‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 65 sur 87 · XVII- ET XVIII- SIÈCLES 3a · texte numérisé non relu

XVII- ET XVIII- SIÈCLES 3a

traité de la Cinésiologic contient aussi diverses dissertations de Georges-Ernest Stahl et de Frédéric Hoffmann sur le même sujet (i).

Du reste, Léonard de Vinci avait donné dans son livre sur la Peinture (i65i) les règles de l'attitude et du mouvement, d'après l'antique. Suivant une loi générale dans l'histoire des sciences, les matériaux s'amassaient peu à peu pour l'avènement d'une gymnastique rationnelle née de l'observation des organismes, physiologique dans ses applications et thérapeutique dans ses effets.

Tronchin, dont les cures ont été si célèbres, mais qui a si peu écrit, mettait au service de ses traitements l'exercice, la gymnastique et le massage.

« Ce que les historiens nous disent des différents caractères des médecins les plus accrédités de Rome, écrit Chornel à propos du médecin de Voltaire, aurait lieu de nous étonner, si nous ne voyions pas reparaître, comme par intervalle, des hommes aussi singuliers. La postérité aura peine à croire qu'on ait vu à Paris un médecin étranger, fort à la mode et fort couru, qui cependant rejetait de sa méthode, saignées,

(i) N. Daily a traduit dans son Traité un passage dus Disserlationes physico-mediese d'Hoffmann (La Haye, 1708). On lira cette intéressante traduction intitulée : Du moul'ement considéré comme le meilleur médecin du corps, à la page 211 de la Cinésiologic. Plus loin (p 244), N. Daily a fait de ce mémoire la courte analyse qui suit :

" Fr Hoffmann voulait que le mouvement gymnastique, qu'il appelle artificiel, artis motus, fût organisé dans une parfaite corrélation avec le mouvement naturel qui s'accomplit dans le corps humain et dans cliacune de ses parties, en vertu de la force motrice qui lui est inhérente. Il voulait que ce mouvement artificiel fût toujours, comme le mouvement naturel, modéré selon le nombre, la mesure el l'équilibre, — afin que, loin de perturber les actes physiologiques de l'organisme, il tendît à les rappeler à leur normalité, à les entretenir en cet état, à les élever à toute leur puissauce, non seulement en vue de la santé, mais aussi, et finalement, en vue du perfectionnement de la forme et des aptitudes du corps humain, — instrument et serviteur de l'àme immortelle qui habite en lui.

Ainsi, dans la pensée de Fr. Hoffmann, le mouvement artificiel, organisé physiologiquement, était l'élément essentiel de la thérapeutique, de l'hygiène - , de l'éducation physique, intellectuelle et morale; et son traité que nous avons traduit en est un des premiers délinéaments, une des premières applications.

Les notions qu'il contient sont d'une grande justesse ; et si nous tenons compte de l'époque à laquelle elles ont été écrites, toute réserve faite à l'égard des sciences accessoires, nous pensons que, depuis, on n'a rien dit de plus substantiel à ce sujet. »

purgations, lavements, quinquina, opium, émétiquc, lait, bains, eaux minérales, vésicatoires, etc. Toute sa pratique se bornait à conseiller des frictions, du mouvement, de l'exercice, de longues promenades à pied, l'usage du vin, de la viande froide (i). »

Sydenham, Baglivi, Boerhaave, Van-Swieten se rangent aussi parmi les promoteurs des exercices physiques, mais nous insisterons particulièrement sur les livres de François Fuller et du chevalier Tissot qui ont puissamment contribué au développement de la gymnastique médicale.

Le traité de François Fuller est le premier en date. Il a pour titre : Medicina gymnastica : or a Treatise concerning the Power of Exercise, With Respect to the animal Oeconomy ; ami ihe great Necessity of it, in the cure of Several distempers. By Francis Fuller (2).

L'auteur s'y propose d'établir l'efficacité de l'exercice gymnastique dans le traitement de la consomption, de l'hydropisie et des affections hypocondriaques. L'usage de la brosse et des frictions y est tout spécialement recommandé.

Le Traité de gymnastique médicinale et chirurgicale (3) du chevalier Tissot vient ensuite. Il a été précédé et quelque peu inspiré d'une thèse d'Andry que Tissot a négligé de citer.

Andry qui fut un médecin remarquable mettait une grande importance à cette thèse intitulée : L'exercice modéré est-il le meilleur moyen de se conserver en santé? (4) Il la fit soutenir deux fois, le 4 mars 1723 et le 23 mars 1741 - Cette thèse avait pourbut de réhabiliter les exercices corporels et d'en rendre la pratique populaire.

Andry n'y prononce pas une seule fois le mot gymnastique, « mais à l'exemple de Frédéric Hoffmann, il recueille les exercices et les jeux qui étaient en usage de

(1) Chomel. Essai historique sur la médecine en France. Paris. 17G2, p. 25, note*/.

(2) London, 1728.

(3) Ou essai sur l'utilité du mouvement, ou des di Hérons Exercices du corps, et «lu repos dans la cure des maladies ; par M. Tissot, docteur en médecine et chirurgienmajor du 4 e régiment des chevau-légers. Paris, chez Bastion, 1-80.

(4) N. Daily a reproduit cette thèse in extenso à la p. 5t>2 de sa Cinésiologie.

son temps et, sans les coordonner toutefois en un système méthodique, il en indique l'application au développement régulier du corps, à la conservation de la santé et au traitement des maladies. On remarque aussi que le sentiment profond qu'il avait du mouvement lui fait imaginer des formes nouvelles appropriées à des cas particuliers. Cependant si nous le considérons comme le fondateur de la cinésic en France, ce n'est pas seulement pour ces raisons déduites de sa thèse, c'est encore pour un autre ouvrage qui le plaça haut <lans l'estime de toute l'Europe. Cet ouvrage a pour titre :

L'orthopédie ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, le tout par des moyens à la portée des pères et des mères, et des personnes qui ont des enfants à élever (i).

Ce traité didactique est le premier qui ait été produit en cette matière (2). »

La plupart de ceux qui ont écrit sur la gymnastique ont commis l'erreur d'attribuer au docteur S.-A.-D. Tissot, professeur à Lausanne, le Traité de gymnastique médicinale et chirurgicale. Le véritable auteur de ce livre est J.-C. Tissot, chirurgien-major des chevau-légers, qui conquit plus tard un grade élevé dans la médecine militaire.

Le premier, après avoir fait ses éludes à Montpellier, y fut reçu docteur en 17/19. Il a été membre de la Société Royale des Sciences de Londres et de la Société Médico-Physique de Bâle. Il a écrit: l'Avis au peuple sur sa santé (1761-Lausanne), livre de médecine populaire dont le succès tint du prodige; la Dissertation sur l'onanisme (1769) ; un Essai sur la santé des gens du monde (1782), etc., etc. Il avait cinquante et quelques années lorsque J.-C. Tissot, à peine âgé de trente-cinq ans, fit paraître son Traité (1780).

(1) Par M. Andry, conseiller du roi, lecteur et professeur en médecine au Collège royal, docteur-régent et ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, etc . avec figures, 2 vol. in-12. Paris, 1741.

(2) N. Dali.t. Cinésiologie. Paris, 1867, in-8". p. 517.

âaS GYMNASTIQUE

§ -. — Analyse de la. gymnastique médicinale ou chirurgicale

DE TlSSOT.

Après un certain nombre de considérations sans intérêt, relatives aux effets du mouvement sur le physique et sur le moral r Tissot préconise l'exercice du matin qui selon lui, fortifie les organes de la digestion, augmente ou facilite les évacuations (urines, sueurs, excréments, etc.). Les exercices après le déjeuner lui paraissent défavorables, parce qu'ils entravent la digestion. 11 les recommande le soir.

Tissot attache de l'importance aux lieux où se. font les exercices, à l'air que Ton respire et d'une façon générale à l'action du milieu physique.

D'après lui, l'exercice forcé et poussé au dernier degré cesse d'être un bien, comme le défaut d'exercice est un mal ; et la durée du mouvement doit être proportionnée aux forces de celui qui s'exerce.

« Chacun de nos membres a une espèce d'exercice qui lui est propre. L'exercice de la promenade et celui de la course le sont à nos jambes et à nos cuisses; celui de l'arc, à nos bras, celui de monter et descendre le long d'une rampe, au dos et aux reins ; celui de la paume, à tout le corps, etc., etc. »

Tissot distingue trois genres d'exercices : les exercices actifs, passifs et mixtes.

Les exercices actifs dans lesquels le mouvement est entièrement produit par les personnes qui s'exercent sont : le jeu de billard, de la boule, des quilles, du palet, du volant, de la paume ; le ballon, le mail, la chasse ; la natation, l'escrime, la danse, le saut, la promenade, la course, le frottage, les exercices qui ne mettent en action que les membres supérieurs, enfin, les différents exercices de la voix.

A'ous extrayons de cette partie du livre de Tissot les quelques pages qui concernent une des branches les plus utiles et les moins connues de la cinésiologie : la gymnastique respiratoire.

GYMNASTIQUE MÉDICINALE OL CHIRURGICALE DE TISSOT 3m

Des exercices de la voix.

« Sous ce nom générique nous comprendrons l'action de parler, de lire à haute voix, de crier, de chanter et de jouer de différents instruments à venl; parce que la poitrine est la cause efficiente de tous ces différents exercices, et qu'ils ont les plus grandes influences sur elle. Ils en ont encore sur le diaphragme, le larynx, le gosier, la luette, le palais, la langue, etc., en ce qu'ils concourent tous à la formation de la voix.

Les effets généraux de l'exercice de la voix, soit que l'on parle, qu'on crie on que l'on chante, sont à peu près les mêmes, à proportion du degré et de la durée de ces différents exercices. Dans l'un et dans l'autre, on fait des inspirations fréquentes, qui, en dilatant les poumons, servent à broyer et à diviser le sang et à favoriser la circulation. Il en est de l'exercice de la voix comme de celui des autres parties du corps; les organes de la voix et de la respiration étant mis en jeu, le sang et le fluide nerveux y viennent en plus grande abondance, la nourriture et la force des parties augmentent (i). Examinons leurs effets en particulier.

i° L'action de parler excite la sécrétion des humeurs qui se versent dans la bouche et le gosier, celle des sucs digestifs, c'est-à-dire, de la liqueur gastrique dans l'estomac, ce qui contribue à favoriser la digestion. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir sur le mécanisme des parties qui concourent à la formation de la voix, sur leur connexion ou plutôt sur leur sympathie avec les organes de la digestion. Voilà pourquoi" Hippocrate, dans son Traité sur la Diète a dit : vocis exercitatio a cœna valdè commodaest ; que Gelse conseille cet exercice à ceux qui ont l'estomac faible. Si quis stomacho laborat, loqui débet ;

(i) Vox cum sit aninne motus, non in superficie, sed inlimis in visceribus tanquam fonte invalescens, calorem auget ; sanguinem atténuât, expurgat venas, aperit arterias, coire et concrescere humorem supervacaneum non patitur ; aut tanquam i'œcem subsidere iis in vasis, qua? alimentum excipiunt aut conficiunt. Pleinpius. De togat. valetud. tuend. Commentatio, cap. 7.

3;io GYMNASTIQUE

qu'Aetius est du même avis : vox egreyiè convenu stomacho laborantibus et acidum eruclantibusii).

La circulation du sang qui est accélérée partout le corps pendant cet exercice donne par conséquent plus d'énergie à l'estomac, augmente la chaleur et la transpiration : or que le sang circule plus vite dans ceux qui parlent à haute voix, c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute, si l'on fait attention qu'en plein hiver les Prédicateurs s'échauffent, se mettent en sueur et sont, pour ainsi dire, tout en nage après avoir parlé une heure, pendant que l'auditoire est transi de froid. C'est ■ce qu'éprouvent encore les Professeurs, les Avocats qui dissertent longtemps sur des matières plus ou moins intéressantes et susceptibles d'opinions contradictoires soutenues de part et d'autre avec opiniâtreté.

Une autre preuve de la vertu de la voix et de la parole pour exercer le corps, c'est qu'il est plus que probable que les femmes ont beaucoup moins besoin des autres exercices, parce qu'elles usent beaucoup de celui-là ; la nature les ayant rendues plus susceptibles de sensations agréables, leur ayant donné un plus grand fonds de gaieté, elles doivent par cette raison causer davantage, et ce grand babil devient chez elles une sorte d'exercice proportionné à leurs besoins. D'où l'on peut conclure que les exercices de la voix peuvent quelquefois suppléer à ceux du corps.

Les Anciens recommandaient beaucoup celui de la voix à ceux que la faiblesse, surtout aux jambes, empêchait de travailler ou de se donner d'autres mouvements. « 11 est étonnant, dit Plutarque, combien l'exercice journalier de la voix est avantageux non seulement à la santé, mais même à l'entretien

(i) Il y a des gens qui ont recommande à la plupart des malades la promenade après souper pour hâter la digestion ; d'autres prétendent qu'elle trouble la digestion et que le repos lui est préférable. Ne pourrait-on point entrer dans les vues des uns et des autres et pour tenir un juste milieu éviter l'exercice corporel d'abord après le repas : mais y suppléer par l'exercice aimable d'une conversation amusante qui fixe l'attention sans fatiguer et qui occupe l'esprit sans causer la moindre peine ? Tels sont ces entretiens que quelqu'un a appelés le dessert des repas entre gens d'étude. L'histoire, la poésie et la philosophie, la politique même ouvrent une source intarissable aux entretiens les plus piquants et les plus agréables. Cette réllexion n'est pas de moi, •c'est Plempius qui me l'a fournie... (Note de Tissot.) .

GYMNASTIQUE MÉDICINALE OU CHIRURGICALE DE TISSOT 33i

des forces, je ne dis pas de celles qui font les athlètes, mais de la force et de la véritable vigueur des principaux viscères du corps, d'où dépend principalement le rétablissement de la santé, i). »

2° La lecture à haute voix et la déclamation produisent les mêmes effets que l'action de parler: car la commotion souvent répétée du diaphragme pendant la lecture, comme dans la parole haute, ballotte doucement les viscères du bas-ventre, ce qui doit nécessairement rendre le mouvement aux humeurs qui se ralentissent dans ces parties.

A mesure qu'on lit, le son de la voix se plie doucement, selon les idées qui affectent, et l'on n'éprouve rien de cette chaleur que le feu de la dispute met quelquefois dans la conversation. Autre chose pourtant est de lire à voix haute, et autre chose est de crier en lisant. Aussi la lecture à haute voix échauffe-t-elle beaucoup moins que l'action de parler, de déclamer: on s'agite moins, on fait beaucoup moins d'efforts violents, j'ai pensé dire de convulsions.

C'est ce qui se passe dans la déclamation théâtrale, où l'on est obligé d'exprimer les différentes passions d'une manière plus ou moins sensible pour en pénétrer les auditeurs et en peindre la force. Aussi la poitrine du déclamateur est-elle mise si fortement en jeu pendant les exclamations, que la toux, le crachement de sang en résultent souvent.

Un tel exercice doit èh'e interdit aux hémoptisiques, mais dans d'autres cas de pratique, il peut être de la plus grande utilité, comme pour solliciter la rupture d'un abcès enkysté dans le poumon; la médecine fournit beaucoup d'exemples semblables. L'action de rire (2) a aussi produit souvent de ces sortes de ruptures d'abcès qui ont été si salutaires aux

(1) Plutarch., t. If, p. i3o.

(2) Le ris est une action pathétique de l'âme, qui met en jeu le poumon, et s'il s'y trouve quelques matières étrangères, l'air qui s'y agite les entraîne au dehors par les hronches. C'est ce mouvement et cet état convulsif de la voix que l'on fait quand il se présente quelque chose de plaisant à notre vue ; c'est là le ris naturel qu'il est aisé de distinguer du ris des politiques et des gens du bel air, du ris sardonique surtout. (Note de Tissot.)

malades, qu'elles les ont arrachés à une mort qu'on regardait

comme certaine.

3° L'action de crier produit sur la circulation à peu près les mêmes effets que la parole et la lecture à haute voix; cependant les inspirations sont plus profondes, le diaphragme presse davantage les viscères du bas-ventre : c'est pour cette raison que les femmes en travail hâtent leur accouchement, si on les laisse crier, parce qu'alors la matrice recevant un plus grand effort par la compression du diaphragme, l'enfant est ainsi forcé de franchir le détroit inférieur du petit bassin.

Les cris que les enfants au berceau ont coutume de pousser pourraient être regardés comme de puissants moyens que la nature emploie pour faire aller les sucs nourriciers dans les vaisseaux les plus éloignés, ce qui oblige nécessairement les parties à se développer chez eux(i).

Cependant si l'on crie bien fort et longtemps, dans un endroit vaste, comme dans la plaine, la voix, de claire qu'elle élait, devient rauque, on éprouve de la chaleur et de la sécheresse dans le gosier; le crachement de sang résulte quelquefois de cet exercice violent : c'est ce qui arrive assez souvent aux colonels et aux majors de régiments, parce qu'ils sont obligés de se faire entendre d'une aile à l'autre, et que leur poitrine souffre quelquefois beaucoup de l'attitude gênée à laquelle ils sont contraints pendant toute la durée des évolutions.

11 y a un choix à faire, soit dans l'action de crier, soit dans celle de parler à haute voix, et de déclamer, dont il a été question plus haut ; et ce choix dépend du genre des maladies qu'on a à guérir, et de la nature des parties qu'elles affectent.

(i) Marsilius Cagnatus dit que les cris et les pleurs des enfans leur tiennent lieu d'exercice, et flelum in infantibus loco exerciiationis..., et qu'au rapport de C. Warlilz, les Indiens font tenir toujours auprès du berceau de leurs enfans des orties prêtes, dont on les louche de tcms en teins pour les faire crier, parce qu'ils ne crient presque jamais d'eux-mêmes. Ces peuples n'allèguent point d'autre raison de cette conduite que la meilleure santé et la plus longue vie de leurs enfans.

Souvent l'instinct des peuples sauvages équivaut l'art le plus réfléchi. (Note de Tissot.)

Ainsi toutes les fois qu'il s'agira d'exciter un mouvement très actif et de le soutenir un peu longtemps sans ennui, comme dans le catarrhe œdémateux, ou après les premiers accidents passés de la fausse escpiinancie ; mais surtout dans l'angine paralytique où il y a impuissance et relâchement des muscles de la gorge, altération des nerfs, etc., il est clair que l'on retirera plus d'avantage d'une conversation animée, de la déclamation ou d'un commandement à voix haute, que de la lecture à haute voix et de la vocifération proprement dite, parce que ces sortes d'exercices influent plus sur le larynx, la luette, les amygdales, etc., que les derniers.

Au reste ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette matière à fond ; il nous suffit d'avoir fixé les idées de nos lecteurs sur les effets de ces sortes d'exercices, et d'avoir donné un aperçu de leur emploi sous un aspect thérapeutique

Parlons du chant.

!i° Le chant met aussi en action les muscles de la bouche et des parties voisines ; et parla fréquente contraction qui se fait alors dans ces parties, il arrive que la filtration des liqueurs et leur circulation s'opèrent plus parfaitement. Le mouvement de la voix influe jusque dans les endroits les plus intimes du corps; il met en action tous les esprits animaux, non seulement pour ce qui concerne le dehors, comme font les frictions, mais encore pour ce qui concerne les viscères les plus éloignés.

C'est la raison pour laquelle les religieuses, quoiqu'elles ne paraissent pas faire beaucoup d'exercice, ne laissent pas de se bien porter; cet exercice de la voix suppléant chez elles à celui que le cloître les empêche de se donner: les esprits animaux poussés par l'action de la voix, s'insinuent plus facilement dans les tuyaux des fibres et des nerfs ; l'air agité par les organes vocaux frappe plus fortement tout le système de l'économie animale. De là vient la fluidité des humeurs, de là l'évacuation de la matière transpirable que les remèdes diaphoniques n'opèrent pas aussi bien.

Outre que l'exercice du chant atténue les fluides, il rend encore les parties solides plus robustes et moins sujettes dès lors à être affectées. N'est-ce pas ainsi que l'enfant, dont on

fait mesurer l'haleine au chant et aux paroles, acquiert dans sa poitrine une force qui rend cette capacité plus propre à remplir ses fonctions vitales? On a remarqué que les personnes qui, en chantant, s'habituent à prendre un ton grave, se donnent une voix grave; que celles qui s'exercent dans les tons aigus ont une voix aiguë.

Ne pourrait-on pas conclure de tout cela que l'exercice du chant est un vrai moyen de donner de la force aux poitrines délicates des jeunes gens, dont les poumons sont affaiblis ?

5° Les instruments à vent que l'on fait parler avec la bouche, comme la flûte, le hautbois, le basson, la trompette, le cor de chasse, le serpent, paraissent avoir été inventés pour imiter la voix naturelle de l'homme; mais il ne nous semble pas que la médecine et la chirurgie puissent beaucoup s'en aider. La plupart de ceux qui apprennent à jouer de ces instruments sont rarement exempts de douleurs de poitrine; plusieurs môme s'en dégoûtent par cette raison. Morgagni attribue à ces instruments, comme à l'exercice de la voix trop continué, les adhérences du poumon à la plèvre, qu'il a observée dans l'ouverture de plusieurs cadavres; c'est pourquoi il conseille aux musiciens de ne faire usage de leurs instruments et de leur voix qu'avec modération, et de n'y employer que le moins d'efforts possible.

Cependant l'action de jouer des instruments à vent, dilatant extraordinairement les joues et la poitrine, excitant une grande tension dans les muscles de l'abdomen, et les viscères se trouvant par là foulés et comprimés, cette action est capable, dis-je, de donner du ressort à ces parties lorsqu'elles sont dans l'atonie, ou qu'il est nécessaire de déterminer une pléthore dans le bas-ventre; mais je ne l'indique ici qu'en tremblant, parce qu'une hernie pourrait en être la suite.

Les instruments à vent pourraient encore être de quelque utilité aux personnes qui ont des joues rétrécies par les cicatrices qui défigurent ces parties chez elles ; parce qu'alors le gonflement des joues causé par la vive compression de l'air qu'on souffle clans l'instrument à vent, peut étendre et allonger les muscles des joues, au point de leur rendre une partie

de leur expansion naturelle (i) ; mais il faut pour cela choisir les instruments à bocal, tels que le cor de chasse et la trompette. L'on conçoit assez qu'il n'est môme pas nécessaire de savoir jouer de ces instruments et qu'il suffit d'en tirer des sons (2). »

Tissot entend par exercices passifs ceux dans lesquels le mouvement est opéré par des causes qui agissent sur les personnes exercées. Ces exercices peuvent être divisés en modérés et en violents : les premiers renferment « l'agitation » opérée par le branle d'un berceau, par la litière, la chaise à porteurs, le bateau et le carrosse traîné lentement : les seconds renferment « l'agitation » opérée par le traîneau, la charrette, une voiture en poste et la navigation.

Les premiers conviennent aux malades affaiblis et incapables de prendre eux-mêmes de l'exercice. Les seconds ont d'heureux effets (?) sur l'appareil digestif, en particulier chez les hypocondritiques pour lesquels la navigation est spécialement indiquée.

Les exercices mixtes sont ceux dans lesquels le mouvement est « tour à tour reçu et donné par les personnes qui s'exercent et par les agents qui concourent à leur exercice ». Parmi ceux-ci, nous citerons l'escarpolette, l'équitation avec différents degrés de mouvement, tels que le pas du cheval, l'amble, le trot, le galop.

Le succès d'un remède dépend entièrement d'une juste application. Aussi, Tissot recommande-t-il, la nature de la maladie étant assez connue pour savoir si le mouvement est nécessaire :

i" De faire choix des exercices qui paraissent le plus propres à remplir les indications curatives ;

2 De régler le temps auquel il convient de s'exercer ;

(1) Je me rappelle avoir vu à la Verrerie do Sève (Sèvres) un homme donl les joues étaient pendantes et plissées, à force d'avoir soufflé dans le tube qui sert à porter l'air dans le verre fondu pour le dilater et en former des bouteilles. Cet effet est à peu près le même que celui qui résulte de l'action des instrumens à vent sur la bouche. (Note de Tissot.)

(2) Tissot. Gymnastique médicinale et chirurgicale. Paris, 1780, p. 80.

3° De proportionner la mesure et la durée de l'exercice à l'âge du malade, au sexe, au tempérament, à la saison, etc.;

4° De prendre des précautions particulières, après l'exercice.

« Après l'exercice fini, dit-il, on ne peut sans danger, passer tout d'un coup d'un travail modéré au repos, nid'utitrop long repos au travail. Il faut se disposer peu à peu au changement. Il est important aussi, si l'exercice a mis l'individu en sueur, de le faire essuyer et frotter avec des linges secs et un peu chauds. »

Tissot consacre aussi un chapitre aux indications d'après lesquelles le repos doit être prescrit dans le traitement des maladies. Nous ne nous y attarderons pas, n'ayant à étudier ici que les effets du mouvement.

Celui-ci est préconisé chez les convalescents mais il faut en user avec la plus grande prudence et progressivement. C'est ainsi qu'on devra d'abord asseoir le malade sur le bord du lit, puis dans un fauteuil avant de lui faire faire quelques pas. A l'aide de frictions sur le corps, on diminuera sa grande faiblesse et l'on pourra avoir recours d'abord aux exercices passifs : la chaise à porteurs, la litière, la voiture douce. Parvenu à un certain degré de vigueur, le malade « devra monter dans une voiture roulante, n'aller d'abord que lentement en rase campagne et sur la pelouse jusqu'à ce que ses forces lui permettent de supporter sur un terrain inégal et pierreux les violentes secousses d'un char moins bien suspendu ». Alors l'équitation sera indiquée.

A défaut de ces exercices passifs qui ne sont pas à la portée de tous, la promenade modérée et progressive pourra les remplacer.

Le mouvement (promenade, jeu de la paume, du volant, du mail, du ballon) est encore indiqué dans le traitement des écrouelles, du rachitisme, du scorbut, de la vérole, etc., mais une grande prudence est nécessaire « tant à la durée qu'à la violence de ces exercices ».

Enfin, Tissot étudie le traitement de l'apoplexie et de la paralysie.

Après avoir rappelé chez le malade le sentiment et le

mouvement par les frictions, on le fera marcher soutenu par des aides puis monter en voiture ou à cheval; plus tard on emploiera les différents exercices qui agissent sur le système musculaire.

Le bégaiement étant quelquefois le résultat de la paralysie, l'action délire à hautevoix, de déclamer ou de parler lentement semble indiqué pour le faire disparaître. A ce propos, Tissot revient encore sur l'utilité de la gymnastique respiratoire.

« Il existe un préjugé, dit-il, de défendre la musique aux jeunes personnes qui ont l'organe de la voix faible et la poitrine délicate : l'expérience prouve le contraire. »

A côté de ces observations judicieuses, nous rencontrons aussi quelques erreurs. C'est ainsi que Tissot préconise la marche et le mouvement chez les chlorotiques, en s'appuyant sur cette phrase de Paré : « Il faut que la malade chemine, saute, travaille, danse, monte et descende souvent; qu'elle tire de l'eau d'un puits, et autres exercices si elle les peut supporter. »

La goutte, le rhumatisme, les ankyloses, les raideurs d'articulations, la paralysie, l'atrophie et la plupart des autres maladies chroniques qui attaquent les extrémités reconnaissent à peu près les mêmes causes et présentent toutes des indications du mouvement. Tissot attribue à une 3110:mentation de mouvement « la crise salutaire qui dissipe les désordres résultant de ces maladies » ; il est clair, ajoute-t-il, que le mouvement doit être le meilleur moyen de les combattre et de les prévenir.

« Ces secours directs que la gymnastique médicinale offre aux goutteux ne sont pas toujours du goût de la plus grande partie de ceux qui sont sujets à cette cruelle maladie, surtout aux vieillards naturellement paresseux et difficiles à remuer. Il est cependant certain que pour se garantir de ses retours, ils devraient vivre, au moins de temps en temps à peu près, comme nos artisans et nos manœuvres, ou bien, comme cet heureux paysan, dont les articulations sont si déliées, et que nous voyons, après un repas frugal, se reposer avec délices sur le gazon qu'il a semé ou sous les arbres qu'ont plantés ses mains. »

Mac-Auliffe. 22

La gymnastique est très propre à égaliser les forces dans les membres, car il suffit d'exercer une partie pour la fortifier. Un danseur a le gras de la jambe fortement exprimé, un « crocheteur » a les épaules énormes ; chez un grand mangeur, on trouve l'estomac très distendu et très fort.

Un chapitre est encore consacré à l'utilité de la gymnastique dans l'orthopédie. L'auteur étudie avec méthode les difformités du tronc « et entre autres de la poitrine, telles que la bosse », puis celles de la « colonne épinière ». Le bon sens lui dicte des conseils utiles pour le traitement de chacune de ces difformités et nulle part ailleurs la gymnastique médicinale ne nous parait agir avec autant d'efficacité et sous une forme aussi simple :

Bâton, ruban attaché en manière de carcan, poids, paquet, coiffure, tous ces objets sont indiqués par Tissot pour le redressement des membres ou de la tête.

§ 8. PeSTALOZZI. GuTSMUTHS.

En matière de pédagogie, l'influence de Jean-Jacques Rousseau se fit sentir dans toute l'Europe dès l'apparition de l'Emile. En Suisse même, dans le dernier quart du xvin siècle, Pestalozzi fit concourir la gymnastique à l'éducation de la jeunesse; il créa le gymnase d'Yverdun où vinrent s'inspirer tous les professeurs spéciaux de gymnastique de Suisse et d'Allemagne.

En 1771, dans ce dernier pays, le prince Frédéric-Léopold- François d'Anhalt-Dessau se mit à la tète du mouvement pédagogique. 11 appela auprès de lui Jean-Bernard Basedow. professeur à l'Université d'Altona, élève de Jean-Jacques et de Coménius. Trois ans après s'ouvrait à Dessau, sous la présidence du prince, le Philanthropinum, école-modèle destinée à former des maîtres propres à mettre en pratique le nouveau système d'éducation. Ce fut là que, depuis l'époque grecque, on essaya pour la première fois d'associer intimement la culture des facultés du corps à celles de l'esprit (1).

(1) Cf. : N. Dallt. Cinésiologie. Op. cil. Paris, 1857, p. a5i.

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