n'est pas de traitement qui n'ait été tenté contre le croup. A travers la longue théorie des siècles, le froid avait toujours eu ses défenseurs et ses apôtres ; il était impossible qu'on ne lui attribuât pas un certain nombre de guérisons de diphtérie. Déjà le commentateur de Giannini, le baron N. Heurteloup, disait :
« Le croup, auquel si peu d'enfants échappent, et particulièrement le croup aigu, malgré tous les moyens imaginés jusqu'à ce jour, ne pourrait-il pas être attaqué avantageusement par les affusions ou les bains froids ? Au moins ne pourraient-ils pas servir à arrêter les progrès du mal et faciliter ainsi l'emploi d'autres remèdes ? (4) <>
Certains médecins tentèrent le traitement timidement proposé par Heurteloup contre le croup. Barder, de Saint-
(1) Tissot. Am's au |ieii[jle, |>. i5y ; Lausanne, 17G1 ; Paris, 1^63.
(2) Brandis. Op. cit., p. 71.
(3) Bekigny. Bévue des hôpitaux ; Journal (1rs connaissances médicales, i5 février i836p. 200.
(4) .1. Giannini. De la nature des fièvres et de la meilleure méthode de les traiter» avec quelques corollaires (traducli n Heurteloup). Paris, 1808, op. cit., t. II, p. 322»
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Pétersbourg, en généralisa l'emploi à tous ses petits malades diphtéritiques.
Le malade étaif^plaeé dans une baignoire vide et couché sur des traversins remplis de foin: quand il s'agissait d'un enfant, un aide le maintenait couché sur le ventre. Puis d'une hauteur de un à deux pieds et plus, on projetait avec force sur la tête d'abord, ensuite sur la nuque, sur le dos, sur la poitrine, un ou deux seaux d'eau à la température de io° à 12 R. En même temps la peau de la poitrine et du dos était frottée jusqu'à rubéfaction. Le malade était ensuite transporté dans son lit ; on le couvrait de compresses mouillées et froides et de légères couvertures. Cette manipulation, dans les cas graves, durait jusqu'à dix minutes, et elle était renouvelée chaque fois qu'il se produisait une aggravation des symptômes (1).
« Grâce à cette médication audacieuse, dit M. Labadie- Lagrave, Harder prétend avoir obtenu parfois des guérisons, même dans les cas les plus désespérés, alors que les malades étaient plongés dans le coma asphyxique et que les extrémités étaient déjà notablement refroidies.
Harder n'a pas manqué d'imitateurs en Allemagne. Mùller, Aberle, Bambach, Dùsterberg, Hergst, Ulrich, le P r Eck, Landa, Fischer, Hanner ont publié des observations de croup guéri par l'eau froide.
Landa, entre autres, rapporte que sur trente-trois cas traités par les applications de glace sur le cou, les affusions froides et les enveloppements dans le drap mouillé, deux seulement se sont terminés par la mort.
C'est en stimulant les mouvements respiratoires, en faisant pousser des cris aux malades et en favorisant de la sorte la toux et l'expectoration que les applications extérieures du froid amènent, selon Landa, la guérison du croup.
Schindler, un adepte de Priessnitz, décrit de la façon suivante le procédé à suivre dans le traitement de l'angine et de la laryngite diphtéritique:
Quand on est en présence d'un accès de vrai croup, on pratique aussitôt des frictions avec un linge trempé dans de
(1) Cf. : IIaudek. Abbandlungen ausdem Gebieteder Heilkunde. Pétersbourg, 1821.
l'eau absolument froide. Avant la friction, on a soin de mouiller rapidement les mains, la poitrine, le cou, la figure et la tète. Une compresse froide est enroulée autour du cou, puis le malade est enveloppé dans le drap mouillé et frictionné sur toute la surface du corps, à l'exception de la tète, sur laquelle on applique également une compresse froide. Le malade se tient debout. Un premier aide frictionne la nuque, les épaules, le dos et la poitrine ; un autre le ventre, les lombes et les avant-bras; un troisième, les membres inférieurs, y compris les pieds. La partie supérieure du corps, qui se réchauffe très promptement, doit être à plusieurs reprises aspergée avec de l'eau froide. On devra également renouveler plusieurs fois, à chaque séance, le drap mouillé ainsi que la compresse froide roulée autour du cou. Pendant la friction, on fait boire au malade de l'eau froide. Cette manipulation devra être poursuivie jusqu'à ce que la toux perde son caractère spasmodique, qu'elle ne rappelle plus l'aboiement, et qu'elle soit accompagnée d'expectoration, enfin que la voix cesse d'être rauque et que la respiration se fasse sans peine... L'ingestion d'une notable quantité d'eau froide, combinée avec les frictions, déterminera souvent des vomissements salutaires. On provoquera ceux-ci en exerçant une pression sur la région épigastrique.
Wildbach, Richter, Steinbacher ont vanté les enveloppements dans le drap humide, suivis de frictions à l'eau froide, ainsi que les bains de siège.
Schadler, Weiskopf, Roser ont eu recours aux affusions froides dans le bain tiède. D'après Weiskopf, nul moyen n'est égal aux affusions froides pour favoriser l'expectoration des produits morbides accumulés dans les voies respiratoires (i). »
C'est ainsi que toutes les maladies ou presque toutes ont été considérées, au cours de l'histoire médicale, comme justiciables du froid. Quelques traités spéciaux, celui de La Corbière, par exemple, montrent tout le parti qu'on a pu tirer de cet agent dans les affections les plus variées et le lecteur y
(i) Labadie-Laghave. Thèse d'agrégation, op. cit., |>. yo et yi.
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trouvera consignés des résultats thérapeutiques indiscutableset pourtant un peu inattendus.
Nous nous contenterons, pour être brefs, de signaler encore les études des anciens auteurs sur l'action du froid employé ■comme remède contre quelques affections graves.
b. — Méningite, pneumonie, pleurésie, etc.
Vogler, Lieutaud, Cullen, Pinel, Georget, Récamier, Esquirol, Amiral, etc., ont employé les applications locales du froid comme antiphlogistique dans le traitement des diverses formes de méningite.
« Dans tous les cas, déclarait Broussais (les émissions sanguines préalables, si elles sont jugées nécessaires, ayant été faites) administrez les boissons, les lavements froids, la glace, et appliquez le froid sur la tète (i). »
« Après les saignées, dit d'autre part Andral, vient un moyen qui peut avoir une action puissante. C'est le froid ; mais il faut bien se garder de l'employer avant d'avoir abattu la réaction par des émissions sanguines plus ou moins répétées. Si la réaction ne s'est pas montrée, le froid peut être employé beaucoup plus tôt, mais toujours avec les plus grandes précautions. L'application du froid, avant la chute de la réaction, rend celle-ci beaucoup plus violente et capable de causer les accidents les plus terribles. Un autre inconvénient dérive encore de l'usage de ce moyen, c'est la production d'un collapsus trop fort, d'un coma que rien ne peut vaincre. Il faut connaître ces deux écueils entre lesquels on doit tâcher de se tenir. Pourtant il vaudrait mieux encore une réaction trop forte, qu'on peut combattre toujours, qu'un collapsus profond, contre lequel souvent tous les moyens échouent.
L'application du froid se fait par la glace, en permanence sur la partie enflammée, et non d'une manière passagère ou de courte durée, ces intervalles donnant à la réaction le temps de se reproduire. La glace ne doit pas peser sur la tête ; il
(i) Broussais. Op. cit., t. III, p. 379.
faut qu'elle soit pilée et renouvelée de temps en temps. Il est des individus qui reçoivent du froid une impression désagréable, non pas momentanée, ce qui est général, mais persistante et alors il faut en interrompre l'usage. A d'autres, au contraire, l'application de la glace cause un plaisir extrême, et souvent le retour de l'intelligence ; la cessation du délire suit immédiatement l'application de la glace que ces malades demandent avec instance. On peut encore employer le froid sous une autre forme, en affusion d'eau à +22°,+ 20°, -f- 18 , -+- 16 R., très rarement au-dessous. Ces affusions sont administrées à intervalles plus ou moins éloignés, et chacune à une
durée qui peut être d'abord
de une à deux minutes, pour être ensuite beaucoup plus longue. Dans certaines circonstances on a établi un courant continu, s'écoulant du crâne sur la face, à une Appareil de Penasse pour la réfri- température modérée. D'au-
ératicm de la tète, avec lequel l'eau ne peut tres f ; s c ' est pe) . s tUHcidium,
lumecter les pièces du lit et qui permet de l
porter l'action réfrigérante sur la partie de la CJUtlatim, Cltt'on fait tomber
tète qui repose sur l'oreiller. (Journal des conn. ,, „ . , ,,
mêdico-ciùr., i85A-i8ô5, p. 23a.) leau troide dune certaine
hauteur sur la tète : quelques médecins attachent à ce mode de faire une grande importance. J'ai vu une fille, ayant tous les signes d'encéphalite très prononcée, qui, soumise à l'action de ce moyen pendant quatre jours, guérit parfaitement. Aucune autre médication n'avait été employée. Ce cas appartient à M. Récamier. Du reste, le froid est un agent puissant, mais dont le maniement demande une grande habileté ; mal employé, il peut être la source d'une foule d'accidents terribles ; on a mis en usage les ablutions froides générales, dans des cas de mouvement fébrile intense : on promène sur toute la surface cutanée une éponge mouillée d'eau froide vinaigrée ou simple, en même temps qu'on a soin de tenir la tête fraîche. » (i)
(i) Andral. Leçons sur les maladies des centres nerveux, recueillies par M. Leriverend (E.). Paris, i836, etc.