QUALITÉS QUANTITÉS
Rude. . . . Prolongée.
Rude. . ... Courte.
Rude. Moyenne.
Molle. . . Prolongée.
Molle. .... Courte.
Molle. . . .... Moyenne.
Moyenne. Prolongée.
Moyenne. . Courte.
Moyenne. . , Moyenne.
De la friction du matin (i).
Voici à peu près l'opinion qu'il faut se former sur la friction du matin, du moins quand il s'agit d'un individu dont le corps est bien tempéré : si l'individu est clans un état irréprochable, il est superflu de le frictionner, à moins qu'il ne soit parfois dans la nécessité de résister à un froid intense ; car, dans ce cas, nous préparons cet individu par la friction de la même manière que ceux qui vont prendre un bain froid ; s'il y a quelque sentiment de fatigue, alors il faut oindre et frictionner doucement. De même, s'il existe une sécheresse exagérée, on doit oindre avec de l'huile douce (car cette pratique humecte le corps quand il est sec), mais on frottera très peu, et la friction ne sera ni rude ni molle ; car il nous faut seulement activer
(i) Cf. . Aet., IV, 48 (édition citée'); Okiba.se, op. cit., tome I, p. '192.
LE MASSAGE EN GRÈCE ET A ROME 4og
la distribution de l'aliment et non pas changer la «'omplexion ou dissiper par la perspiration quelque matière contenue dans le corps; or la friction molle produit ces deux effets et la friction rude seulement l'un des deux, puisque la dernière resserre et durcit la peau, tandis que la friction molle favorise la perspiration, raréfie le corps et le ramollit. Si nous voulons remédier à un resserrement du corps produit par des lrictions rudes accompagnées de pincements, ou par des exercices violents, ou par ceux pour l'exécution desquels on a employé beaucoup de poussière, nous frictionnerons mollement en usant abondamment d'huile douce ; quant aux parties resserrées par suite de refroidissement, nous les ramènerons à l'état normal en réchauffant d'abord par des frictions sèches et rapides, en second lieu, par des frictions faites avec de l'huile. La raréfaction qui tient à des bains fréquents, à des frictions molles ou aux rapprochements sexuels, se guérira par des frictions sèches et peu nombreuses, mais pratiquées avec quelque huile astringente. Quant à l'humidité produite par les excès de boisson, il n'y a que les frictions sèches avec des linges de coton ou des gants qui la guérissent, quelquefois aussi celles qui se font avec les mains toutes seules sans huile ou avec très peu d'huile, mais il faut que cette huile favorise la perspiration et soit privée de toute qualité refroidissante.
De la friction du soir (i).
Voilà pour la friction du matin ; quant à la friction du soir, elle convient à ceux qui sont très fatigués, ou desséchés ou atrophiés. Mais ne parlons pas pour le moment du défaut de nutrition, symptôme que nous traiterons ailleurs avec tous les autres symptômes morbides ; au contraire, chez un individu d'une nature bien tempérée, s'il existe une fatigue très prononcée ou une sécheresse démesurée du corps, il faut que le déjeuner soit léger, qu'il y ait un intervalle assez long entre
(i) Cf. ; Aetius (édit. citée), IV, 69.
4io LA TIIÉRAPEVT1QUE PAR LES MANIPULATIONS
ce repas et le dîner, que la majeure partie de cet intervalle se passe dans le repos ; il doit néanmoins se promener un peu aussi pour faire descendre les aliments qui sont secoués et poussés vers le bas par les mouvements qui se font debout ; le résultat sera encore meilleur si on peut aller à la selle ; car, après tout cela, on peut frictionner sans danger avec de l'huile douce, pourvu qu'on ne malaxe pas trop le ventre ; si on ne prend pas cette précaution, on court risque de rendre plus difficile la digestion des aliments, de faire remonter de ces aliments dans le corps une humeur à demi digérée, de voir la tête se troubler et l'orifice de l'estomac se retourner. Le mieux par conséquent est de ne pas frictionner du tout au ventre ; mais s'il existe quelquefois un sentiment de fatigue ou s'il survient une sécheresse trop grande dans les muscles qui forment ses parois, il faut oindre modérément, en malaxant doucement.
De la friction comme moyen curatif (i).
(Tiré d'Hérodote).
[Du livre Sur ce que les malades doivent faire pour se traiter.}
Les frictions qu'on emploie pour guérir les fièvres doivent se faire aux époques suivantes: elles conviennent pendant l'acmé de la maladie, mais non pendant toutes les parties de cette période, mais seulement vers la fin, de sorte qu'elles soient assez rapprochées du déclin. Quant aux diverses époques de l'accès, il faut préférer le commencement du déclin.
On doit se méfier des inflammations des parties centrales, car dès que ces inflammations existent, il est impossible de' faire cesser la fièvre. On se défiera aussi des respirations difficiles et des sueurs qui se montrent irrégulièrement soit sur tout le corps, soit à la figure et au cou. Quant à ceux donc qui ont eu une crise au commencement du déclin, il faut les
(i) Cf. : Cet. se, II, i'\ (édit. riléc) ; Oribask, op. cit., t. I, p. ZjgG.
LE MASSAGE EN GRÈCE ET A HOME &n
coucher, en été et en automne, dans un endroit tempéré ; et on aura tout prêt un mélange chaud d'huile et d'eau auquel on a ajouté de Yaphronitre grillé (i). La friction doit être pratiquée, chez les sujets jeunes et de petite taille, par quatre hommes, et par six hommes chez ceux qui ont atteint l'âge viril et qui oui une taille plus élevée. Les uns frotteront les membres supérieurs jusqu'aux doigts, d'autres te tronc jusqu'aux aines, d'autres enfin les membres inférieurs jusqu'aux pieds (2). Après avoir versé sur le corps le mélange gras, on doit frictionner chaque partie en passant les mains de haut en bas, ensuite on couchera le malade sur le ventre et on le frictionnera de la même manière. Au commencement, la friction devra être légère et lente, ensuite elle deviendra rapide et accompagnée de pression, tandis que, vers la fin, la friction redeviendra douce et en tout semblable à celle du commencement. Ceux qui frottent doivent aussi malaxer la tête et le cou, après avoir versé dessus le mélange gras.
Chaque partie doit être frictionnée environ cent fois chez les jeunes gens, deux cents fois chez les adultes ; chez ceux qui mènent une vie d'athlète, il faut doubler le nombre des frictions. S'il se développe, durant les frictions, une sensation très appréciable de bien-être, si la fièvre cesse en même temps, si la respiration est facile, si les malades ont une bonne couleur, si l'ampleur du pouls ne diminue pas beaucoup, s'il ne devient pas plus fréquent et si la chair se tuméfie et rougit, il faut augmenter le nombre des frictions. Si, pendant les frictions, il survient une sueur qui n'existait pas auparavant, il faut savoir que la friction a été employée à propos, qu'elle a fait du bien au malade, que cependant il a encore besoin d'une répétition de ce traitement. Si les accès restent les mêmes et qu'il ne se montre aucun symptôme ni bon ni mauvais qui soit appréciable aux sens, il faut que le médecin,
(1) Aphronitrum, aphrolitrum, en grec 'A^dviOpoVj à-fpo'X'.thov, d'iyoo:, écume, et v;'tdov, nitre, ou Xîxpov selon le dialecte attique ; aphronitre, écume de nitre, nitre purifié.
(2) Nouvelle preuve de l'ignorance des masseurs antiques qui ne tenaient pas compte de la circulation en retour.
'us LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
trouvant ses raisons d'agir dans soi-même, s'en tienne au traitement qu'il a jugé bon d'abord ; car l'utilité de ce traitement se manifestera par la seconde application. Après les frictions, il faut administrer à tous les malades une quantité suffisante d'eau chaude, et, s'il y a coïncidence de rémission, on les nourrira quand l'ébullition et le trouble causés par le traitement sont apaisés ; quant à ceux qui n'éprouvent pas encore de rémission nous les nourrirons après avoir attendu la rémission complète, et en attendant nous leur donnerons à boire abondamment, surtout à ceux qui restent dans un état de sécheresse. Il faut donner des aliments humides et chauds. Si c'est en hiver, on emploiera ce traitement dans un lieu suffisamment chaud ; on mêlera à l'huile de l'aphronitre et un dixième de vin. Si, pendant la répétition du traitement par les frictions, les malades ne sont pas relâchés, si les forces restent intactes, si le pouls conserve son ampleur et si la respiration ne montre aucune apparence de trouble, il faut les restaurer après les frictions, leur donner un bain de siège et faire des affusions, caries pertes se relâcheront par ce traitement, et la sueur produira par sa chaleur quelque chose de semblable h la métasyncrise (i). Les bons effets des frictions se révèlent de diverses manières ; d'abord les malades peuvent présenter les mêmes symptômes qu'avant, comme je l'ai déjà dit, et n'éprouver de l'amélioration que par rapport à leur situation générale ; ensuite les types de la maladie peuvent se changer en formes d'une autre espèce, ou revêtir le caractère intermittent, ou bien la maladie s'arrête après s'être aggravée le jour même; souvent les frictions amènent une persistance de la maladie exempte de danger, cas dans lequel on renoncera à l'applica-
(i) Métasyncrise, régénération du corps, ou d'une de ses parties, par exemple dans le cas de maigreur ou de plaie avec perte de substance. Asclépiade. attribuant tout ce qui existe dans l'univers au concours des atomes, appelait les corps (TjYXj3''u.aTa (assemblage). Il exprimait la composition ou la génération des corps par le verbe auY'/.^vsaOai (s'unir, se mêler); leur dissolution ou décomposition par SiaxpîvEuSac (se séparer); pour exprimer le retour des corps à leur premier état, lorsqu'ils avaient été désunis, il se servait du verbe [iETaauyjipîv£ii9ai (se remêler, se recomposer). Cœlius Aurelianus rendait ce mot par le verbe latin recorporare, et le substantif [leTaaûvxp'.aiç par recorporatio (Littré).