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PAR LES MANIPULATIONS

« Une habileté et industrieux mouvement d'un* main assurée avec expérience, ou une action de main industrieuse, tendant à quelque bonne opération de médecine, h

(Définition des manipulations, d'A. Paré,)

§ i. — Le massage dans l'Inde et en Chine.

L'usage a prévalu, lorsqu'on veut écrire l'histoire des peuples anciens, de parler d'abord des Indiens. Nous suivrons donc encore une fois la coutume établie; nous tenons cependant de personnes autorisées, parmi lesquelles M. Sylvain Lévi, que rien n'est plus douteux que la grande antiquité des traditions écrites chez ces peuples. Il est possible, paraît-il, que les ouvrages de médecine hindoue, réputés antérieurs aux ouvrages grecs, leur soient en réalité postérieurs. Sans prendre parti, dans l'intéressante discussion qu'un pareil problème soulève, il est permis d'affirmer que le massage est une coutume connue de longue date dans l'Inde, sous le nom de samvahana. Un des personnages du drame le plus fameux de l'Inde : « Le chariot de terre cuite », est un masseur. Les dieux sont en général représentés sous la forme de colosses, tandis que les déesses leurs épouses, d'une taille de poupée, leur massent les pieds. De môme c'est une règle établie depuis la plus haute antiquité, que le disciple en s'approchant du maître lui frotte les pieds.

Tout le monde sait du reste que le mot anglais schampooing, massage delà tête, dérive du mot indien, chamboning, friction, que l'on retrouve dans les ouvrages les plus anciens.

D'après M. Julius Jolly (i) que nous avons eu l'occasion de citer déjà, les devoirs religieux et médicaux prescrivent à l'Indien antique de se lever de bonne heure, avant l'aurore,

(i) Cf. : Medicin von Julius Jolly, in : Grundriss der indo-arischen Philologie und Altertumskunde. Strassburg, 1901, p. 37.

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puis, d'aller à la selle et de se voiler la tète pendant cette opération.

11 doit procéder ensuite à sa toilette et employer à cet usage l'eau et la terre: se nettoyer les dents deux fois par jour à l'aide de petits bâtons taillés dans les branches de certains arbres astringents et amers ; se laver la bouche à l'eau fraîche, se racler la langue et mettre sur les yeux des onguents composés avec de l'antimoine et du soufre. Ses paupières seront enduites de blanc de plomb et tous les cinq ou huit jours, il se frottera les yeux avec des herbes aromatiques. Le corps entier doit être frictionné avec des huiles odorantes et tous les jours, le fidèle doit oindre sa tète avec une huile spéciale ; puis se frotter les pieds.

Pour les vieux médecins hindous comme pour iïippocrate, le massage chasse la graisse, rend les membres forts et la peau raide.

Mégasthènes, envoyé en mission dans l'Inde, au m e siècle avant notre ère, rappelle que, parmi les Brahmanes, il y a un ordre de médecins « qui s'appuient principalement sur la diète et le régime, ensuite sur des procédés externes (i) ». Il est certain que parmi ces procédés se rangeait le massage.

En Chine, l'auteur du Thang-Scng, médecin du xvii siècle, dit :

« Aussitôt après votre réveil, faites avec la main plusieurs frictions sur la poitrine, à la région du cœur, de crainte que, sortant tout chaud du lit, la fraîcheur ne surprenne tout à coup et ne referme subitement les pores du corps, ce qui causerait des rhumes et d'autres incommodités, au lieu que quelques frottements avec la paume de la main mettent le sang en mouvement à sa source, et préservent de plusieurs accidents.

Quand vous êtes déshabillé et prêt à vous mettre au lit, prenez un de vos pieds d'une main, et de l'autre frottez-en la plante avec force et le plus longtemps qu'il vous sera possible; né cessez que lorsque vous sentirez une grande chaleur;

(i) Strabon, XV.

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•ensuite remuez séparément chaque doigt du pied, jusqu'à vous lasser. C'est un moyen efficace de réparer les esprils vitaux et animaux (i). »

§ 2. — Le massage en Grèce et a Rome.

En Grèce, on appelait AXe(ira]ç, aliptes ou alipta à Rome, ceux qui étaient chargés dans les gymnases et les palestres d'administrer les onctions et les frictions qui précédaient ou suivaient les exercices (xpûjrtç et àvaTpiij«ç) ou qu'on opérait quelquefois dans les intervalles.

Dans un dialogue de Lucien (2), Solon expose au Scythe Anacharsis l'utilité des frictions. On croyait donner à la peau plus de souplesse, aux muscles plus d'élasticité; l'emploi de l'huile rendait les corps plus glissants pour la lutte, les combattants éprouvaient par là même plus de difficulté à se saisir et à se soulever. Pourtant pour éviter les dérobades, les athlètes répandaient sur leurs membres, préalablement enduits, de la poussière ou du sable fin. Ils croyaient éviter ainsi les sueurs déprimantes et se préserver du contact de l'air.

(f II y avait un art des frictions. Les aliptes devaient être habiles à faire entrer l'huile dans la peau en faisant respirer les athlètes de manière à favoriser cette pénétration; l'expérience leur donnait une connaissance pratique du corps et des moyens que pouvaient employer, pour conserver ou augmenter leurs forces, ceux qui se confiaient à leurs soins; ils réglaient le régime des athlètes et principalement leur alimentation. » Dans chaque gymnase existaient des salles spéciales pour le massage (àXciiut^pia).

Hérodicus, le fondateur de la gymnastique médicale, avait été alipte. C'est de lui, d'après Pline, que date l'iatraliptique.

(1) N. Dally. Cinùsiologie. Op. cit., p. i33.

(2) Lucien. Œuvres complètes (traduction ïalbot). Paris, Hachette, 1883. tomell, p. ig5 : Anacharsis ou les gymnases. Bim. Nat. : 8° Z 3433.

Élevés au titre de médecins, la plupart des aliptes devinrent désormais des ialraliptes, c'est-à-dire des thérapeutes s'oecupanl spécialement de l'aspect général des malades, de leur faciès et de leur teint.

Les aliptes proprement dits persistèrent cependant, mais c'étaient des esclaves qui, dans les bains, faisaient aussi des frictions, des massages et des onctions. Les àXeixrpîxs étaient des femmes chargées du même office (i).

Hippocrate connaissait le massage et l'employait contre les raideurs articulaires :

« Il faut masser doucement et avec persistance. Le médecin doit posséder l'expérience de beaucoup de choses, et entre autres, celle du massage. Le massage resserrera une articulation trop lâche et relâchera une articulation trop rigide

Il convient de masser une épaule dans cet étal avec des mains douces, et dans tous les cas avec ménagements ; on communiquera des mouvements à l'articulation, sans violence, et autant que cela se pourra, sans douleur.

Le rétablissement est complet, tantôt après un temps plus long, tantôt après un temps plus court (2). »

Il dit ailleurs :

« La friction peut resserrer ou relâcher, donner de la chair ou amaigrir ; une friction sèche resserre, une friction molle relâche, une friction fréquente amaigrit, une friction modérée épaissit (3). »

Il emploie les bandes, les compresses, les frictions « à propos des luxations, entorses, diastases, fractures de parties saillantes avec écartement, fractures des extrémités articulaires, petits déplacements des articulations, tels que les pieds tournés en dehors ou en dedans...» (4). De plus, comme nous

(1) Cf. : Bussemaker et Saglio dans : Dictionnaire cité des antiquités grecques et romaines. Art Aliptes.

(?) Hippocrate. Traduction Li tiré Paris, Baillière, i844, t. IV, p. io3. Des articulations. Bibl. Nat. : Tfj[.

(3) Hippociiate. De l'ollicine du médecin.

(4) Id., ibid., tome III, p. 329 (traduction Littré).

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l'avons vu déjà, il prescrit des onctions d'huile après le bain.

Dans le livre des Epidémies, nous lisons l'observation suivante :

« Une fièvre continue saisit la femme d'un jardinier d'Elis ; buvant des remèdes évacuants, elle ne fut aucunement soulagée. Dans le ventre, s'élevant au-dessous de l'ombilic, était une dureté qui causait de violentes douleurs; cette dureté fut malaxée fortement avec les mains enduites d'huile, ensuite du sang fut évacué par le bas.... Celte femme se rétablit et guérit (i). »

Quelle que soit l'interprétation que l'on donne de celte observation, elle établit péremptoirement: i° que l'art du masseur était employé en dehors de la palestre ; 2° que les Grecs ont peut-être connu le massage gynécologique.

L'art de la friction devait être bien populaire, car il n'est pas d'auteur grec, pour ainsi dire qui n'en ait parlé.

En dehors comme en dedans du gymnase les applications thérapeutiques du massage étaient appréciées, et bien qu'il

(i) Hipi'Ocrate (trad. Littré), livre V, § i, tome V, p. 2o5. Litlré fait suivre cette observation de l'argument suivant :

De la prpssion exercée sur le ventre avec les mains. Il est dit, Ép. II, 6, 26 : « Si 1 hypochondre est tendu, presser avec la main et donner un bain. » Praxagore employait une pratique analogue pour l'iléus produit par engouement : « Dans des cas, dit Cœlius Aurelianus (Acul. morb., III, 17), où le cïecum. rempli de matières fécales, était devenu une poebe, Praxagore, pressant avec les mains, fatiguait cruellement les malades. »

On trouve des traces de cette habitude de presser le ventre, Ep. IV, 45, où l'auteur dit que « le gonflement des hypochoudres, s'il se produit des borborygmes quand on presse avec la main, n'est pas de mauvaise nature ; et il cite en exemple deux malades dont il vient de donner l'histoire. C'est encore sans doute à une pratique de ce genre qu'il est fait allusion, dans une phrase obscure, Ep. IV, 50. Même pratique dans le cas de la femme du jardinier, Ép. \, 1. Il paraît résulter de là que les médecins hippocratiques avaient l'usage, dans les cas de gonllements abdominaux et sans doute aussi d'iléus, de presser l'abdomen avec les mains Cette pratique, comme on voit par la citation de Cœlius Aurelianus, se retrouvait dans Praxagore. Praxagore fut le maître d'Héropbile et appartient par conséquent aux temps qui ont précédé la formation de l'école d'Alexandrie ; il n'était donc pas inutile de noter sa concordance en ce point avec les écrits hippocratiques, qu'on doit considérer dans leur généralité comme lui étant antérieurs.

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paraisse étrange d'employer le terme de physiologie pour désigner des recherches datant de cette époque lointaine, il n'en est pas moins vrai qu'Aristote a tenté de démêler l'action physiologique des frictions.

Deux faits surtout avaient attiré son attention : les gros ventres diminuaient de volume puis disparaissaient sous l'action du masseur ; — après la friction, la chair était gonflée. Pourquoi ?

« Pourquoi les autres parties du corps grossissent-elles par des frictions, tandis qu'au contraire le ventre s'allège et diminue?

Est-ce parce que le ventre ne se forme pas de portions diverses, mais qu'il est plus compact? La chair ne l'est pas aussi complètement ; et c'est là ce qui justifie notre question. En général, les exercices et les fatigues font disparaître le ventre. Cela tient à ce que les parties grasses, en s'échauffant, se dessèchent ; et que celles qui ont naturellement de la tension se dessèchent encore davantage. Or la peau du ventre est naturellement tendue ; et comme elle s'engraisse très rapidement, elle a toujours une certaine portion de graisse, à moins qu'elle ne soit malade d'une façon ou d'une autre. Cela tient à ce qu'elle est tout près de la nourriture. Comme la graisse n'est pas absolument naturelle, mais acquise, et qu'elle n'est pas nécessaire autant que la chair, le mouvement des exercices gymnastiques, et celui des frictions qui développent de la chaleur, la dessèchent et font passer dans les autres parties du corps la nourriture surabondante, qu'elles leur répartissent. C'est là encore ce qui fait que d'être assis habituellement grossit et engraisse le ventre, tandis que cette inaction fait maigrir tout le reste du corps. Les mouvements, au contraire, et les exercices diminuent le ventre et font grossir le reste du corps entier (i)...

(i) Aristote (traduction Barthélémy Saint-Hilaire). Problèmes. Paris, Hachette, 1891. Section V, § i4, tome 1 er , p. 177.

L'observation prise dans son ensemble est vraie; mais l'interprétation du fait observé est moins élémentaire que ne l'avait imaginé Aristote. Le massage abdominal agit ■aussi sur un facteur que l'auteur grec ignorait, à savoir : la tension abdominale.

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