LE MASSAGE EN GRÈCE ET A ROME
lion héroïque de ce traitement, car alors il faut s'en tenir au traitement adopté auparavant et s'attendre à ce que son efficacité ne se montre qu'après un long espace de temps.
Si les malades ne supportent pas l'application des mains, parce qu'elle leur donne la môme sensation que lorsqu'on touche une plaie, il faut arrêter la friction. Si, pendant la friction, les malades sentent une chaleur plus forte dans leur intérieur, que ce symptôme aille toujours en augmentant, et qu'il y ait encore quelque autre signe de malaise, il faut, dans ce cas aussi, renoncer à ce traitement, administrer de Y eau bouillie refroidie, et attendre le temps de la rémission pour appliquer les autres moyens de traitement.
S'il arrivait que l'emploi de la friction dans des fièvres intermittentes de longue durée fût suivi d'une fièvre continue et intense, il ne faut pas s'en effrayer, comme s'il était survenu quelque chose de mauvais ; car, plus tard, cet accident disparait en peu de temps. On emploiera les frictions pour guérir les fièvres chez ceux où la fièvre, ayant été faihle et sans grande chaleur dès son origine, est restée toujours dans le même état, ou chez ceux dont les fièvres, d'abord fortes et graves, se sont transformées, à leur déclin, en des fièvres égales en intensité aux premières.
Si nous avons prescrit les frictions à ceux qui n'en avaient pas besoin, ou si non seulement nous n'avons pas pu saisir avec sûreté le temps opportun, mais si, de plus, nous les avons employés en opposition avec l'idiosyncrasie, il faut admettre que cela leur a fait beaucoup de tort ; par conséquent il est nécessaire de considérer les inconvénients qui résultent de cette manière d'agir ; si la fièvre qui suit les frictions est forte et ne se transforme pas, il faut savoir que le traitement a été employé à tort ; de même, si les malades deviennent lourds et plus ou moins somnolents durant toute la période de chaleur, s'ils ont le corps fatigué, la respiration plus rapide qu'auparavant, le pouls petit, faible et, de plus, fréquent, il faut juger également que la friction a été appliquée à tort; il peut se produire aussi des tremblements et des convulsions par des frictions inopportunes et répétées ; il en est de même s'il .survient quelque douleur ou quelque inflammation pendant
t,it, LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS
que la chair de tout le corps se tuméfie. On fera soigneusement attention à ces symptômes, et on leur opposera immédiatement le traitement convenable.
Des ingrédients pour frictionner la peau. — Tiré d'Antyllus, du premier livre, celui qui traite des moyens de traitement externes.
Nous frictionnons la peau avec certains ingrédients pour déterger sa surface ; avec d'autres pour amincir cette membrane ; avec d'autres encore pour irriter et ouvrir les pores ; enfin nous en employons aussi d'autres en cas de pityriasis, de psore(i), de phtiriasis ou d'incommodités causées par les lentes. Les ingrédients détersifs pour frictionner la peau sont la soude brute, Yaphronitron, le sel, le miel, les fleurs de sel, la terre de Cimole, des légumes écrasés, du ferment, de la farine d'orge, du son, en général toute espèce de cendre, la pierre ponce, le sable, et ceux qui atténuent la peau, l'ellébore blanc trituré, Yalcyonium(i), le soufre, la staphisaigre, la moutarde, l'armarinte (3), la pariétaire d'Espagne, le poivre, Yadarce (4), les baies de gnide, l'euphorbe. Dans le pityriasis et la psore, et aussi clans le phthiriasis, il convient de frictionner la peau avec du suc de bette, de la crème de ptisanc, du soufre brut, de l'ellébore, de la staphisaigre, des os de
(i) Psore, nom générique des maladies vésiculeuses ou pustuleuses de la peau ; synonyme de gale chez quelques écrivains.
(2) « Alcyonium, écume de mer, ou merde de Cormarin. C'est une espèce de planle spongieuse qui se trouve dans la mer et sur les rivages ; ou plutôt une écume de mer que la chaleur du soleil a durcie et qui a pris diverses figures et couleurs. » (James.) Il s'agit sans doute d'un composé de plantes marines et de polypiers que les vagues jettent sur le rivage et dont on se sert encore pour engraisser les terres.
(3) Armarinle ou cachrys. Genre d'ombellifùres africaines et asiatiques acres et sialagogues.
(4) « Adarces. Ce qu'on appelle adarces ou adarcé est une espèce d'écume salée, qui s'engendre dans les lieux humides et marécageux, qui s'attache aux roseaux et à l'herbe et qui s'y endurcit en tems sec. On la trouve dans la Galatie : elle est de la couleur de la poudre la plus fine de la pierre assienne ; sa substance est lâche et poreuse, ■comme celle de l'éponge bâtarde ; en sorte que l'on pourrait l'appeler l'éponge bâtarde des marais. Elle est détersive, pénétrante, résolutive, propre pour dissiper les dartres, la lèpre, les rousseurs et les autres taches de la peau. Elle est encore attractive; ainsi ■Ton peut s'en servir dans la sciatique. » Dioscokide, 1. V, ch. 137 (James).
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sèche brûlés. Il faut employer tous ces médicaments sans faire des onctions, après avoir préalablement frotté le corps à sec avec un linge fin et produit des sueurs (i).
Du bain d'huile. — Tiré d'Hérodote, du livre des agents de traitement qui agissent à l'extérieur.
Le bain d'huile convient contre les fièvres chroniques accompagnées de refroidissement, contre la fatigue et contre les douleurs des nerfs voisins des os, lorsque ces douleurs surviennent dans les fièvres. Ce traitement peut être employé à toute époque de la maladie et à tout âge, mais surtout dans la vieillesse ; dans les accidents morbides accompagnés de fièvre, le temps opportun est le déclin, tandis que, clans les fièvres quartes, on peut l'administrer aussi à l'acmé ; quant à l'époque de chaque accès particulier où il faut le prendre, c'est la rémission pour tous les malades, et, pour ceux qui souffrent de convulsions, de douleurs ou de rétention d'urine, le moment même où on est pressé par ces symptômes. On chauffera la cinquième partie de l'huile au feu et le reste dans les baignoires qu'on tient dans les maisons de bain ; car celle qu'on chauffe dans les maisons de bain n'est jamais assez chaude et il ne serait pas bon non plus de chauffer toute l'huile au feu, car elle devient impropre à servir pour la seconde fois, attendu qu'elle prend une odeur de brûlé.
La grandeur de la baignoire doit être adaptée à la taille du malade, et on placera cette baignoire dans une cabane ou dans une chambre fermée de tous côtés. On se procurera aussi un siège long, sur lequel on placera un drap percé de trous à des distances de quatre doigts, et aux chefs duquel on aura attaché de longues lattes carrées en bois. Nous prenons ces dispositions, attendu qu'il n'est pas facile de sortir les malades du bain, quand ils ont de l'embonpoint, car les mains de ceux qui doivent les porter glissent sur le corps du malade et, s'ils veulent éviter cet inconvénient, ils doivent nécessairement
(i) Okibase, op. cit., tome II, p. £29.
faire des contusions sur des chairs délicates et faibles, en saisissant vigoureusement le corps. D'un autre côté, si on couche immédiatement le malade à nu dans la baignoire, on a d'abord, le désagrément de la dureté et ensuite celui de l'excès de la chaleur, car le bronze s'échauffe plus qu'une autre substance; pour éviter donc ce double inconvénient, on fera étendre des éponges au-dessous du malade, afin qu'il puisse s'appuyer sur des corps mous. Nous faisons des trous dans le drap pour que l'huile puisse s'écouler quand le malade est sorti du bain. On couchera donc le malade sur le siège long recouvert du drap, on égalisera la surface de son corps par une friction douce et modérée, on enroulera le drap sur les lattes et on descendra graduellement le malade dans l'huile ; ensuite on déroulera le drap jusqu'à ce que le malade soit placé sur les éponges qui sont au-dessous de lui. Le côté de la tète doit être plus élevé que le reste du corps. D'abord l'huile ne doit produire que des picotements doux ; mais, quand les malades auront séjourné quelque temps dans cette huile en repos, ils doivent lui imprimer du mouvement avec leurs propres mains, et les aides devront, de leur côté, faire des affusions en restant dans une juste mesure, car il faut savoir que ce mouvement excite une chaleur considérable et plus forte qu'on ne s'y attendrait. Si les malades ont besoin d'un bain d'une température plus élevée, on y ajoutera l'huile chauffée à un degré plus fort, mais on ne versera cette huile que sur les pieds du malade et sur les parois de la baignoire. Pendant qu'on fait des affusions, les malades doivent plonger la tête dans l'huile, en tenant devant les yeux une éponge douce au toucher. Chez les malades qui ont recours à ce traitement pour se délivrer d'un frisson, ou d'une fièvre, ou pour un gonflement gazeux, ou pour une mauvaise distribution des aliments, la longueur du temps qu'ils devront rester dans le bain se déduit, au commencement du traitement, de la raréfaction du corps, et on attendra jusqu'à ce qu'il se montre de la moiteur à la figure ; plus tard, on les fera rester plus longtemps encore dans le bain.
Sachez que, lorsque les malades sont sortis du bain, il se fait un grand écoulement de sueur, plus que cela n'a lieu pour un bain ordinaire : il faudra donc, chez tous les malades, tenir