‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 67 sur 87 · JAHN · texte numérisé non relu

JAHN

En France, les idées du gymnasle allemand ont servi de thème aux livres de Clias et surtout d'Amoros.

Quand s'ouvrit le xix" siècle, trois Etats en Europe étaient seuls pourvus de gymnases: c'étaient la Suisse, l'Allemagne et le Danemark.

On peut appeler, avec Hillairet, première période de la gymnastique moderne celle qui comprend les vingt-cinq dernières années du xvm e siècle, et les hommes à qui l'on doit cette renaissance de la gymnastique ont été : Tissot, Pestalozzi, Basedow, Rampe, Salzmann, Gutsmuths et Nachtigall.

La deuxième période correspond au premier quart du xix" siècle et servira de terme à nos recherches historiques. Elle a été illustrée par Jahn, Clias, Ling, Amoros et Londe.

§ q. — Jahn.

Jahn est né à Lantz en 1778, et mort à Frihourg en 1862. Ses ouvrages ont pour titre :

Das deutsche Volksthum(i) ;

Runenblaetter (2) ;

Neue Runenblaetter.

Il voulait faire de la gymnastique un moyen de propagande et d'émancipation des peuples. Après avoir contribué avec ses disciples, en i8i3, à l'affranchissement de l'Allemagne, qui subissait notre joug, il voulut aussi la délivrer du despotisme de ses gouvernements nationaux. Il finit par se faire emprisonner ; le gouvernement prussien ferma tous les gymnases.

Le premier gymnase de Jahn fut ouvert en 1810. Son but était le rétablissement de l'équilibre entre les forces du corps, tout en rendant à la « nature intellectuelle la vie physique

gymnastique ù l'usage des écoles savantes de Danemark, TonJren, 1837. (D'après N. Dally.)

(i) (La nationalité allemande). Lubeck, 1810.

(2) (Feuilles runiques). Xaumb., i8i4.

84a GYMNASTIQUE

<|iiiliii manque » ; sa devise était « liberté, autonomie, gloire de la patrie ». Dans un traité de gymnastique allemande (Das deutsche Volksthum), il cherche à démontrer l'influence de la gymnastique sur la formation du corps et de l'âme, sur le développement de l'intelligence et de la force de volonté, d'où naissent toutes les vertus. Sa gymnastique était pourtant toute militaire et athlétique. Ses préceptes furent enseignés par plusieurs de ses élèves, Eiselen, Friezen, etc., etc., etc. ; mais il eut de vigoureux antagonistes, et entre autres le P r Kneusen, qui nièrent que sa méthode pût jamais contribuer au développement intellectuel et moral de la jeunesse. Ce fut en 1819 que tous les gymnases de la Prusse furent fermés à la suite de l'attentat de Karl Sand (assassinat de Kolzebue), dans lequel Jahn fut à tort impliqué. Ils ne se rouvrirent qu'en 1828.

Le premier, dirigé par Maszmann, élève de Jahn, fut institué à Munich, par les soins du gouvernement bavarois. En même temps, le D r Klumpf fut appelé à diriger le gymnase de Stuttgart, et plus tard, en i84o. un autre gymnase s'ouvrit à Dresde, sous la direction de Werner, dont la gymnastique par trop théâtrale et charlatanesque ne devait pas avoir un grand succès. L'ouvrage de Lorinzer, Protection de la santé dans les écoles, et celui de Koch contribuèrent à la répandre clans toute l'Allemagne. Ce fut seulement en 18/12 que le roi Guillaume IV décréta de nouveau l'enseignement de la gymnastique en Prusse et appela Maszmann de Munich à diriger le grand établissement de Berlin. Dès lors, la gymnastique continua à se développer régulièrement et progressivement en Allemagne. Elle y devint obligatoire. La Saxe comptait en i848, cent cinquante établissements (1).

§ 10. — Clias.

A l'époque du Directoire français, Clias, chef d'artillerie légère du canton de Rerne, fut envoyé avec un détachement à

(1) Note du D r Bouvier, in : Hillairet, op. cil., p. 6 et 7.

CLIAS

Interlaken, lois des dissentions civiles de la Suisse. Craignant (|iie l'inaction n'abâtardit ses soldats, il imagina de les soumettre à des exercices réguliers et d'ajouter à leur force, à leur adresse par la lutte, la voltige et la natation. Les militaires des cantonnements les plus proches, les bergers, les plus forts jouteurs des hameaux voisins se mêlèrent bientôt à ces luttes, et Clias lui-même, ne craignit pas de descendre dans l'arène. Nommé directeur des exercices somascétiques de l'Académie de Berne, il dirigea un moment le gymnase le plus complet de l'Europe.

C'est de cette école que sortirent les moniteurs qui introduisirent sa méthode dans l'Institut de Pestalozzi à Yverdun, alors en pleine renommée (i).

Clias était peut-être le plus ancien des cinq gymnastes de la deuxième période de l'époque moderne II montrait déjà les exercices de son triangle en 1806 et en 1807, lorsque Ling ne s'occupait encore que d'escrime. Aucun fait précis ne permet d'af-

(1) Cf.. i" D Baili.iit. Considérations sur la gymnastique, page xi.iv, in : Clias, Gymnastique élémentaire. Paris, Colas, 1819, in-8°.

2° Dai.i t. art. : Gymnastique, in : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (Dechambre).

fîrmer qu'il soit allé à Stockholm, et la gymastique médicale suédoise lui paraît d'ailleurs tout à fait inconnue. Son premier ouvrage date de 1816 et c'est le résumé de l'enseignement auquel il se vouait déjà depuis plusieurs années. Vers 1816 également, le colonel Amoros venait à Paris. Depuis cette époque, les deux gymnasiarques luttèrent d'ardeur pour propager la pratique de leur art. Clias vint d'ailleurs en France après un séjour en Angleterre ; il put, en dépit de tous les obstacles, populariser dans notre pays l'emploi de la gymnastique et provoquer son introduction clans l'enseignement primaire.

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Vue de profil et de haut du pont mouvant de Clias pour les exercices d'équilibre.

En 1819, Clias publia à Paris son principal ouvrage : Gymnastique élémentaire ou cours analytique et gradué d'exercices propres à développer et à fortifier l'organisation humaine. Ce livre portait comme rubrique cette phrase de J.-J. Rousseau : « Armons l'homme contre les événements imprévus. »

Avant de publier son livre, Clias, soucieux de prendre contact avec l'opinion médicale, présenta son manuscrit à la Société de médecine de Paris. Celle-ci nomma une commission pour l'examiner; les membres en étaient: Nacquart, Mérat, Roux, Villermay, Esquirol, Case et Bally. Ce dernier fut chargé de faire le rapport.

Le livre de Clias est divisé en trois chapitres; le premier a pour objet les extrémités inférieures; le deuxième, les extrémités supérieures ; le troisième traite des exercices qui exigent le concours des muscles du tronc et des membres.

CLIAS 345

Dans le premier chapitre, Clias décrit la marche qui est sou-

Fig. /i3. — Pont mouvant de Clias pour les exercices d'équilibre.

mise à neuf procédés : les équilibres sur le mât de voltige (i), le passage du pont mouvant (2), les équilibres de pied ferme,

(1) « Le màt de voltige est un sapin dépouillé de son écorce de la longueur de cinquante à quatre-vingts pieds (16 à a5 mètres) ayant dix pouces (o ra ,27) de circonférence à son plus gros bout (et placé horizontalement). Les deux tiers de sa longueur sont placés sur des tréteaux de six pieds de hauteur (i M, ,n2), à coulisses et percés dans leur largeur de trous, à trois pouces (o m ,07i) de distance les uns des autres, au moyen desquels, avec l'aide de deux chevilles de fer, une dans chaque tréteau, on peut hausser et abaisser le màt de voltige. J'appelle cet instrument màt de voltige parce que la partie qui pose entre les tréteaux me sert pour la voltige élémentaire. La partie immobile fixée sur les tréteaux est proprement le màt de voltige, l'autre tiers s'appelle balancier. » (Clias.)

(a) Cet instrument était surtout destiné à augmenter le courage des jeunes gens, à les préserver ou à les guérir entièrement des vertiges. Il était composé de deux poutres

la course en quatorze exercices et le saut qu'où fait pratiquer de vingt et une manières.

« Parmi les lésions, dit Bally, qui nous semblent devoir céder à une combinaison savante et méthodique des mouvements des jambes et des cuisses, nous placerons le lumbago

Fig. kh — Traîneau gymnique de Clias

et la sciatique, affections si tenaces, si rebelles. L'imminence ou le commencement de la luxation spontanée du fémur, luxation dont nous n'analysons par les causes, mais que nous croyons presque toujours mortelle. Les ankiloses incomplètes; les entorses, la conformation vicieuse des jambes, des cuisses et du bassin, dont le parfait développement mérite une si grande

parallèles jointes par des traverses de trois pieds (0,6 centimètres) de longueur. Les deux traverses des extrémités étaient en bois de chêne ; celles du milieu étaient deux verges de fer d'un pouce (18 centimètres) de circonférence dont les deux bouts pointus étaient fichés dans les poutres (voir fig. 42 et 43, p. 344 et 345).

« Chacune des poutres est garnie de chevilles de bois dur. Ces che\illes, qui sont à un pied (o'",32) de distance l'une de l'autre, servent à soutenir les cordes parallèles auxquelles les planchettes ou marches sont assujetties par le moyen de petits crampons. Les deux bouts de la corde sont fixés dans les poutres à un pied (32 centimètres) de la première cheville. A l'autre bout, la corde étant assujettie dans un crochet a vis et tourniquet, on peut tendre ou lâcher les cordes à volonté, ce qui rend l'exercice plus ou moins difficile. Le pont dont je me sers a cinquante pieds (16 mètres) de longueur, sur trois (g(i centimètres) de largeur ; il est soutenu par quatre poulies : ce qui procure le moyen d'établir, une pente plus ou moins rapide, d'élever ou d'abaisser ledit pont, selon les exercices que l'on veut faire. Pour prévenir les accidens et obtenir de cet instrument tous les avantages que je m'étais promis, je l'ai placé de manière à pouvoir le mettre en mouvement dans toutes les directions, sans qu'il rencontre aucun obstacle. » (Clias.)

attention chez les femmes; quelques paralysies incomplètes, les engourdissements, certains rhumatismes, notamment les chroniques; la goutte imminente, les engorgements lymphatiques du tissu cellulaire, les endurcissements de ce même tissu, les dartres, l'aménorrhée et quelques cas de leucorrhées. »

Le deuxième chapitre de la Gymnastique élémentaire traite des mouvements variés des bras; des exercices au bâton fixe (i), au triangle mouvant (2), de ceux qui augmentent la force et la souplesse des phalanges; du passage de la barre de fer, du jeu de bâton. Ces exercices étaient employés dans la plupart des affections morbides des membres supérieurs correspondant à celles que Bally a signalées plus haut pour les membres inférieurs; mais leur action s'étendait aussi aux muscles du thorax. « Ils corrigeront nécessairement, — dit encore le rapporteur — une foule de désordres et de difformités, dont la poitrine est menacée. Ainsi, les catarrhes,' l'asthme récent, la tendance à la courbure de l'épine, à la vicieuse conformation du thorax ; quelques tubercules scrofuleux des poumons, etc., trouveraient dans cette variété de la gymnastique des liras, une solution qu'on aurait vainement attendue des moyens vulgaires. »

Enfin le troisième chapitre traite des mouvements compliqués. Nous trouvons dans cette dernière série huit manières de grimper, soit par le moyen du mât de cocagne, des échelles de corde, soit en employant le traîneau (3) ou le dévi-

(1) Barre fixe.

(2) Correspond un peu à notre Irapèze actuel.

(3) Clias Hit dans sa Gymnastique élémentaire , à propos du traîneau :

« C'est celui de mes instruirions qui contribue le plus à fortifier le corps. Après les chevaux, c'est lui qui procure le plus de plaisir à mes élèves.

Le traîneau est fixé sur deux cordes parallèles, au moyen de trois roulettes de chaque côté, deux qui l'ont rouler le traîneau sur la corde et une troisième qui n'est là que pour empêcher, sans ralentir sa marche, que le traîneau ne sorte de ses points d'appui et n'occasionne de chutes. Ces cordes ont depuis soixante-quinze jusqu'à quatre-vingts pieds de longueur. L'extrémité supérieure est fixée à dix-huit pieds perpendiculaires, l'extrémité inférieure à trois pieds de terre. Un crochet de fer, qui se trouve dans la muraille, à l'un des angles du local, reçoit l'anneau d'une poulie qui sert à tendre les cordes du traîneau. (Voir : fig. 44 et 45, p. 346 et 3!)-.)

Tous les exercices, avec cet instrument, consistent à se pousser ou à se tirer aussi haut que l'on peut sur la pente que présentent les deux cordes parallèles, à arrêter le

CLIÀS 3ltij

doir (i). Viennent ensuite les descriptions diverses de la lutte, l'usage de la massue, le jet des pierres, la natation, la cible mouvante, les huit mouvements préparatoires de la voltige, les dix-sept de la voltige sur le cheval de bois, et les dix sur le cheval vivant.

L'art de courir au mur, de le descendre, les épreuves

Fig. 46. — Dévidoir de Glias pour les exercices d'équilibre.

diverses du dynamomètre pour mesurer les forces des doigts, des bras, de la poitrine et du tronc rentrent également dans cette troisième section. « Par les pratiques plus compliquées de cette division, on pourrait combattre les obstructions, la

traîneau au moyen de la pointe des pieds, ensuite à se laisser glisser jusqu'au bas, où un sac rempli de paille, placé contre un cadre garni de sangles, rend nul le choc que l'on éprouve à la fin de sa course. Il faut bien se garder, pendant que l'on descend avec le traîneau, de toucher les cordes avec les mains ni les pieds. »

(i) « Le dévidoir (Voir fig. 40 et £7, p. 34g et 35o),ou triangle tournant, est élevé de six pieds de terre. Le mât qui le traverse a quinze pieds de longueur ; il est d'une grosseur proportionnée. Deux planches triangulaires, une de chaque côté, reçoivent les cordes, fixées à des vis longues d'un pied, qui, au moyen d'uneclef, servent à tendre les cordes à volonté. Comme il arrive souvent que plusieurs élèves s'exercent à la fois sur cet instrument et qu'alors le poids qui se trouve sur ces cordes est considérable, j'ai ajouté à chaque angle de ladite planche une verge de fer, dont l'un des bouts est fixé dans le mât, tandis que l'autre, aplati et percé sur l'extrémité de l'angle, reçoit la vis qui sert à tendre la corde. Les bouts du mât sont garnis d'axes de fer poli ; ces axes sont destinés à remplir des boites du même métal, pratiquées dans les tréteaux qui soutiennent l'instrument. On peut juger par cette description de la facilité avec laquelle tourne la machine. » (Glias.)

.35o GYMNASTIQUE

dysenterie chronique, la leucorrhée, l'aménorrhée, la chlorose, certains vomissements, la dyspepsie, la coqueluche,

l'hystérie, l'ascite, quelques concrétions biliaires et urinaires, la mélancolie. Enfin, les maladies dépendantes de certains virus, tels que les scrofules, le rachitisme, la syphilis, le scorbut; beaucoup d'espèces de névroses et de lésions cérébrales, la cachexie, nous paraissent ainsi que certaines fièvres intermittentes rebelles rentrer dans le domaine

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Fig. U-j. — Exercices d'équilibre sur le dévidoir de Clias.

constances, céderaient à une gymnastique sagement et méthodiquement employée (1). »

Cependant, Clias était encore un précurseur et rien qu'un précurseur; sa gymnastique, comme celle d'Amoros dont nous parlerons plus loin, avait l'inconvénient d'être presque exclusivement acrobatique.

(i) Rapport de M Bally, docteur-médecin, in Clias, op. cit. Il reste entendu que nous ne faisons pas nôtres les appréciations thérapeutiques de Bally ; nous remplissons simplement ici notre rôle d'historien.

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