‹ La ThériaqueChapitre 4 sur 10 · DE LA MORALE DANS LE ROMAN XI · texte numérisé non relu

DE LA MORALE DANS LE ROMAN XI

et les hommes de proie du théâtre et les arrivistes de nos mœurs.

L infernal discours de Vautrin à Rastignac n'a pas été entendu tout de suite: un demisiècle a passée avant que le sermon du bagnard devînt^ pour tout le monde du succès, un sermon sur la Montagne, la Montagne du Sabbat et des rites Hammoniens.

Balzac a vu clair : dans une société qui ne présente plus que des groupements d'argent, et il a proclamé l'individualisme comme le sauve qui peut d'une dé cadence j mais il a créé la religion du succès y de tous les succès, même les plus médiocres. Le dandy tient la place du héros dans la Comédie humaine. J'avoue que j'en ai jamais pu comprendre Brummel, même expliqué par d'Aurevillj\

Des romans d'aventure à ceux de cape et d'épécy des chevaliers et rf'Amadis aux mousquetaires et à notre d'Artagnan, le fat se doublait d'un aventureux, beau joueur au tapis franc de la vie.

L'homme de Balzac s appellerait le tricheur.

XII LA THERIAQUE

Sauf Michel Chrestien, républica'n de rêve qui meurt sur une barricade et d'Arthez, les jeunes Balzaciens sont des apaches, de véritables bandits qui opèrent dans le monde et non dans la rue : il y a du ruisseau dans leur sang-, fût-il bleu, de leur veine, du ruisseau le plus nauséabond.

Nous sommes indulgents aux passion s dé sintéressées. Des êtres qui ne poursuivent que les buts bas et par les moyens ignobles ne sauraient être des héros. Je ne demande point qu'on mente et quon enseigne que le mérite sert à quelque chose et qu il faut croire à son bon droit: mais que le mérite et le droit soient exaltés pour leur valeur idéale et éternelle et qu on leur réserve les tons les plus purs de sa Valette; et enfin que ce ne soient pas les bow reaux qui portent le nimbe dans la représentation du martyre.

Or les Rastignac^les Rubempré^ les de Tr ailles sont les détestables archers qui criblent de leurs flèches perverses les hommes qui n^ont

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que leur valeur pour déjense et refusent de sacrifier aux idoles.

Les méchants triomphent dans la çie, et les justes ne peuvent espérer que dans la mort. Apparence que cela! Le triomphe s'appelle AusterUtz: il y a Sainte-Hélène.

Dans sa forêt idéologique, aussi ténébreuse que sa jungle^ Vlnde possède une doctrine qui mériterait de devenir une esthétique d'écrivain. Elle envisage l'homme comme une équation vivante de fautes et de mérites et n'admet pas qu'il jy ait aucune de nos pensées qui puisse s appeler indifférente et neutre: malheureusement cette belle notion se perd dans la parabole du devenir ou des existences succès sives.

En art, la morale immédiate s'affirme seule vive et exemplaire. Si les Furies attendaient Oreste le parricide au seuil de la mort^ si Claudius ne voyait pas en face de lui V ombre de sa victime^ on aurait beau nous assurer que V enfer guette ces coupables^ nous pourrions

XIV LA TIIERIAQUE

croire que Vimpunité les accompagnera jusqu'au trépas.

Or le point de morale doit être actuel et comme parallèle au péché. Il doit Vêtre^ dans une peinture çraie^ parce que la vie le démontre aux esprits attentifs.

Le vœu le plus général est celui de Vor: et cependant parmi ceux qui surent en accumuler le plus haut tas, qui sut l employer?

Pour un dyspeptique que vaut le festin et que deviennent les plus beaux lambris pour Vinsomnieux?

Il n' est pas fatal que le maître d'une bonne table ait mauvais estomac, ni que les nuits soient blanches dans un palais. Sans doute^ mais il est fatal que tout avantage entraîne ses inconvénients propres et que chaque objet ait son envers et ses ombres.

L'enfant ne sait pas que la belle flamme qui danse aux yeux et rayonne une si douce chaleur mordrait cruellement^ mortellement sa chaires il en approchait: on doit le lui apprendre^ et plus tard on lui dira sur la passion

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