OBSERVATION IV
(Clinique privée de M. le professeur Forgue)
Me X.., 48 ans, est atteinte d’un carcinome du corps ulérin avec infiltration dure et suspecte du col. C'est une femme au feint jaunâtre, cireux, obèse, à chairs flasques et qui a subi depuis quelques jours de très abondantes hémorragies continues.
Elle a un myocarde qui inspire quelques craintes ; le premier bruit est obscur. Elle a un éfal variqueux des membres inférieurs avec réseau de veinosités très marquées au niveau des cuisses, des jambes et même de Îa semelle plantaire.
La résistance de son myocarde inspire à M. Forgue quelques appréhensions. Il soumet la malade à M. Rauzier qui ne constate aucune lésion valvulaire et considère que le myocarde peut résister à l'intervention. Par mesure de précaution, pendant une semaine, la malade est soumise à un régime tonicardiaque: spartéine granulée à l’intérieur, injections d'huile camphrée, lavements de sérum matin et soir (b00 gr. par jour), régime lacto-végétarien. Limonade citrique.
La malade est opérée le 10 avril avec la rachianesthésie. L’anesthésie est parfaite et obtenue avec une dose minima (6 centigr. et demi). L'opération est conduite très rapidement el sans incidents. En moins d’une demi-heure tout était terminé. L’hystérectomie est totale,
avec suture de la section vaginale, péritonisation très
soignée et un petit drain abdominal dans le Douglas.
Le pouls demeure parfait dans les jours qui suivent l'opération. La température n’a présenté qu’une légère élévation à 38° et 382 le lendemain et le surlendemain matin de l'opération; mais, dès la 48° heure, la température est à 37°4 avec un pouls à 90. Les jours suivants sont apyréliques. Le pouls ne bouge pas.
Le 25 avril, 15 jours après l’opération, la température est à 37° le matin, 37°3 le. soir. Le pouls est à 82 le matin. Il monte à 90 le soir, mais ce qui est surtout changé c’est l'aspect général de la malade. M. Forgue la trouve dans un état d'émotion très vive et de dépression triste. Elle a reçu la visite d’une de ses parentes qui lui a demandé : « Pourquoi vous a-t-on opérée? » Pour un fibrome, répond la malade à qui l’on avait donné celte indication rassurante, « Ce n’est pas ce qu'on nous a dit, répond la commère ; c'est pour un cancer qu'on vous a opérée et, vous savez, ces maladies sont dans le sang et l’on n’en guérit pas. » Et, à l’appui de sa parole méchante, elle cite plusieurs amies ou voisines qui ont succombé.
À partir de ce moment, la situation est changée radicalement. La malade a perdu sa confiance. Elle est secouée par de violents sanglots. Son facies est très changé ; son pouls est petit et une hypotension brusque s’est manifestée comme par un véritable choc émotif. IFn'est pas possible de nier l'effet d’asthénie cardiaque qui a résulté de ces paroles cruelles. Tout l'entourage en est frappé et toutes les paroles de consolation s’em-
ploient vainement à remonter cet état moral.
La nuit se passe assez bien, et le lendemain matin la
malade déjeune avec du café au lait et un croissant. Elle