LE MASSAGE EN GRÈCE ET 1 ROME
tions ; mais on n'en doit pas moins restituer à des auteurs plus anciens ce qui se trouve consigné déjà dans leurs écrits. Personne assurément n'a exposé avec plus de détails et de clarté qu'Asclépiade comment et sur quelles parties on devait employer les frictions, et cependant à cet égard il n'a rien fait connaître qui ne soit exprimé par le vieil Hippocrate de la manière suivante : Les frictions énergiques durcissent la fibre ; légères, elles la ramollissent ; continuées longtemps, elles font maigrir ; faites avec modération, elles engraissent. Par conséquent, il est bon de s'en servir pour fortifier les organes relâchés, rendre de la souplesse à ceux qui sont trop fermes, dissiper un état de plénitude devenu nuisible, ou donner du corps aux sujets grêles et sans vigueur. Si l'on réfléchit plus attentivement à ces différents modes d'action (ce qui déjà n'appartient pas au médecin), on remarquera facilement qu'ils consistent tous dans la suppression du principe morbide. En effet, on se trouve resserré, après avoir écarté la cause qui produisait le relâchement ; on obtient la mollesse des parties en supprimant ce qui leur donnait de la dureté, et l'on engraisse non par un effet direct des frictions, mais parce qu'à l'aide de ce moyen la peau, devenue plus souple, peut se laisser pénétrer ensuite par les substances nutritives. La différence de ces résultats tient au procédé qu'on emploie. L'onction, patexemple, ne ressemble pas à la friction. L'onction et la friction légère sont applicables aux maladies aiguës et récentes, encore faut-il choisir le moment de la rémission et les pratiquer à jeun; au lieu qu'on doit s'interdire les frictions prolongées dans les affections aiguës, surtout à leur période d'accroissement, excepté pourtant quand il s'agit de favoriser le sommeil chez les frénétiques. Leur secours est utile, au contraire, dans les maladies chroniques qui déjà touchent à leur déclin. On peut dire, je le sais, que tout remède est nécessaire au début des maladies, et non lorsqu'elles se terminent d'elles-mêmes. Mais cela n'est pas exact; car celles qui tendent naturellement à finir doivent encore à la médecine une solution plus prompte, et il faut y recourir pour deux raisons, qui sont d'assurer d'abord le rétablissement de la santé, et d'empêcher ensuite qu'une affection qui se prolonge ne s'exaspère de
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nouveau sous l'influence de la cause la plus légère. Une maladie peut avoir perdu de sa gravité sans cesser d'exister et ses derniers symptômes seront dissipés par des soins convenables.
Les frictions sont donc aussi favorables quand la maladie commence à décliner, qu'elles sont nuisibles lorsque la fièvre augmente.
Ainsi, pour en faire usage, il faut le plus possible attendre la disparition de l'état fébrile, ou du moins saisir l'instant de la rémission. On exerce des frictions sur tout le corps comme dans le cas où l'on veut fortifier un sujet débile, ou sur une partie seulement, pour remédier à la faiblesse d'un membre ou à quelque autre affection locale. Elles apaisent par exemple les douleurs de tète invétérées, pourvu toutefois qu'on n'agisse pas au plus fort du mal, et rendent quelque vigueur au membre paralysé. Le plus souvent, néanmoins, on doit les pratiquer loin du siège de la douleur : ainsi lorsqu'on a pour but de dégager les parties supérieures et moyennes, on frictionne les extrémités inférieures.
Ceux qui veulent déterminer le nombre exact de frictions auxquelles on peut être soumis ne méritent pas la moindre attention, car elles se mesurent aux forces des individus. Tel sujet affaibli n'en supportera que cinquante et tel autre plus robuste ira jusqu'à deux cents. Entre ces deux termes, on procédera selon la vigueur de chacun. Il suit de là que, dans l'emploi de ce moyen, les femmes réclament plus de ménagements que les hommes, les enfants et les vieillards plus que les jeunes gens. Enfin, appliquées à certains membres, les frictions seront faites énergiquement et longtemps, parce qu'en agissant partiellement on n'a pas à craindre l'affaiblissement rapide du corps et qu'il est nécessaire aussi de résoudre le plus possible la matière morbide, soit pour en débarrasser le membre sur lequel on opère, soit pour la détourner d'une autre partie. Mais si la faiblesse de la constitution nécessite des frictions sur tout le corps, il faut les rendre plus légères et moins longues, en se proposant seulement d'amollir l'épiderme, afin de permettre à la peau de puiser plus facilement, dans les aliments qu'on vient de prendre, des matériaux non-
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veaux. J'ai déjà noté comme signes fâcheux le refroidissement à la surface, tandis qu'on éprouve à l'intérieur de la chaleur et de la soif. La seule chose à faire dans ce cas, c'est de frictionner le malade ; et si l'on vient à bout de rappeler la chaleur à l'extérieur, il y aura lieu d'employer alors d'autres moyens curatifs (i). »
Nous rapporterons maintenant un précieux passage d'Oribase qui nous renseigne sur la façon dont les frictions étaient pratiquées avant l'exercice et nous éclaire sur la genèse de cette tuméfaction consécutive au massage dont parlent tous les auteurs de l'antiquité. Ainsi que nous allons le voir, les masseurs antiques se souciaient peu de diriger leurs pressions de la périphérie vers le cœur, dans le sens de la circulation en retour. Ils massaient au contraire dans diverses directions et se préoccupaient uniquement d'agir « sur tous les côtés » des fibres musculaires.
De la friction préparatoire (2).
« Si, après s'être déshabillé, on passe immédiatement aux mouvements très forts avant que tout le corps se soit ramolli, que les superfluités soient atténuées et que les conduits soient dilatés, il y a danger de rupture ou de tiraillement de quelqu'une des parties solides, il y a danger aussi que les superfluités n'obstruent les conduits par la rapidité du pnèuma qui les met en mouvement. Afin donc que cela n'arrive pas, il faut auparavant réchauffer le corps en le frottant modérément avec un linge de coton, ensuite avec de l'huile; car je ne conseille pas d'employer l'huile avant que la peau ne soit réchauffée, que les conduits ne soient dilatés et, pour le dire en un mot, que le corps ne soit préparé à recevoir l'huile ; pour obtenir ces conditions, il suffit de passer, un très petit nombre de
(1) Cfi se (trad. iNisard). Livre II, ij xiv.
(2) Cf. : Gai.ie.n-. Synops.,'l, 2 (édition Kiihn) ; Actius (édit. des Aide, Venise, 1534, in-fol.), III, 5 ; Paul (éd. de Bâle, i538, in-fol.), I, iô.
Oiuii.vsi: (trad. Bussemaker et Daremberg), tome I, p. 470.
4oo LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
fois, avec une vitesse modérée, les mains sur le corps sans le comprimer, en ayant pour but de le réchauffer sans le froisser. Après avoir agi de la sorte, vous verrez une belle rougeur s'étendre sur toute la surface de la peau ; alors il est temps d'appliquer l'huile et de faire frotter avec les mains nues ; elles ne doivent être ni trop dures, ni trop molles, afin que le corps ne soit ni condensé, ni resserré, ni affaibli et relâché plus qu'il ne faut, mais qu'il reste dans son état naturel. On doit frotter doucement pendant les premières passes, ensuite on
rvuTev de haut en bas
xzxùi Ovj de bas en haut
ôj/ayt'wv qui se rapp. de la vert.
XqÇûv obliquement
tyx&paiov horizontalement
tji/j.ûv qui se rapproche de la perpendiculaire.
Fig. &8. — Directions dans lesquelles devaient se faire les massages (Voir : Daremberg. Trad.
d'O., t. I, p. CûA).
augmentera peu à peu et on se rapprochera de la friction rude, en l'arrêtant au point où le corps est évidemment comprimé, mais où il ne subit pas encore de contusion. Il ne faut pas faire pendant longtemps une friction aussi forte, mais seulement une ou deux fois sur chaque partie ; car nous ne frottons pas ainsi pour endurcir le corps, quand nous faisons passer un jeune garçon aux exercices, mais pour exciter son activité, pour condenser la tonicité et pour compenser la raréfaction produite par la friction molle ; il convient en effet de conserver son corps dans un état moyen et de ne le rendre en aucune façon ni trop dur, ni trop sec, de peur d'empêcher en quelque
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chose son accroissement naturel. Quand il avance en âge et qu'il va devenir jeune homme, nous nous servirons aussi d'une friction plus rude et des bains froids après les exercices. // faut, dans les frictions, appliquer et passer les mains de plusieurs façons et les mouvoir non seulement de haut en bas et de bas en haut, mais aussi suivant une ligne qui se rapproche de la verticale, obliquement, horizontalement, enfin suivant une ligne qui se rapproche de la perpendiculaire, afin que toutes les fibres <les muscles soient, autant que possible, frottées de tous côtés. La pièce dans laquelle il va s'exercer ne doit être ni trop chaude, ni trop froide, afin que le corps prenne une température exactement tempérée durant la friction ; car, si la chambre était plus chaude ou plus froide qu'il ne le faut, on commencerait à suer dans la chambre chaude avant que le corps ne fût suffisamment ramolli, et dans la chambre froide le corps n'arriverait pas même à être réchauffé ni bien ramolli sous l'influence des exercices, il ne s'élèverait pas de belle rougeur et le corps ne se tuméfierait pas ; en effet, ce sont là les signes d'une friction modérée pratiquée dans un air tempéré chez un individu d'une complexion tempérée. »
La friction qui suivait l'exercice et qui avait pour but d'éviter la fatigue s'appelait la friction apolhérapeutique. C'était une combinaison des frictions ordinaires avec certains mouvements qui ont peut-être inspiré, ainsi que le dit Estradère, les mouvements doubles excentriques et doubles concentriques de Ling. L'apothérapie employait aussi un autre moyen : la rétention du souflle :
De la friction apothérapeutique.
« Traitons maintenant de Yapothérapie, qui est une partie de l'exercice. La dernière partie de tout exercice qui se fait comme il faut s'appelle apothérapie ; elle a deux buts, celui d'évacuer les superfluités et de préserver le corps de la fatigue. Le premier lui est commun avec l'exercice considéré comme un tout ; car nous disions que l'exercice avait en tout deux buts, celui de renforcer les parties solides du corps et celui Mac-Auliffe. 26
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d'évacuer les superfluités. Le but propre de l'apolhérapie est de combattre et d'empêcher la fatigue qui suit habituellement les exercices plus ou moins immodérés, et la nature du but nous indiquera comment il faut faire l'apothérapie ; car, comme on se propose d'évacuer exactement les superfluités des parties solides de l'économie qui, après avoir été échauffées et atténuées par les exercices, restent encore dans l'organisme, il faut employer la friction qui se fait par un grand nombre de mains étrangères avec rapidité, afin qu'autant que possible aucune partie de l'individu que l'on frictionne ne soit à découvert ; on doit tendre pendant la friction les parties qu'on frotte, et, en outre, on prescrira ce qu'on appelle la rétention du souffle (i) (Voir fig. /19, p. /io3). 11 faut verser beaucoup d'huile sur le corps de celui qu'on frotte, car cette huile aide à la rapidité et à la douceur de la friction, et en même temps elle procure un autre avantage très considérable, celui d'affaiblir la tension et de ramollir les parties qui se sont fatiguées pendant les exercices un peu forts. Que la friction tienne le
(1) Il faut entendre par cette expression, d'après Galien, la tension et la contraction de tous les muscles de la poitrine qui s'implantent sur les côles et la rétention de la respiration. Le même auteur distingue, disent Bussemaker et Daremberg (traduction d'Oribase, tome I er , p. 656), diverses espèces ou variétés de rétention du soujjle, suivant que les muscles du ventre sont doucement tendus, que ces muscles sont relâchés ou en repos, ou qu'ils sont tendus au même degré que le diaphragme, ou qu'ils sont fortement tendus, le diaphragme étant relâché. Un peu plus loin Galien dit : « Quand on souffle fortement, il se fait une très grande expiration à la suite d'une tension très prononcée des muscles implantés aux côtes et de ceux du ventre ; dans la rétention du souille, la même tension des deux espèces de muscles a lieu, mais il ne sort rien par la respiration, tandis que, chez ceux qui jouent de la flûte ou émettent un son aigu, la tension des muscles est la même, la respiration n'étant ni complètement retenue, ni exécutée subitement, mais restant dans un état moyen. » De même (De musc, motu, II, 9, t IV, p. 46i (édit. Kùhn, 1821-1823), on lit : « Si les muscles implantés aux côtes agissent aussi bien que ceux du ventre, on appelle cela rétention du souffle : il est nécessaire, dans ce cas, que la partie supérieure du larynx soit fermée, car, si elle n'est pas fermée pendant que les muscles susdits agissent, on soufflera. Si, en même temps que ces muscles, on tend ceux de la gorge et du larynx, on ne soufflera plus, mais il y aura émission de voix. » Dans un autre endroit (fragm. De vocal, inslr. dissect., g, t. IV, p. 222 b-f, éd. Chart.), Galien distingue quatre espèces de rétention du souffle... On employait quelquefois la rétention du souffle comme un moyen contre la toux, le hoquet et les bâillements. Du reste, il est déjà question de la rétention du souffle dans IIippocrate (\ r ict. rat., II, § 64, t. VI, p. 58o).
LE MASSAGE EX GRÈCE ET A ROME ! l0 3
milieu entre la friction molle et la friction rude, ce qui constitue en effet la friction moyenne. Ceci aura lieu si les mains de. celui qui frotte sont fortement appliquées, de sorte que la pression qu'elles causent se rapproche en quelque sorte de la friction rude.
Il faut modérer la quantité de l'huile et la rapidité du mouvement des mains jusqu'à ce que la friction tienne exactement le milieu. .Nous sommes d'avis de tendre alors les parties qu'on frotte afin d'évacuer à travers la peau toutes les superfluités qui se trouvent entre elle et la chair sous-jacente.
C'est pour la même raison qu'une partie importante de l'apothérapie consiste dans la suspension et la rétention du souille qui se fait par la tension de tous les muscles de la poitrine et par le relâchement de tous ceux du ventre et du diaphragme ; ainsi les excréments seront poussés vers le has.
Fig. 69.
Rétention du souflle d'après Mercurialis ( 1 ).
(1) Nous avons emprunté à Mercuriali cette figure, qui représente la rétention du souffle. Elle faisait partie des copies d'antiques que Mercuriali dit avoir reçues de Liguori. Welcker (Zeilschrift fur Geschichte und Auslegung der alten Kunst. 1, p. 267) et Krause (p. 3(fj, note 8) doutent de l'authenticité de ces représentations. Cependant nous relèverons une circonstance qui prouve fortement en faveur de cette authenticité, c'est que trois des quatre personnages qui y sont représentés ont la coiffure particulière aux pancratiastes, laquelle consistait en une tonne de cheveux longs sur le sommet de la tète, tandis que le reste de la chevelure était très courte. (Voy Krause, p. 54i ) Mercuriali ne connaissait pas la signification de cette particularité. Du reste il dit de cette figure : « In ipsis \idere licet fascias peclori et costis, ut meminit Galenus, circumvolutas ». Cependant Galion no parle pas de handes à propos de la rétention du souffle; ce qui a induit Mercuriali en erreur, c'est que Galion a traité de cet exercice {De san.it. tu., III, 2, t. VI, p. 176) immédiatement avant la friction qu'on fait au moyen de bandes entourant le corps.
(Note de Bussemaker et Darcmberg.)
4o4 LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
En second lieu, il Tant, pour soumettre à l'apothérapie les viscères sous-diaphragmatiques, recourir à l'espèce de rétention du souille qui tend modérément les muscles du ventre. C'est pour obtenir le môme effet qu'il convient d'employer les frictions opérées par des enroulements de bandes autour du corps ; celui qu'on frotte doit se roidir contre tous les mouvements des bandes, mais il ne sera pas enlrainé par tous, car, pendant l'apothérapie, il ne doit plus se livrer ni à des mouvements continuels, ni à des mouvements forts, mais il en fera quelques-uns qui seront interrompus par des frictions; voilà pourquoi il doit être souvent enroulé dans les bandes, souvent repoussé ; souvent aussi, vers ce temps, il doit changer de place avec le progymnaste ; souvent enfin, étant placé derrière lui, il enlacera ses jambes, tantôt l'une, tantôt l'autre, autour du progymnaste, avec une certaine tension qui ne doit pas être trop forte ; dans cette position, il doit être frotté par des gens qui le massent convenablement; car c'est là la meilleure manière de conserver l'augmentation de chaleur qu'il doit à ses exercices, et en même temps d'évacuer les superfluités par ses tensions et ses mouvements propres ; il semble aussi que la rétention du souille aide assez efficacement à produire cet effet. Les meilleurs gymnastes emploient donc aussi entre les exercices la rétention du souffle ainsi que la friction apothérapeutique, que nous venons de décrire; par là ils font reposer du même coup, quand ils commencent à être fatigués, ceux qu'on exerce et ils détergent peu à peu les conduits, afin de rendre le corps pur et en même temps propre à la perspirationpour les exercices qui vont suivre ; en effet, si le gymnaste ne prenait pas de pareils soins, il encourrait le danger de voir plutôt les conduits s'obstruer que se nettoyer ; car les mouvements un peu forts des matières sont de nature à causer des effets opposés, s'ils se produisent dans des circonstances dissemblables et d'une manière différente; ils produisent des obstructions, si la matière mise en mouvement est épaisse et abondante et si elle se précipite en grande quantité à la fois ; ils produisent, au contraire, des détersions, si elle est peu abondante, subtile, si elle ne marche pas très rapidement et si elle ne fait pas des efforts pour être évacuée d'un seul coup.
LE MASSAGE EN GRECE ET A HOME 4o5
Voilà'pourquoi j'approuve ceux qui emploient l'apothérapie au milieu des exercices, surtout chez ceux qui s'occupent des combats d'athlètes appelés loitrds(i). »
Les hommes cherchaient donc dans les frictions la souplesse des muscles et des articulations pour se livrer à la lutte et à tous les exercices violents. Avec l'aide des aliptaeles. femmes s'entraînaient aussi à la gymnastique.
A Rome, les masseuses comme les masseurs, faisaient un peu de médecine, donnaient des conseils, servaient de sagesfemmes. On en trouve la preuve dans Plante (Miles gloriosus) et dans Térence (Adrienne). Perrussel (2) prétend même que les Phryné, les Sapho, les Aspasie et d'autres hétaïres de l'antiquité devaient en grande partie la perfection de leurs formes au massage qui donnait de la vigueur et de l'élasticité à leurs muscles, de la blancheur et de l'éclat à leur peau. Au cours d'un festin chez Zoïle, Martial dépeint une femme qui masse rapidement le corps du maître de maison et palpe avec art chacun de ses membres, manumque doctam spargit omnibus membris (3).
Dans le tepidarium on provoquait aussi la sueur par quelques exercices gymnastiques : la femme, que Juvénal introduit dans un bain, se fait transpirer ainsi avant de se confier au masseur... quum lassata gravi ceciderunt brachia massa, callidus, etc. (Sat. VI, v. foi). Alors intervenaient les esclaves qui raclaient la sueur avec le strigile ; les aliptae pratiquaient ensuite des frictions et un véritable massage faisant craquer les jointures : — Et summum fémur exclamare cœpit (Juvénal, loro citato). Puis les aliptes enlevaient les poils avec de petites pinces, enfin les onctuarii enduisaient ensuite le corps de graisses et d'huiles parfumées (4).
(1) Oriuase. Op. cit. (trad. Bussemaker et Daremberg), tome I, p. 482. On entendait par athlètes lourds les lutteurs, les pugilistes, etc.
(2) Perrussel*. Du massage ; son application à la thérapeutique de quelques affections internes. In-4 n . Thèse, Paris, 1869, n° 125, p. 16.
(3) Martial. Livre III, § 82.
(4) Cf. : Phelippeaux (de Saint-Savinien). Etude pratique sur les frictions et le massage ou guide du médecin-masseur, in: Abeille médicale. Paris, 1869, XXVI, p. 22.
t,oQ LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
Oribase nous renseigne sur la plupart de ces opérations dans les textes qui vont suivre :
De la friction considérée en elle-même (i).
Quelquefois la friction est de nature à produire par ellemême quelque chose d'utile pour le corps, quelquefois aussi elle est l'auxiliaire des moyens qui agissent dans le même sens; elle est auxiliaire quand il s'agit d'exercices, aussi bien quand elle y prépare que quand on l'emploie après eux ; clans le premier cas, elle est appelée préparatoire, dans le second apothérapeutique ; nous en avons déjà parlé précédemment. La friction qui produit par elle-même un effet utile peut relâcher, resserrer, donner de l'embonpoint et amaigrir: resserrer si elle est rude, relâcher si elle est molle, amaigrir si elle est prolongée, donner de l'embonpoint si elle est modérée ; car ce sont là les quatre différences, eu égard au genre, dans lesquelles rentrent toutes les frictions, établies sur leurs quatre propriétés et sur leur quadruple utilité. Si nous y ajoutons encore les espèces moyennes dont nous saisissons la nature par la considération des espèces fondamentales, nous avons en tout six espèces ; car, si la friction rude peut resserrer, et la friction molle relâcher, il faut frictionner rudement les corps qui sont affaiblis outre mesure et mollement ceux qui sont resserrés ; mais, s'il y a un corps qui se trouve dans une situation moyenne, il est clair qu'il ne faut le frotter ni rudement, ni mollement, mais en évitant autant que possible les deux extrêmes. De même que, dans ces différences qui tiennent à la qualité, il n'y a pas seulement une friction rude et une friction molle, mais encore une friction modérée, de même dans les différences selon la quantité, il
(i) De lu friction considérée en elle-même. Cf. : (Hipp., Vict. rai-, II, § G4 et 65, t. VI, p. 58o-82, cdit. Liltré. — Celse, II, i4, édit. de Targa, Lcydc, 1785, in-4°, et Vérone, 1810, in-4"). — Oribase. (Synops., I, 4-) — Aktius, III, 4 (édit. des Aide, Venise, i53'|, in-fol.). — Paul, I. 18 (édit. de Bile, [538, in-fol.). — Oribase, op. cit., tome 1, p. 487. ' «^
LE MASSAGE EN GRÈGE ET A ROME 6o 7
n'y a pas seulement une friction prolongée et une friction de courte durée mais aussi une friction moyenne; en effet, comme il y a deux choses qui diffèrent entièrement en genre, c'est-àdire l'actif qui diffère en genre du passif, les frictions appartiennent au genre actif et les modifications qu'elles produisent dans notre corps, au genre passif; voilà pourquoi il existe indispensablement des séries de qualités opposées qui tiennent aux frictions elles-mêmes, et d'autres qui tiennent aux modifications qu'elles produisent; celles qui tiennent aux frictions sont la friction molle et la friction rude, la friction prolongée et la friction de courte durée, tandis que l'acte qui consiste à resserrer et à relâcher les corps, ainsi que celui d'amaigrir et de donner de l'embonpoint tiennent aux modifications. La première série d'effets opposés quant aux modifications est produite par la première série de qualités opposées quant à la friction, mais il n'en est plus ainsi pour la seconde ; car, dans cette série, l'amaigrissement est produit par la friction prolongée, et l'embonpoint par la friction modérée ; en effet la friction de courte durée ne saurait donner de l'embonpoint, parce que la partie dans laquelle nous voulons produire cet effet a besoin d'un appel modéré de sang et d'une force réelle, et que ces deux conditions sont remplies comme il faut par la friction modérée, tandis que ni l'une ni l'autre ne l'est complètement et suffisamment par la friction de courte durée. Par conséquent, en ramenant, pour ainsi dire, à leurs éléments les différences simples entre les frictions, Hippocrate a exposé toute la doctrine qui s'y rapporte, enseignant comment on nourrira, on amaigrira, on ramollira ou on resserrera suffisamment le corps. Les effets moyens et ceux qui sont produits par les combinaisons se comprennent tout de suite aussitôt qu'on connaît les effets principaux; il y a un effet moyen, par exemple, si nous ne voulons ni relâcher, ni resserrer le corp-i, ni lui donner de l'embonpoint, ni l'amaigrir ; il y a une combinaison, si nous voulons en môme temps resserrer le corps et lui donner de l'embonpoint; qui ne comprendra pas, en effet, que, si nous voulons donner au corps de l'embonpoint constitué par une chair dure, il faut employer une friction rude qui soit en même temps moyenne
4o8 LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
eu égard à la quantité ? De même, si nous voulons procurer au corps un embonpoint constitué par une chair molle, il faut employer une friction molle, mais moyenne par rapport à la quantité ; il en est de même pour les autres combinaisons ; car, si on combine alternativement les trois différences de frictions selon la qualité avec leurs trois différences selon la quantité, on obtiendra neuf combinaisons. Je vais les exposer dans un diagramme, dans lequel il faut comprendre que la première série de haut en bas se rapporte aux qualités et la seconde aux quantités.