OBSERVATION Î
Marie J..…., épicière, 40 ans, entrée le 19 novembre 1912 au n°5 de la villa Fournier pour pertes rouges et douleurs abdominales.
Début par des douleurs, il y a 16 ans environ. Sensation de pesanteur douloureuse progressivement accrue et généralisée de la partie gauche du bas-ventre à toute la partie supérieure de l'abdomen. Depuis 5 ans des ménorragies se sont installées ; les règles se sont prolongées, sont devenues douloureuses, puis des métrorra-
gies irrégulières ont paru.
A son entrée à l'hôpital, la malade présente : des douleurs abdominales, à paroxysmes, maxima à gauche,
) d ? O irradiées dans les reins. Règles longues, durant 12 jours ! D O ? ?
abondantes avec de gros caïllots en dehors des règles (æ) D ?
pertes irrégulières. Règles très douloureuses. Pertes blanches, légèrement jaunâtres, un peu odorantes, empe- $ 140 ) ) santle linge. Pollakiurie, un peu de dysurie, polyurie peu marquée, urines limpides et normales. Varices à la jambe
gauche. Rien de particulier aux divers appareils. Etat général bon, obésité légère.
Rien d’intéressant dans les antécédents héréditaires n1 personnels.
A l'examen: Le ventre estgros, saillant dans la région hypogastrique. Au palper, on trouve une tumeur remontant à 21 cm. au-dessus dela symphyse, ovoïde, allongée verticalement, de consistance ferme. La surface est irréguhère et bosselée sans qu'il soit possible, à travers les parois épaisses, de préciser la forme exacte des bosselures. La tumeur n’est pas douloureuse.
Au toucher, le col est gros, ramolli, entr'ouvert. Il est rejeté en arrière, face à la concavité sacrée; il est très difficile de le ramener en avant. On sent que la tumeur fait corps avec l'utérus; cependant un nodule situé à la partie moyenne, en avant, est légèrement mobile .sur l’ensemble. Les culs-de-sac sont libres. Légère sensibilité douloureuse du cul-de-sac latéral droit.
Au spéculum, le col est rouge, enflammé, donnant un suintement muqueux abondant et très adhérent. Quand on essaye d'introduire l’hystéromètre, on bute et il est impossible de passer.
Le 23 novembre 1912. — Intervention: Sous-anesthésie à l’éther, après aseplisation à l’iode, laparolomie et hystérectomie sublotale. Suture immédiate sans drainage. Le fibrome enlevé est volumineux, mesure 29 em. dans le sens vertical, passait à frottement dur dans le détroit supérieur, Il présentait une forme bizarre que nous'reproduisons ici.
Le 30 novembre, premier pansement. Les suites avaient été parfaites, la température ne s’est jamais élevée au-dessus de 37°, qu'une fois le 3° jour où elle
nee 169 — a Etes 374. La réunion est superbe. On enlève les fils el on annonce à la malade qu'elle se lèvera bientôt.
Le 2 décembre, à 2 heures du matin, la voisine de la malade lui ee de sonner pour appeler linfirmier. « Tout de suite », lui répond-elle : elle se soulève sur le coude et retombe avec unrâle sourd. L'infirmier appelé
aussitôt, et qui setrouvait dans la chambre voisine occupé à faire une piqûre, arrive immédiatement; ne trouve plus de pouls. I fait 10 ce. d’ huile camphrée et 1 de caféine. En quelques instants la malade reprend connaissance,
porte la main à sa poitrine en disant « je souffre, j'étouffe »,
puis, peu à peu, le pouls baisse à nouveau, devient imperceptible, et la malade meurt. Il ne s'élait pas écoulé 10 minutes depuis le début.
ILES À l'autopsie, un volumineux caillot tassé mais peu pelotonné occupait le tronc de l'artère pulmonaire.
En résumé, embolie mortelle à début syncopal, survenant au 9° jour après une hystérectomie sublotale pour fibrome volumineux chez une femme de 40 ans, arthri tique, présentant des varices de jambe, mais dont les suites opératoires furent rigoureusement asepliques.